Cela fait plusieurs décennies que la Chine se prépare à la normalisation de sa croissance, qui se rapproche de celle des autres pays industrialisés. Avec l’émergence de la classe moyenne, l’économie du pays opère sa transition entre une industrie de masse et une société de services.

Jusqu’à présent, les entreprises du monde entier ont pu bénéficier de la croissance astronomique de la Chine, qui génère un tiers de la croissance mondiale. Mais elles vont devoir s’adapter.

Selon les chiffres officiels de Pékin, la croissance du géant asiatique était de “seulement” 6,4 % au quatrième trimestre 2018. La principale raison de ce ralentissement ? La lutte contre l’endettement colossal du pays.

1978 à 2013 : croissance de 10% par an

La Chine a accumulé les réussites sur les quarante dernières années. Entre 1978 et 2013, son économie a connu une croissance de 10% par an, permettant à 800 millions de personnes de sortir de la pauvreté. Sur la même période, le taux de mortalité infantile a été réduit de 85% et l’espérance de vie augmenté de 11 ans.

Le plus étonnant, c’est que ces exploits ont été menés par un gouvernement très répressif. Le spécialiste de la Chine, Orville Schell, décrit le pays comme «l’un des miracles économiques les plus étonnants de l’histoire du monde».

2018 : stabilisation autour des 6%

Pékin a publié ses chiffres officiels le 21 janvier dernier : avec une croissance de “seulement” 6,4 % au quatrième trimestre 2018, la Chine signe la plus mauvaise performance trimestrielle depuis 28 ans.

Sur l’année, elle plafonne à 6,6 %. Alors que le régime avait prévu une croissance « dau moins 6,5 % », selon le China Daily, cet objectif devrait être revu à la baisse, entre 6 % et 6,5 % lors de la prochaine session parlementaire du mois de mars.

Beaucoup de pays industrialisés pourraient se satisfaire de ces chiffres. Mais pas la Chine, qui génère un tiers de la croissance économique et un quart de la production industrielle mondiale.

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Peut-on vraiment parler de décélération ?

La Chine est passée d’une croissance de 6,9% en 2017 à 6,6% en 2018. Avant de parler de décélération, rappelons qu’une croissance de 7% par an permettrait de doubler le PIB de la Chine en 10 ans.

Même si la croissance du pays chutait à 6% ou 5%, ces chiffres sont toujours plus élevés que ceux des Etats-Unis (2,3%) et de la zone euro (0,4%). Le ralentissement de la croissance chinoise est inévitable et normal, le pays se tournant à présent vers sa demande intérieure.

En réalité, ce sont surtout les pays émergents qui s’inquiètent : ils craignent que la baisse de régime de la Chine ait un impact négatif sur leur croissance, déjà fragilisée par la hausse des taux d’intérêts américains.

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Raison du ralentissement : la lutte contre l’endettement

Les maux de la Chine sont nombreux, entre la stagnation des importations, des exportations qui ralentissent chaque année, des capacités de production excessives et un vieillissement de la population dû à la politique de l’enfant unique menée jusqu’en 2015. En 2016, après la chute des marchés et la sortie massive de capitaux hors du pays, les investisseurs s’inquiétaient déjà du ralentissement de l’économie.

En réalité, le vrai problème de la Chine est structurel. Il vient de la dette. Oui, la Chine est extrêmement endettée. En 10 ans, sa dette totale a été multipliée par 4, pour atteindre entre 250 et 300% de son PIB, soit 18% de l’endettement mondial. Jusqu’à $6 000 milliards de dettes seraient cachés par les autorités locales chinoises pour financer le développement d’infrastructures, en plus des $5 200 milliards de dette publique.

Pour couronner le tout, il est difficile de distinguer le public et le privé en Chine. Ainsi, l’endettement de l’état et celui des entreprises sont assimilés.

 

Comment la Chine relance-t-elle la machine ?

2008 : en renflouant les entreprises et les consommateurs

Lors de la crise de 2008, le parti avait déboursé $580 milliards pour éviter la crise financière. L’argent avait coulé à flot pour renflouer les entreprises et les consommateurs, entraînant la hausse rapide de l’endettement.

Conséquence : la dette du pays a atteint entre 250 et 300% de son PIB.

2016 : en limitant l’accès au crédit

Après les mises en garde du FMI qui a qualifié la dette chinoise de “menace” pour l’économie mondiale, Pékin semble avoir réalisé que les politiques de dépenses publiques et d’attribution de crédit trop accommodantes conduisaient à un niveau de dette trop élevé.

Le Parti a ainsi mis en place des mesures qui limitent l’expansion du crédit, et notamment celle du Shadow Banking, ce secteur financier qui échappe à tout cadre réglementaire et qui serait responsable d’au moins 35% de la dette chinoise. Pour se financer, les entités non bancaires ont dû payer plus cher, ce qui a tendance à limiter la progression des crédits distribués.

Pour réduire l’endettement, Xi Jinping essaie depuis plusieurs années de réduire l’investissement dans les infrastructures, soit les prêts accordés aux entreprises. En bref, il a limité l’accès au crédit.

Conséquence : l’activité industrielle a ralenti.

2019 : en stimulant la consommation intérieure

En 2019, la Chine n’a plus les moyens d’employer les mêmes méthodes qu’en 2008, tout d’abord parce qu’elle ne dispose plus des mêmes flots de liquidités. La situation actuelle étant une conséquence directe du sauvetage effectué il y a 10 ans, répéter l’histoire ne ferait qu’aggraver la dette déjà colossale.

Au début du mois de janvier, Pékin a mis en place un mini plan de relance visant à stimuler la croissance intérieure et les services. Selon Xiadong Bao, gérant spécialisé dans les actions émergentes chez Edmond de Rothschild Asset Management, Pékin a aujourd’hui conscience que la hausse de la dette a été hors de contrôle.

L’objectif du parti est de se désendetter tout en gardant un niveau de croissance suffisant. Pour cela, il a été nécessaire de limiter l’accès au crédit, tout en continuant de financer certains projets d’infrastructures.

Conséquence : Pékin augmente ses dépenses budgétaires tout en réduisant ses charges fiscales. Les spécialistes considèrent que cette approche prudente serait davantage un frein au ralentissement économique qu’une méthode pour inverser la tendance. Il n’est pas exclu que Pékin présente de nouvelles initiatives budgétaires lors de la session parlementaire annuelle en mars.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo