L’accord conclu entre Jean-Claude Juncker et Donald Trump à la Maison-Blanche le 25 juillet dernier est-il une “victoire pour l’Europe” ou une victoire pour les États-Unis dans la bataille commerciale qui les oppose à l’UE ? Les européens sont divisés sur cette question.

Initialement passé pour désamorcer la crise issue des tarifs douaniers imposés par Washington, l’accord présente une série de mesures et de concessions sur de nombreux sujets tels que l’agriculture, l’industrie et l’énergie.

Les européens ont obtenu ce qu’ils voulaient, à savoir la suspension des nouvelles surtaxes de 25% sur les importations d’automobiles européennes sur le sol américain. Mais en échange, ils s’engagent à des mesures immédiates sur le gaz naturel et le soja.

L’accord en bref :

– Automobile : aucune nouvelle taxe douanière ne sera appliquée sur les importations de voitures européennes vers les États-Unis. Cela concerne surtout l’Allemagne, où le secteur automobile emploie 800 000 personnes.

– Gaz naturel : L’UE s’engage à augmenter ses importations de gaz naturel liquéfié en provenance des États-Unis.

– Zéro tarif douanier : Donald Trump a affirmé sa volonté d’aller vers “zéro tarif douanier” dans les échanges industriels avec l’UE.

– Acier/aluminium : les États-Unis s’engagent à résoudre la question des tarifs douaniers américains de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium européen. Mises en place au 1er juin, ces taxes avaient ravivé les tensions entre Bruxelles et Washington.

– Agriculture : L’UE s’engage de manière immédiate à acheter davantage de soja en provenance des États-Unis.

– Réforme de l’OMC : L’UE et les États-Unis s’engagent à réformer l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) afin de contrer les pratiques commerciales déloyales telles que le vol de la propriété intellectuelle, les subventions industrielles, le transfert forcé de technologies, les distorsions créées par les entreprises d’Etat et la surcapacité.

Mise en suspens des taxes automobiles

Dans un texte très succinct signé le 25 juillet, l’UE et les États-Unis s’engagent à entamer des négociations afin d’aboutir à la suppression des droits de douanes dans les secteurs industriels, à l’exception du secteur automobile. Cette mesure avait été annoncée en août par Donald Trump, qui avait alors évoqué “la sécurité des États-Unis”.

L’accord prévoit également l’ouverture de négociations au sujet des barrières non tarifaires dans des domaines où l’Europe a, à priori, des intérêts offensifs : la chimie, les produits pharmaceutiques et les dispositifs médicaux.

Seule mesure mise en vigueur de manière immédiate, l’Europe s’engage à importer davantage de soja et de gaz naturel liquéfié (GNL). Pour rappel, l’UE a renoncé à cultiver du soja depuis 1992 avec l’accord agricole de Blair House. Ainsi, ce sujet pourrait susciter des frictions, 94% du soja cultivé aux États-Unis étant génétiquement modifiés.

Un accord peu favorable pour l’Europe ?

Certes, Waghington a accepté de repousser la mise en place de taxes de 25% sur les importations de voitures européennes. Cependant, le département du Commerce américain poursuit son étude sur le sujet, étude qui pourrait donner lieu à des droits de douanes de 20% sur les automobiles dans quelques mois.

De plus, les européens ont du faire une concession majeure : alors qu’ils refusaient jusqu’à présent “de négocier avec un pistolet sur la tempe” et demandaient la levée des taxes sur l’acier et l’aluminium avant toute négociation, ces mesures restent bien en vigueur.

La France peu concernée par l’accord

Les constructeurs automobiles français exportant très peu vers les États-Unis, la France avait peu à perdre avec les taxes à l’exportation, et donc peu à gagner avec cet accord. En outre, hormis le soja, l’agriculture ne faisait pas partie des négociations. Pour ces raisons, le gouvernement français était peu favorable à faire des concessions.

La guerre commerciale n’est pas finie

Au mois de mai, les États-Unis et la Chine s’étaient engagés à un cesser le feu : la Chine promettait d’acheter du bœuf et du GNL américain, alors que les États-Unis promettaient d’ouvrir leur marché aux investisseurs chinois.

Malgré cela, en juillet Trump menaçait la Chine de $500 milliards de taxes sur leurs produits exportés vers les États-Unis. L’accord signé le 25 juillet représente un bon début, mais rien n’exclut que Donald Trump, très versatile, ne change d’avis dans quelques mois.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo