Cette semaine marque un grand tournant dans le monde des transports en France. L’une des plus grandes start-ups françaises, Blablacar, vient d’acquérir Ouibus, plus connu sous le nom de “cars Macron”. Un service qui appartient à la SNCF. Le montant du rachat n’a pas été dévoilé.

Ouibus, lancé en 2012 sous le nom d’IDBus, avait pour but de relancer les liaisons inter-régionales, alors que les TERs diminuaient d’année en année. 

Alors que Blablacar promet à ses actionnaires d’être profitable d’ici à la fin de l’année, la SNCF entrera au capital de la start-up au même moment, grâce à une levée de fonds de €101 millions.

Ouibus s’ouvre à l’international

C’est une excellente nouvelle pour l’industrie des transports français : Ouibus, qui appartenait jusque lors à la SNCF, vient d’être racheté par Blablacar.

On compte actuellement en France 300 gares TGV, 300 relais Ouibus, 3000 gares régionales et 30 000 points de rencontres Blablacar, comme le rappelle RTL. C’est le réseau de transports en commun le plus actif en Europe.

Avec ce rachat, la SNCF donne la possibilité à Blablacar de proposer des voyages en bus sur le site OUI.sncf, avec à la clé plus de 30 000 voyages dès le printemps 2019.

L’idylle serait-elle trop belle pour être vraie ? Si l’on regarde les chiffres d’un peu plus près, aucun des deux “mariés” n’est pour le moment lucratif. Les experts estiment même que cette union est un pari extrêmement risqué.

Deux groupes en perte de vitesse

Si l’on en croit les livres de recettes des deux groupes, la situation financière est morose. D’un côté, Ouibus, dont les dettes sont estimées à €165 millions, dont €36 millions pour l’année dernière. Un plan social portant sur 100 emplois est actuellement en cours, alors que Ouibus ne compte que 200 salariés.

De l’autre, Blablacar, toujours pas profitable depuis 2006. Nicolas Brusson, Directeur Général de BlaBlaCar, promet au Figaro que «ce sera le cas en 2018». Les chiffres officiels n’ont pas été dévoilés.

Les deux groupes, comme le rappelle le quotidien, avaient commencé à collaborer cette année lors des grandes grèves cheminotes du printemps dernier. L’affluence record du site avait alors inspiré des négociations.

Un positionnement stratégique

Comme toute annonce de rachat, cette union arrive à un tournant dans l’histoire des transports français.

L’ouverture des lignes ferroviaires à la concurrence d’ici à quelques années en France, due à une réglementation européenne imposée, risque de nuire aux recettes de la SNCF, qui semble déjà anticiper ce manque à gagner.

D’autres, comme l’organisation environnementale Greenpeace, pointent du doigt ce rachat, qui ne fera qu’augmenter la consommation de diesel en France.

Dans les autres pays – au Royaume-Uni et en Allemagne, là où la directive a déjà mise en application, les billets de train coûtent environ 30% plus chers.

Vers un oligopole des transports ?

Alors que cette annonce semble ravir les professionnels des transports, cette dernière soulève de nombreuses questions.

Premièrement, le rachat d’une ligne de bus issu d’un service public, la SNCF, questionne sur la préméditation du groupe. La SNCF savait-elle qu’elle allait vendre OuiBus alors qu’elle a changé son nom il y a six mois – au même moment des grèves ?

Deuxièmement, les Français les plus démunis vont devoir opter pour des transports moins coûteux. Avec la baisse des financements de l’Etat pour le train français, les prix augmenteront et le co-voiturage ou le bus seront les deux options les plus abordables. La SNCF s’est-elle imposée en tant que leader sur le marché en connaissance de cause ?

Enfin, la SNCF a annoncé sa ferme intention de développer la vente de séjours hôteliers et la location de voitures, qu’elle fait déjà en ligne. Entre les rails, les routes, et les hôtels, la SNCF serait-elle en train de créer une oligopole de transports et de loisirs ?

En réponse, la SNCF se déclare heureuse du nouveau tournant dans le monde ferroviaire en 2019 et promet des détails sur le rachat de Blablacar dans les prochaines semaines. Une ouverture à la concurrence qui promet de nombreux rebondissements.

 

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo