Avec une croissance de “seulement” 6,5% en 2018, la Chine enregistre la plus mauvaise performance depuis 28 ans. Le pays semble avoir dépassé sa phase de croissance rapide pour entrer dans un modèle de développement durable de son économie. À en croire le Premier ministre Li Keqiang, la pays doit à présent mener trois batailles décisives contre la pollution, la pauvreté et surtout la dette.

Une croissance de “seulement 6,5%” en 2018

Le Premier ministre chinois Li Keqiang a profité de l’ouverture de la session annuelle du Parlement pour faire un discours sur la croissance de la Chine. Selon lui le chiffre de 6,5% en 2018, bien qu’étant le pire résultat en 28 ans, est bien adapté à la transition économique opérée par le pays: la croissance très rapide est remplacée par une croissance qualitative durable, et les efforts du pays se consacrent désormais à la pollution, la pauvreté des zones rurales et à la dette.

En 2017, la Chine s’était donnée comme objectif une croissance à 6,5% tout en affirmant son intention de faire encore mieux. Cette année Premier ministre s’est bien gardé de répéter cette intention. En effet si la croissance est allée au delà des prédictions avec 6,9% en 2017, il est peu probable que cela se reproduise cette année.

D’après M. Li qui s’est exprimé devant l’Assemblée nationale populaire, la Chine est capable d’une “croissance de meilleure qualité, plus efficace est plus durable”. Pour cela il sera nécessaire de rééquilibrer l’économie du pays vers la consommation intérieure et les services, même si cela se fera au détriment de l’industrie.

Trois batailles décisives: pauvreté, pollution, dette

Le Premier ministre a insisté sur les trois batailles auxquelles le pays doit faire face: la pauvreté, la pollution et les risques financiers associés à la dette. Pour rappel, l’endettement public et privé de la Chine représente aujourd’hui 250% de son PIB. En ce qui concerne la pollution, il promet de durcir les normes sur les décisions polluantes et de renforcer les contrôles de pollution des sols.

Afin d’endiguer la dette colossale du pays ainsi que les risques financiers qui y sont associés, le Premier ministre ne passe pas par quatre chemins et attaque directement la “finance de l’ombre” ainsi que les produits d’investissements dangereux. Il compte durcir les conditions de crédit pour enclencher le désendettement.

Les industries lourdes chinoises tels que les charbonniers, sidérurgistes et cimentiers sont particulièrement visées par M.Li qui dénonce des productions excédentaires, des émissions polluantes et un endettement trop important. Dès cette année la production de charbon sera réduite de 150 millions de tonnes, et entre 2016 et 2020 la production d’acier sera réduite de 150 millions de tonnes.

Certes ces durcissements vont pénaliser l’économie du pays, mais M.Li mise sur de nouveaux moteurs de croissance tels que l’électronique, internet et l’aéronautique qui seront mises en avant grâce à des allègements fiscaux. De plus, l’industrie manufacturière et le secteur financier seront de plus en plus ouverts aux capitaux étrangers.

D’après le site Bloomberg, l’économie de la Chine devrait dépasser cette de la zone euro cette année. Le PIB du géant asiatique devrait atteindre 13,2 trillions de dollars en 2018, soit davantage que les 12,8 trillions combinés des 19 pays utilisant l’euro. Pas plus tard qu’en 2017, ces pays n’avaient que 200 milliards d’avance sur la Chine.

Le budget militaire de la Chine, jusqu’à présent deuxième au monde derrière les États-Unis, va augmenter de 8,1% en 2018 soit à un rythme bien supérieur à celui de 2017. Selon le rapport lu par Li Keqiang le 5 mars dernier, l’enveloppe atteindrait 175 milliards de dollars versus 151 milliards en 2017. Ce chiffre est quatre fois moins important que celui des États-Unis.

Quel est le secret de la croissance chinoise ?

Quand vous étiez enfant et refusiez de finir votre assiette, vos parents ont certainement utilisé l’argument des “enfants qui crèvent de faim en Chine”. Mais c’était il y a longtemps, et aujourd’hui l’économie chinoise change le monde. Ce pays sous-développé qui souffrait de famine est devenu une puissance mondiale dont la croissance économique n’a jamais été observée ailleurs. Mais quelle est le secret de la Chine ?

Pour faire simple, le miracle économique de la Chine est du à trois facteurs: sa population gigantesque, l’efficacité de sa production, et son capital. Avant l’abolition de la politique de l’enfant unique en 1979, la Chine avait un taux de naissance exceptionnellement haut, ce qui a permis à la population en âge de travailler d’atteindre un milliard en 2014. Cette force de travail infinie est la clé de l’industrialisation du pays.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo