C’était l’opération boursière la plus attendue de l’année à Londres. Afin de changer de dimension et de renouer avec la croissance durable, le constructeur rendu célèbre par James Bond a été introduit en Bourse pour une valorisation de £4,33 milliards.

Malgré un lancement remarqué, le constructeur a reçu un accueil mitigé pour sa première semaine. La valeur du titre a grimpé jusqu’à £19,15 dans les premiers échanges, pour se faire malmener par les marchés et retomber à £18,10. Est-ce un simple problème d’allumage pour Aston Martin ou une erreur de casting ?

Un premier jour très mitigé

Tout a très mal commencé pour Aston Martin. Dès le premier jour de cotation à la bourse de Londres, le constructeur britannique a vu son action chuter de 4,74%, soit à £18,10. La valeur avait pourtant grimpé à £19,15 dans les premiers échanges.

D’après Michael Hewson, analyste chez le courtier londonien CMC Markets, cette chute est peut-être la conséquence d’un prix trop élevé des actions. La marque légendaire s’est introduite à £19.00 l’unité, soit dans le milieu de la fourchette du prix attendu, à savoir entre 17,50 et £22,50.

Cela valorise le constructeur à £4,33 milliards, soit environ 4,86 milliards. Avec cette introduction, le constructeur de voitures de luxe fondé en 1913 a placé 25% de son capital en bourse, pour devenir par la même occasion le seul groupe automobile britannique coté.

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L’action continue de perdre du terrain

Malgré la baisse importante du prix de l’action, le directeur général d’Aston Martin, Andy Palmer, s’est félicité du “tournant historique pris par le groupe”. Il a également salué “l’accueil positif des investisseurs à travers le monde”.

Cet enthousiasme ne trompe personne, et force est de constater que le titre n’aura fait que perdre du terrain durant sa première semaine, jusqu’à chuter à £17,60 mercredi, soit presque en dessous de sa fourchette initiale d’introduction.

Certes, un quart du capital de la société a été placé avec succès. Mais avec £4,8 milliards de valorisation, on est bien loin des £5 milliards escomptés.

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Un constructeur à l’histoire tumultueuse

Le prix de l’action était-il vraiment trop élevé ? D’après les spécialistes, la réponse est oui. Selon le consensus, Aston Martin affiche une histoire pour le moins tumultueuse : le groupe a fait faillite 7 fois en 105 ans d’histoire, a changé plusieurs fois d’actionnaires, tout en multipliant les projets d’avenir ambitieux. Depuis 2010, le constructeur n’a connu qu’un seul trimestre positif.

Pourquoi cette entrée en Bourse ? Il s’agit de financer les projets futurs du groupe, à savoir travailler sur un SUV et se lancer dans l’électrique, tout en accélérant la cadence de production de voitures cette année : l’objectif est de passer de 6400 véhicules produits en 2018, à 10 000 en 2020.

Aston Martin représente pour les investisseurs une marque prestigieuse située entre l’automobile et le luxe, ainsi qu’une valeur refuge traditionnelle britannique. Si à court terme ils sont méfiants, beaucoup d’entre eux considèrent la baisse de l’action comme une mauvaise passe initiale.

Ils ont conscience que peu importe les tensions commerciales, les clients qui souhaitent acheter une Aston Martin le feront coûte que coûte, la marque passant au dessus de ce genre de considération. Avec un “no deal” du Brexit, les coûts de production seront revus à la hausse, les droits de douanes vers l’Europe mis en place, et la cadence de production ralentie.

Mais Andy Palmer a annoncé avoir prévu le stockage des composants et moteurs. Dans tous les cas et quelle que soit l’issue du Brexit, l’impact sur Aston martin sera minime. La marque opère sur un segment très haut de gamme où le rôle affectif est primordial.

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Ferrari a aussi vécu une introduction difficile

Ces débuts difficiles rappèlent ceux de Ferrari en 2015 lors de son introduction à la bourse de New York. A l’époque, le constructeur italien connaissait des premiers mois difficiles avec une baisse du cours de plus de 40%. L’action a depuis doublé de valeur. De nombreux investisseurs font le lien entre Aston Martin et Ferrari, ce qui laisse espérer la même conclusion pour le constructeur britannique.

Notons en revanche que Ferrari dispose de trois atouts : la visibilité apportée par son écurie F1, ses capacités d’innovation, ainsi que des résultats financiers solides. La marque italienne a annoncé des profits en progression constante : 290 millions en 2015, 399,7 millions en 2016 et 537,4 millions en 2017.

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A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo