Diego Dzodan, Vice-président de Facebook Amérique latine, a été arrêté et placé en détention préventive à São Paulo, suite à son refus de fournir à la police des informations au sujet d’utilisateurs de WhatsApp soupçonnés de participer à un trafic de drogue. Cela n’est pas la première fois que Facebook a des soucis avec la justice brésilienne : au mois de décembre 2015, WhatsApp avait été mis hors ligne pendant 12 heures dans tout le pays sous décision judiciaire. C’est en réalité le non-respect des ordonnances judiciaires qui a mené à l’arrestation du dirigeant de Facebook Brésil.

Facebook et WhatsApp : un fonctionnement bien distinct

WhatsApp est certes détenu par Facebook, mais comme le précise le porte-parole de Facebook, les deux sociétés ont un fonctionnement bien distinct. En se trouvant face au système particulier de WhatsApp, qui ne stocke aucun message instantané des utilisateurs sur ses serveurs, la justice s’est tournée vers Facebook, qui a déclaré être choqué par cette arrestation.

La bataille entre Apple et le FBI fait rage

Cette affaire survient alors que le FBI livre une bataille sans merci à Apple aux Etats-Unis pour une affaire ayant de vastes implications sur la manière dont les entreprises technologiques doivent collaborer avec les forces de l’ordre en livrant le contenu crypté d’un iPhone bien particulier : cet appareil aurait été utilisé par l’un des présumés auteurs de l’attentat de San Bernardino, qui avait tué 14 personnes en Californie en décembre dernier.

“Facebook est un service parfaitement calculé pour extraire et amasser beaucoup de données sur la vie des gens. C’est un espace de contraintes qui profile et fiche les individus, qui entrave leur liberté, qui induit forcément une perte de contrôle sur les aspects de la vie quotidienne que l’on exprime à cet endroit.” Richard Stallman

Facebook : une menace pour la démocratie ?

D’après Richard Stallman, programmeur américain hors pair considéré comme le « père » du logiciel libre, n’a pas sa langue dans sa poche lorsqu’on aborde le sujet. Il accuse même Facebook d’être une menace pour la démocratie, et pense au’il doit disparaître. Il a aussi rappelé que Facebook « fiche » l’ensemble de ses membres et détient des quantités astronomiques de données qui sont revendues aux annonceurs, et qu’il incombait aux gouvernements de défendre les intérêts de tous ses citoyens, en plaçant des barrières pour empêcher les abus. Facebook ne fait donc pas que surveiller mais utilise également ses membres, d’après Stallman, en écho à célèbre formule, « sur internet, si c’est gratuit, c’est que c’est vous le produit ». Le réseau social utiliserait bien plus ses usagers que ses usagers ne l’utilisent.

Facebook et vie privée, une longue histoire

Il est nécessaire de s’intéresser à la question des réseaux sociaux et de la vie privée. Il est incontestable que Facebook est tout d’abord une régie publicitaire avec un environnement de partage de contenus dont les activités connexes ne servent qu’à faire fructifier les données personnelles de ses utilisateurs.

Le business model est le même que celui de Google, de Sports Illustrated ou que celui de Twitter.

Des batailles judiciaires non sans conséquences pour la France

En France, c’est le député socialiste Yann Galut qui s’est insurgé contre Facebook et a essayé de convaincre les fabricants de smartphones de fournir à la justice les codes permettant de déverrouiller leurs appareils. Son idée est d’instaurer une amende d’un million d’euros en cas de refus d’obtempérer.

Mais le député républicain Eric Ciotti est allé beaucoup plus loin : d’après lui, la punition serait une interdiction de commercialisation d’un an pour toute société condamnée pour refus de communiquer les codes. Les iPhones sécurisés seraient donc purement et simplement bannis en France.

Les gouvernements mettent de plus en plus l’accent sur le problème des données cryptées en France, qui ralentissent ou obstruent certaines enquêtes.

Les attentats de Paris potentiellement évités sans les communications cryptées ?

Les services de renseignement sont quasiment impuissants face aux données cryptées, qui peuvent être contournées dans de très rares cas. Le Directeur de l’agence américaine NSA Michael Rogers aurait ainsi déclaré lors d’une interview : “Clairement, si on avait su, les attentats de Paris n’auraient pas eu lieu.” Il a ajouté être en faveur du cryptage des données pour ce qui est de la sécurité sur internet, mais émettre des réserves quant aux appareils qu’il est impossible de « décrypter ».

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo