Dans la nuit du 14 au 15 septembre 2008, alors que les marchés financiers sont hors de contrôle depuis déjà un an, Lehman Brothers créé la surprise et dépose le bilan. Avec $691 milliardsde dettes et 25 000 employés sur le carreau, la banque new-yorkaise signe la plus grosse faillite de l’histoire américaine.

Pour trouver le responsable, il faut remonter au début des années 2000. La déréglementation du crédit hypothécaire combinée à la libéralisation des marchés financiers ont donné naissance aux subprimes,  crédits immobiliers à risque accordés à tour de bras aux ménages les moins solvables. 

Comment est-ce que tout a commencé ?

En 2006, la bulle immobilière américaine éclate et le vrai visage des subprimes est étalé au grand jour. Qu’est-ce que les subprimes ? Ce sont des prêts immobiliers à taux variables accordés aux ménages américains désireux d’acheter une maison.

Nés de la déréglementation du crédit hypothécaire, ces emprunts bénéficiant de l’aval des sociétés de crédit ont été accordés à tour de bras à des ménages financièrement fragiles et pas toujours solvables.

Lorsque les taux de ces prêts ont monté soudainement, des millions d’emprunteurs ont été dans l’incapacité de payer leurs mensualités, pour se retrouver à la rue. La bulle immobilière éclate fin 2006.

A lire aussi : Les traders les plus controversés de l’histoire

L’immobilier a-t-il coulé les banques ?

Un an après l’éclatement cette bulle, les subprimes sont devenus des produits financiers complexes très prisés par les banques du monde entier, qui les considèrent toujours comme des actifs de premier choix. Mais en février 2007, plusieurs établissements américains spécialisées dans les subprimes font faillite.

À ce moment là, quelques analystes évoquent un “risque” sur les marchés financiers” mais se veulent toujours rassurants. Selon eux, le secteur immobilier aura un impact minimal sur l’économie globale.

Durant l’été 2007, le premier grand établissement bancaire faisantt faillite est Bear Stearns. Deux de ses fonds spéculatifs avaient investi dans les subprimes. En août, les bourses mondiales déraillent lorsque la BNP révèle ses investissements dans ces titres toxiques.

A partir de là, tout dégringole : les banques font faillite en cascade, la Banque Centrale Américaine baisse son taux directeur, et les gouvernements nationalisent les banques dans l’espoir de les sauver. Malgré le marasme ambiant, Lehman Brothers résiste jusqu’à la fin de l’année, affichant même des résultats annuels jamais vus : un bénéfice net de $4,2 milliards.

La banque d’investissement new-yorkaise se félicite alors d’être capable “de fonctionner au-delà des cycles du marché» grâce à la diversification de ses activités”.

A lire aussi : Les dangers de la dette étudiante américaine

Qu’est-il arrivé à Lehman Brothers ?

Le 2 juin 2008, Standard & Poor’s baisse la note de Lehman Brothers, qui passe de “A+” à “A”. La semaine d’après, le groupe publie ses résultats trimestriels anticipés, qui font état d’une perte de $2,8 milliards. C’est une première depuis l’entrée en bourse de la banque en 1994.

Après l’annonce, l’action s’effondre et plusieurs dirigeants sont licenciés. Prêt à tout pour lever des liquidités, le groupe cherche un repreneur pour racheter ses activités, mais personne n’en veux, pas même le Trésor américain qui renonce à sauver la banque. Le 15 septembre 2008, Lehman Brothers dépose le bilan.

A lire aussi : Les nouveaux risques qui menacent les banques

Comment est-ce possible, vu sa taille ?

Lehman Brothers a réussi à traverser deux guerres mondiales et le krach boursier de 1929. Mais il aura fallu un week-end de 2008 pour que la banque dépose le bilan. Comment est-ce possible ?

Dans les années 1990, Lehman a pleinement profité de la libéralisation des marchés. Au même titre que les autres banques, elle se lance dans des produits financiers de plus en plus complexes. Afin de garantir ses profits, elle emprunte à l’extérieur. Enfin, elle utilise l’effet de levier, qui grâce à une faible mise de départ peut lui permettre de gagner beaucoup mais de perdre beaucoup aussi.

L’effet de levier de lehman Brothers était l’un des plus élevés du secteur : avec 1 dollar de capital, la banque en emprunte 30. Ainsi pour chaque pari perdant avec chaque million misé, la banque perdait $30 millions.

Pourquoi Lehman n’a pas été sauvée ?

Quelques jours avant le dépôt de bilan de Lehman Brothers, le Trésor et le gouvernement américains estimaient ne pas être capables d’effectuer le sauvetage de la banque avec des fonds publics. C’est ce que rapporte Jean-Claude Trichet, Gouverneur de la BCE au moment des faits. Selon lui, le Congrès avait déjà vivement critiqué le sauvetage des spécialistes du crédit hypothécaire Freddie Mac et de Fannie Mae.

Mais selon certains, le secrétaire d’Etat au Trésor américain, Henry Paulson aurait préféré sauver AIG. Mortellement atteint par la crise des subprimes, le premier assureur mondial aurait pu coûter $20 milliards  à Goldman Sachs en cas de faillite. Or, Paulson était le PDG de Goldman Sachs avant d’être nommé au Trésor en 2006. Coïncidence ?

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo