Alors que le groupe est en perte de vitesse depuis quelques années, le nouveau PDG de Carrefour vient de frapper un grand coup en annonçant un grand plan social lui permettant d’économiser €2 milliards. Arrivé il y a sept mois à peine, Alexandre Bompard compte bien rattraper le retard pris sur le digital, quitte à se séparer de 2400 employés.

2400 postes supprimés et 273 magasins fermés

Via un plan de départs volontaires, le nouveau PDG de Carrefour compte supprimer 2400 postes au siège, soit 20% des salariés du site. En France, Carrefour emploie 10 500 personnes dans ses bureaux, ce qui expliquerait l’explosion des coûts de distribution depuis 2014.

Le plan de restructuration appelé « Carrefour 2022 » et présenté le 23 janvier prévoit également la fermeture de 273 ex-magasins Dia. Ce sont à présent des Carrefours Contact et Carrefours City qui emploient au total 2100 salariés. Faute d’acheteur, l’ensemble de ces magasins sera fermé et les salariés reclassés au sein du groupe.

Ancien patron de Fnac Darty,  Alexandre Bompard souhaite “gagner en lattitude et en rapidité d’action” en abandonnant les projets non prioritaires et en se concentrant sur la cohérence dans les objectifs. Soucieux de se séparer de l’image de groupe centré sur la consommation de masse, Carrefour compte également devenir numéro un mondial de la transition alimentaire pour tous.

La transition alimentaire, qu’est-ce que c’est ? C’est tout simplement consommer moins, mais consommer mieux. Concrètement, cela passe par devenir la référence des produits frais et des produits biologiques. L’enseigne compte d’ailleurs quadrupler son chiffre d’affaires dans le bio d’ici 2022.

Investissements massifs dans le digital

Carrefour investira les économies structurelles réalisées par le plan social dans le digital. Cela représente €2,8 milliardssur cinq ans qui permettront au chiffre d’affaires du groupe de passer de €850 millions à
€5 milliards entre 2017 et 2022.

En bref, le groupe abandonne la course de la taille et se tourne vers celle des nouvelles technologies où Amazon règne en maître. Selon les spécialistes qui mentionnent le site internet très tardif du groupe, Carrefour aurait loupé le virage du digital.

Les experts ont chaudement accueilli le plan très agressif de réduction des coûts de Carrefour. Ils y voient en effet une méthode qui a fait ses preuves dans le passé, notamment avec la Fnac. De plus, la volonté du groupe de rester présent dans les 3 pays où il est implanté est vu d’un bon oeil. Alexandre Bompard compte diriger le groupe vers une diversification des formats, à partir d’un modèle unique grâce à des partenariats, alliances et rachats.

Ayant trop repoussé le passage au numérique, le géant de l’alimentaire a pris du retard sur la concurrence. Aujourd’hui le groupe Carrefour possède 8 sites internet et 14 applications. Sous l’impulsion du nouveau PDG, le tout sera refondé en un site unique par pays, même si certains sites resteront indépendants. En 2022, 50% des investissements marketing seront consacrés au digital, contre 8% aujourd’hui.

Accord avec le géant chinois Tencent

Après l’accord entre Auchan et Alibaba, c’est au tour de Carrefour de s’allier à un acteur incontournable en Chine : Tencent. Derrière la société, on retrouve Wechat, la messagerie instantanée utilisée par un milliard de personnes par mois en Chine. Carrefour compte profiter de l’expertise de Tencent sur le marketing des données et le mobile.

Les difficultés de Carrefour dans le domaine du digital ne datent pas d’hier, les dirigeants ayant rencontré de nombreux obstacles en interne pour moderniser l’enseigne. Si l’ancien PDG Georges Plassat a réussi le pari de se désengager des entités perdant de l’argent à l’international, il n’a pas réussi à consolider les formats de magasins avec internet. Le groupe a ainsi pris un énorme retard par rapport à la concurrence.

Certes le bénéfice du groupe pour l’année 2017 n’a pas encore été publié, mais on sait déjà que le chiffre d’affaires de l’année dernière est très décevant, soit €88,24 milliards. Ainsi la croissance de l’enseigne est passée de 3 % en 2016 à 1,6 % en 2017. Le plus inquiétant concerne les parts de marché en France où le groupe réalise 45,4 % de son chiffre d’affaires en 2017: elles stagnent à 20,5% contre 21% pour Leclerc. Le bénéfice net était déjà en forte baisse en 2016 en raison de la faible rentabilité en France ainsi qu’en Chine.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo

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