Alors que la France fermera ses dernières centrales électriques à charbon d’ici à 2022, l’Allemagne s’est fixé 20 ans pour pour stopper complètement sa production. Le 26 janvier dernier, une série de mesures a été présentée par la “Commission Charbon”, groupe d’étude désigné par le gouvernement allemand à l’été 2018. L’exécutif devra étudier les recommandations émises et négocier certains points avant la Conférence sur le Climat qui se tiendra en Pologne en novembre 2019.

L’accord prévoit entre autres une enveloppe de €40 milliards pour soutenir les Länder, états fédérés hautement dépendants de l’industrie minière. Malgré l’essor fulgurant des énergies renouvelables et la sortie annoncée du nucléaire en 2022, l’Allemagne fait tourner ses centrales à charbon à plein régime : le minerai hautement polluant fournit toujours 38% de l’électricité totale du pays.

Part du charbon dans le bilan énergétique total :

– Allemagne : 38%
– France : 3%
– Suède : 1,2%
– Grande-Bretagne : 25%
– Italie : 17%
– Pologne : 80%

Le charbon : 38% du bilan énergétique allemand

L’institut Fraunhofer, organisme allemand spécialisé dans la recherche en sciences appliquées, vient de publier ses statistiques pour 2018 : en Allemagne, la part des énergies renouvelables dans la production nette d’électricité a dépassé celle du charbon, pour désormais constituer 40% du mix énergétique du pays.

En 15 ans, la part des énergies renouvelables dans le bilan énergétique a été multipliée par 5 dans le pays. L’éolien tient le record avec 20% du total énergétique, tandis que le solaire a connu la plus forte progression grâce à un ensoleillement record Outre-Rhin en 2018. Malgré cela, le pays reste aussi le plus gros pollueur d’Europe. Le charbon, en particulier le charbon noir ou aussi appelé lignite, y représente toujours 38% de la production totale d’électricité.

Même si elle a décidé de remplacer l’énergie nucléaire par l’éolien et le solaire, l’Allemagne continue de faire tourner ses centrales à charbon à plein régime. Le pays va rater ses quotas d’émissions de gaz à effet de serre pour 2020, fixés à une réduction de 40% par rapport à 1990. Cet objectif a été reporté à 2030. Outre-Rhin, tout le monde sait que le charbon est condamné, tant son poids dans le bilan climatique est lourd (38% contre seulement 3 % en France et 1,2 % en Suède).

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L’Allemagne étant le premier consommateur de charbon en Europe, l’industrie de l’énergie fossile est donc sans surprise le premier employeur local dans les régions productrices telles que la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la Lusace, et dans les Länder de Brandebourg et Saxe. Afin de respecter ses engagements en termes d’émissions, le pays n’a qu’une alternative : abandonner l’industrie polluante. La population en est consciente, puisque 59% des citoyens allemands se déclarent en faveur d’une sortie rapide du charbon.

€40 milliards pour financer la sortie

Au début de l’été, le gouvernement allemand a demandé à une commission de définir un plan officiel de sortie du charbon.

Si les conclusions étaient attendues en novembre dernier, ce n’est qu’après 7 mois d’âpres négociations pour recevoir le 26 janvier dernier les recommandations finales. Pour le moment, il s’agit d’un ensemble de mesures adressées à l’exécutif, qui devra encore négocier certains détails. La commission est constituée de 31 membres représentant l’industrie, les syndicats ouvriers, les régions charbonnières, les partis politiques et les associations environnementales.

Le 26 janvier, l’Allemagne a annoncé la mise en place d’une enveloppe de €40 milliards pour financer sa sortie du charbon. Le premier consommateur de charbon d’Europe fermera ses sites les plus polluants d’ici à 2022. La fin du charbon est prévue pour 2038, voire 2035, si la conjoncture le permet. Le gouvernement devra fixer la date de sortie totale du charbon d’ici au mois de novembre 2019, lors de la prochaine conférence sur le climat qui se tiendra en Pologne.

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D’après le co-président de la commission Ronald Pofalla, il s’agit d’un “jour historique” qui “montre qu’un grand pays industriel est capable de se désengager de l’énergie fossile de manière collective”. Le Président du collectif d’associations environnementales DNR a qualifié l’accord de “miracle”. Ce dernier a cependant regretté le manque d’ambition du calendrier compte-tenu de l’urgence climatique, pour ensuite ajouter “qu’il vaut mieux un mauvais accord que pas d’accord du tout”.

Même si 2038 semble être une date lointaine, le défi est immense pour l’Allemagne qui compte 148 centrales à charbon. La commission conseille une sortie par étape, en deux phases :

– Phase 1: baisse de 25% de la production d’électricité issue du charbon d’ici à 2022, soit une baisse de 12,5 gigawatts.
– Phase 2: réduction supplémentaire de 13 GW d’ici à 2030, avant la sortie définitive en 2035 ou 2038.

Hausse des prix de l’électricité à prévoir ?

Les polémiques se multiplient depuis la publication du rapport, l’ensemble de l’industrie s’inquiétant de l’agenda très serré du gouvernement. Alors que l’Allemagne fermera sa dernière centrale nucléaire dans deux ans, elle craint une hausse du prix de l’électricité, déjà le plus élevé d’Europe. Une perte supplémentaire des capacités de production pourrait être critique.

Lorsque la consommation fluctue et en absence de vent et de soleil (pas d’énergie solaire et éolienne) quelle sera la solution ? Le seul moyen de compenser la production serait d’utiliser les centrales à gaz ou d’importer du courant, deux scénarios bien plus coûteux que la production de charbon. Les experts tablent sur une hausse des prix de 15 à €16 le mégawattheure, ce qui représente une augmentation de 50 %. Cela pourrait entraîner une perte de compétitivité pour des secteurs très énergivores, tels que la sidérurgie et la chimie.

La France en 2022, Grande-Bretagne et Italie en 2025

Le charbon est à l’origine du développement industriel de l’Allemagne au 19ème siècle, comme ce fut le cas pour la plupart des pays d’Europe. En France, où le charbon ne représente que 3% du bilan énergétique, l’ensemble des centrales seront fermées d’ici à 2022.

La Grande Bretagne et l’Italie se donnent quant à elles jusqu’à 2025 pour fermer leurs centrales. Cela sera plus difficile pour les deux pays où la part du charbon dans le bilan énergétique est plus élevée (23% et 17%). En Europe de l’Est, notamment en Pologne, cette proportion est de l’ordre de 80%. Le pays continue aujourd’hui d’ouvrir de nouvelles mines.

Percée des renouvelables en Europe

Selon les statistiques de l’électricité européenne, en 2018 la production d’énergies renouvelables a dépassé celle du charbon en Europe. Cette tendance est beaucoup plus marquée dans les pays de l’ouest de l’Europe tels que l’Allemagne, en France et au Royaume-Uni.

Le solaire, l’éolien et la biomasse atteignent 32,3 % de la production totale d’électricité dans l’Union européenne, soit 2 points de plus que l’année précédente. Pendant ce temps, la production d’électricité issue du charbon a chuté de 6% dans l’UE, se situant à présent 30% plus bas qu’en 2012.

Grâce à l’élimination progressive du charbon, les émissions de CO2 attribuées au secteur énergétique ont baissé de 5 % en 2018. D’après le rapport, les pays où les énergies renouvelables connaissent la plus grosse progression sont également les pays où le recul du charbon est le plus flagrant. Cela remet en cause la théorie selon laquelle le gaz serait la première alternative au charbon.

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A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo