Le Journal du Dimanche l’a annoncé: la Française des jeux devrait être privatisée par le gouvernement dès 2019, avec une ouverture en Bourse de son capital à hauteur de 50%. Alors que l’État français possède actuellement 72% du capital du groupe, il n’en détiendra plus de 25%, soit une minorité de blocage.

Les options d’achat seraient vendus en priorité aux salariés de la Française des jeux ainsi qu’aux buralistes. Avec Aéroports de Paris (ADP) et Engie, FDJ fait partie des groupes faisant l’objet d’une privatisation de la part du gouvernement Philippe.

Une entrée en Bourse en 2019

Selon le Journal du Dimanche qui cite une source «haut placée», la Française des jeux ouvrira son capital et changera de statut au début de l’année 2019. Cette même source aurait ajouté que le but de la privatisation était de diversifier l’actionnariat du groupe pour y intégrer des citoyens.

L’opération s’inscrira dans la future loi sur la croissance et la transformation des entreprises de Bruno Le Maire. Cela n’est pas une surprise: le ministre du Budget Gérald Darmanin avait déclaré qu’une ouverture de capital était à l’étude pour la FDJ.

Plus en détail, l’introduction en Bourse de la Française des jeux portera la part de l’État à 25 ou 30%, ce qui lui confèrera une “minorité de blocage”. En bref, l’État vend ses parts mais conserve un pouvoir de décision et garde la main sur le secteur des jeux de hasard, extrêmement lucratif.

La procédure sera présentée le 16 mai prochain devant le conseil des ministres, avec les privatisations d’Engie et ADP. Autre mesure mise en place part l’État, une nouvelle autorité de régulation des jeux de hasard chapeautera les paris en ligne.

Chaque année, la Française des jeux affiche un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros dont 3 milliards sont reversés à l’État français sous forme de taxes. Ces chiffres donnent peut être le tournis, mais le secteur des jeux traditionnels est en déclin. Ainsi la FDJ a désespérément besoin d’innover dans le jeu sur internet afin de rester dans la course.

Quelles répercussions sur les joueurs ?

Avec 26 millions de clients, la Française des jeux est la 4ème loterie mondiale et la 2ème en Europe. Aujourd’hui la moitié des dépenses des français en matière de jeux d’argent va directement à la FDJ.

Sachant qu’il s’agit d’un secteur connu pour ses problèmes d’addiction, on comprend vite les en jeux de la privatisation. Pour des raisons de santé publique et de lutte contre la fraude, ce secteur d’activité est hautement régulé. C’est justement ces problèmes d’addiction qui inquiètent le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

La pratique du jeu d’argent s’est intensifiée en France ces dernières années: 56% des français sont des joueurs, qui jouent de plus en plus souvent et avec des sommes de plus en plus importantes. Alors que la moyenne des dépenses était de 168 euros par an et par habitant en 2009, ce chiffre est passé à 193 euros en 2016. Rien de surprenant à ce que les enjeux dépassent régulièrement les 45 milliards d’euros par an.

D’après le député PS Régis Juanico qui s’est exprimé dans une tribune pour Le Monde, cette privatisation est très dangereuse pour les joueurs souffrant d’addiction au jeu. Selon lui la FDJ vend des produits dangereux et il est impensable d’ouvrir son capital sans réflexion et concertation préalable.

Le vice-président de LR Guillaume Peltier est également opposé à cette privatisation ainsi qu’à celle des Aéroports de Paris. Selon lui, Emmanuel Macron serait en train de se comporter comme un banquier d’affaires et non comme un Président.

En outre, la privatisation de la Française des jeux est susceptible d’accélérer le transfert des paris hippiques vers les jeux de grattage. Or, la filière cheval emploie 100 000 personnes en France.

Si la FDJ assure que les jeux à gratter ne comportent aucun risque d’addiction, l’association SOS joueurs tient un tout autre discours. Selon cette dernière 5% des 19 millions d’adeptes des tickets à gratter ne pourraient pas s’en passer.

Elle ajoute même que “tout est fait pour que le joueur ne puisse pas s’en sortir”. Cela serait confirmé par le sociologue des jeux de hasard et d’argent Jean-Pierre Martignoni, qui estime que loin de pratiquer une politique de jeu responsable, la FDJ pratique un activisme commercial.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo