Avec le réseau de chemin ferré le plus intense au monde, la SNCF fait partie du patrimoine français. Plus qu’une entreprise “classique”, elle est le symbole d’une économie socialiste, née dans les années 1930, à une époque où les Français ont acquis de nombreux droits.

Mais depuis la crise financière de 2008, le statut des cheminots a bien changé. Cette année, il disparaîtra même. La privatisation partielle de la SNCF a poussé les cheminots à reporter leurs départs en retraite.

Le 4 juin dernier, des milliers de salariés de la SNCF ont manifesté à Paris pour tirer la sonnette d’alarme.

Le nouveau pacte ferroviaire

Proposé en juillet dernier par le Ministère des Transports, le nouveau pacte ferroviaire est un projet du gouvernement Macron. Il a été proposé pour moderniser le réseau français que le gouvernement a promis d’implanter en dix ans.

En quelques chiffres, le plan proposait près de €3,6 milliards investis chaque année, soit €10 millions par jour pour “moderniser le réseau”, ce qui représente 50% de plus que les investissements actuels.

Dès 2022, le plan propose €200 millions supplémentaires en plus des €3,6 milliards annoncés par le Premier Ministre le 25 mai 2018.

Si l’enveloppe semble généreuse, elle se révèle en réalité cruciale. De nombreux rails et caténaires ont près d’un demi-siècle et certains tronçons sont saturés. De plus, de nombreux systèmes de signalisation ne fonctionnent pas correctement, causant de nombreux retards et des annulations de trains fréquentes.

D’ailleurs, c’est sur ce point précis des “petites lignes” que les cheminots ont réagi : les budgets des liaisons locales étant de la responsabilité des régions, certaines d’entre elles annulent les moins fréquentées, stigmatisant encore plus les populations à la mobilité réduite.

La fin des cheminots

Mais le pacte ferroviaire a également annoncé la privatisation de la SNCF, ainsi que “l’arrêt des embauches au statut de cheminot à partir du 1er janvier 2020, date à laquelle la SNCF sera transformée en plusieurs sociétés anonymes.”, comme l’a indiqué Le Monde.

Chez les cheminots, le pacte ferroviaire n’est pas arrivé à convaincre des agents débordés. Mardi dernier, plusieurs milliers d’entre eux se sont retrouvés dans les rues de Paris à l’appel de plusieurs syndicats : CGT-Cheminots, UNSA-Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT-Cheminots. De nombreuses grèves à Paris et en région sont attendues dans les prochaines semaines.

Comme l’a noté le journal Le Monde, cette manifestation était la première depuis l’annonce du gouvernement l’année dernière. De nombreux cheminots débordés ont partagé leur mal-être dans les pages du quotidien, donnant un aperçu inquiétant de la situation.

Il n’y a pas un jour où on ne se fait pas engueuler. Les clients qui attendent jusqu’à une heure et demie pour acheter un simple billet, nous disent qu’on est des “bons à rien”, qu’on est “dans une planque”, ou nous lancent “vivement la concurrence !”. C’est pas possible de travailler comme ça. On a demandé du personnel en plus mais la direction nous dit qu’elle n’a pas les moyens”, explique Sylvie, une manifestante au journaliste du Monde.

Une privatisation floue

Au final et pour de nombreux experts, la privatisation de la SNCF ne devrait bénéficier ni aux utilisateurs, ni aux cheminots.

Si les salariés de la SNCF ont manifesté, c’est également par crainte d’un effet “France Télécom” – lorsque l’opérateur national avait été privatisé dans les années 2000, une vague de suicides de salariés avait suivi.

Selon les syndicats, 13 suicides ont été recensés parmi les cheminots, qui seraient liés au stress de la privatisation de l’entreprise ferroviaire.

Pour le simple mois de mai, “trois cheminots se sont suicidés en France, assure-t-il, mais la SNCF ne les reconnaît évidemment pas comme tels”, explique Denis u Monde, ancien aiguilleur de 57 ans, présent à la manifestation.

Depuis 2013, huit suicides à la SNCF ont été classés “par la Commission spéciale des accidents du travail et des maladies professionnelles (CSAT), comme liés au travail, avec un maximum de deux par an et aucun en 2018”, rapport Le Monde.

Les syndicats déplorent des conditions de travail qui se sont dégradées au fil des ans et l’absence d’accompagnement psychologique, d’où la peur d’un “syndrome France Télécom”.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo

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