C’est la première fois qu’un état lance sa propre crypto-monnaie. Pour déjouer le blocus financier des Etats-Unis, le Vénézuela choisit une méthode radicale et créé le Petro, une monnaie indexée sur le cours du pétrole.

Le 20 février, les autorités vénézuéliennes ont vendu 38,4 millions de petros pour un montant total de $735 millions. Si pour le moment le petro est fixé à $60, ce prix pourra subir des fluctuations.

Les experts sont sceptiques face à ces mesures, le Vénézuéla souffrant de profonds déséquilibres économiques nécessite un plan de réformes.

Une manoeuvre à 5 milliards pour contourner le blocus américain

100 millions de petros seront initialement émis par le gouvernement vénézuélien : 38,4 millions le 20 février, et 44 autres millions le 20 mars. Les 17,6 millions restants seront conservés par les autorités du pays. Au total $5 milliards devraient être levés à la fin de l’ICO.

Par comparaison, la dette extérieure du Vénézuela est estimée à $150 millions. Si Caracas affirme avoir reçu $735 millions dans les 20 premières heures de l’ICO, seulement une poignée d’investisseurs triés sur le volet ont accès à la crypto-monnaie. Pour le grand public, il faudra attendre le 20 mars prochain.

D’après le Vice-président du Vénézuéla, Tareck El Aissami, le petro devrait “générer une certaine confiance dans le marché national et international” et “permettre de nouvelles formes de financement international”. Les États-Unis sont ici directement visés, Washington interdisant tout achat d’obligations du Vénézuela et de son groupe pétrolier qui possède la plus grande réserve au monde.

Le Vénézuela est un pays hautement dépendant du pétrole, dont il tire 96% de ses devises. Caracas dispose de 300 millions de barils de pétrole, ce qui en fait la réserve la plus vaste au monde, loin devant l’Arabie saoudite.

Le Vénézuéla a désespérément besoin d’argent frais pour rembourser sa dette, mais les actions américaines empêchent les investisseurs de lui prêter de l’argent. Ainsi l’émission de crypto-monnaie apparaît comme une émission de dette pour déjouer le blocus.

Le petro peut-il sauver l’économie vénézuélienne ?

Malgré l’ambition derrière la création du petro, les experts soulignent que les déséquilibres économiques du Vénézuela sont trop profonds pour gagner la confiance des investisseurs. La monnaie à elle seule n’est pas suffisante et doit être accompagnée d’un plan de réformes. De plus, les $5 milliards levés grâce au petro ne suffiront pas à rembourser la dette nationale estimée à $150 milliards.

On peut également se poser la question de l’existence même de cette monnaie, et ce pour deux raisons. Tout d’abord les crypto-monnaies sont par nature décentralisées, or le petro sera contrôlée par le gouvernement vénézuélien. De plus, alors que les crypto-monnaies sont des outils de spéculation pure qui ne subissent aucune indexation, le petro sera indexé sur le cours du pétrole. Ainsi le petro aura une valeur intrinsèque.

Le petro représenterait également un moyen de combattre un autre fléau du Vénézuéla, à savoir l’inflation. Pour le pays, les fluctuations des crypto-monnaies sont dérisoires par rapport à celles de leur monnaie nationale. Certes le petro subira des variations, mais ce sera toujours mieux que le bolívar. L’idée pour le pays semble être d’introduire une monnaie plus stable.

Une monnaie jugée illégale et “sur mesure pour la corruption”

Alors que le Parlement vénézuélien a jugé que le petro était une monnaie illégale, le député Jorge Millán a dénoncé un “acte de fraude”, une “escroquerie déguisée”. Selon lui, le but ne serait nullement de sortir de la crise financière mais plutôt de compenser le manque de production pétrolière du pays grâce à des barils virtuels. Il a ajouté que le petro était une monnaie faite “sur mesure pour la corruption”.

Sur la feuille de route du petro publiée le 31 janvier, le gouvernement vénézuélien déclare que la blockchain ethereum serait utilisée. Or juste avant le début de l’ICO, c’est la blockchain NEM qui est mentionnée. D’après les experts, ce changement de dernière minute est très suspect, NEM offrant une opacité beaucoup plus grande que l’Ethereum ainsi qu’un contrôle plus important de l’État grâce à un mélange de clé publique et privée.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo