L’euphorie n’aura duré qu’un temps. Lundi 5 février, le Dow Jones, l’indice phare de la Bourse américaine, décroche de 4,60%. En l’espace d’une séance, il perd 1 175 points  : une chute historique. Après deux jours d’incertitude, la journée de jeudi est marquée par un nouveau coup de semonce  : – 4,15%, soit plus de 1 000 points perdus. Nasdaq, S&P  : tous les indices américains sont orientés à la baisse.

Ailleurs dans le monde, les marchés suivent cette tendance et s’affolent eux aussi  : à la Bourse de Paris, le CAC 40 a reculé de 3,91% sur la semaine. Au Japon, le Nikkei affiche un repli hebdomadaire de 5,73%.

Signe de l’anxiété des investisseurs, l’indice VIX (Volatility Index) a de son côté connu une forte hausse. Cet indicateur, surnommé «  indice de la peur  », a brièvement franchi la barre des 50 points pour la première fois depuis 2015. Il était relativement absent des médias depuis la crise de 2008.

La faute à qui  ?

Depuis le 28 janvier, près de 6 000 milliards de dollars de capitalisation boursière ont été perdus selon les calculs des Echos. A la lumière de ces chiffres, les analystes se perdent en conjectures. S’agit-il d’une simple correction après la séquence haussière connues par les marchés ces dernières semaines  ? Faut-il prononcer les mots qui font peur  : «  krach  », «  crise financière  »  ?

Le mouvement baissier s’est amorcé vendredi 2 février, avec l’annonce d’une forte croissance du salaire moyen aux Etats-Unis. Ainsi, les rémunérations horaires ont connu une hausse de 0,3% en janvier, alors qu’elles avaient déjà augmenté de 0,4% en décembre. Sur un an, les salaires des Américains ont donc bondi de 2,9%. Un mouvement logique, puisque le chômage est tombé à 4,1%, soit son plus bas niveau depuis 17 ans.

Plein emploi

Dans un contexte de plein emploi, le rapport de force entre les demandeurs d’emplois et les employeurs s’inverse mécaniquement, ces derniers pouvant revoir à la hausse leurs prétentions salariales – tandis que les travailleurs déjà employés peuvent négocier des augmentations.

Mais alors, pourquoi ces chiffres positifs pour les salariés et l’économie suscitent-ils une poussée de fièvre chez les investisseurs  ? Donald Trump, le Président des Etats-Unis, s’en est lui-même étonné sur son compte Twitter.

Risque de poussée inflationniste

Les propos de Donald Trump dénotent une méconnaissance des fondamentaux du fonctionnement des marchés actions. Même si les chiffres annoncés vendredi dernier sont en effet positifs pour l’économie américaine, ils ne servent pas nécessairement les intérêts des actionnaires.

En effet, la forte hausse des salaires fait naître chez les investisseurs la crainte d’une remontée de l’inflation. Et si ce scénario se concrétisait, il serait suivi en toute logique d’une accélération du resserrement monétaire des grandes banques centrales, à commencer par la Réserve fédérale américaine (Fed). En clair, cela signerait la fin de l’argent facile pour les investisseurs.

Ces craintes se font également sentir sur le marchés des emprunts d’Etat, où les rendements obligataires ont connu une vive remontée. Ainsi, le rendement des obligations du Trésor américain à dix ans a atteint 2,884% jeudi.

Une baisse saine  ?

Pour autant, les analystes restent relativement confiants face à cette situation. Pour Aurel BGC, «  cette baisse est davantage saine que malsaine  », surtout dans la mesure où les liquidités demeurent abondantes. « Mais si de nouveaux signes tendent à confirmer que l’inflation accélère réellement aux Etats-Unis, la volatilité pourrait rester durablement plus forte  », tempère l’analyste.

Pour Nadège Dufossé, responsable de l’allocation d’actifs chez Candriam citée par Reuters, «  la vraie raison derrière la chute brutale du marché américain qui s’est produite lundi soir était liée à une correction technique, et non à des craintes liées à l’inflation  ».

Même analyse pour Vincent Guenzi, stratégiste de Cholet Dupont. Pour lui, «  une baisse si rapide est généralement le signe de ventes automatiques d’investisseurs de court terme (…) ou d’investisseurs particuliers désorientés  ».

Données fluctuantes

Quid de la menace d’une spirale inflationniste sous l’effet de la hausse des salaires américains  ? Là aussi, Cholet Dupont se montre optimiste. «  Les données sur la hausse du salaire horaire sont très fluctuantes et sujettes à révision  », analyse Vincent Guenzi. «  Celles de janvier ont été impactées par des hausses du salaire minimum, par des effets climatiques, et elles n’ont concerné que peu de secteurs  », ajoute-t-il.

Dans ce contexte, Cholet Dupont recommande une neutralité sur les actions à court terme. A moyen terme, il reste surpondéré sur cette classe d’actifs, où il privilégie les places européennes.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo