Comment décrire le Mondial de l’Auto 2018 ? Une durée raccourcie, des constructeurs absents et peu d’évolutions. Le décor est planté. Autrefois incontournable, le salon entre dans une nouvelle époque, celle de la réflexion et de la remise en question.

Les constructeurs font l’impasse et préfèrent se concentrer sur d’autres évènements, qui rapportent davantage. Résultat, 9 constructeurs représentant 40% du marché automobile européen sont aux abonnés absents.

Les marques boudent le salon

Quel est le problème ? Le marché de l’automobile européen se porte très bien, et les constructeurs n’ont jamais été aussi innovants. Pourtant, nombre d’entre eux boudent le Salon de l’Auto qui fête ses 120 ans cette année.

Volkswagen, Nissan, Mazda, Opel, Ford, Mitsubishi, Jeep, Alfa Romeo et Volvo sont tous aux abonnés absents de ce Mondial de l’Auto 2018, malgré le million de visiteurs attendu sur place. Ces constructeurs représentent à eux seuls 40% du marché automobile européen. En 2016, le Mondial de l’Auto avait déjà souffert de l’absence de Ford, Lamborghini, Aston Martin et Volvo.

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Pourquoi autant d’absents ?

1. Les constructeurs sont attentifs à leurs dépenses

A long terme, les constructeurs automobiles doivent investir massivement dans la voiture autonome et connectée. Alors qu’ils sont plus que jamais attentifs à leurs dépenses, pour eux le Mondial de l’Auto coûte cher : entre location d’emplacement, publicité sur le lieu de vente, personnel et éclairage, la facture monte à 1 million pour les plus gros stands.

Un constructeur ayant souhaité rester anonyme a même déclaré que la facture “atteignait facilement les €5 millions, si on veut bien faire les choses”. Résultat, les marques y réfléchissent à deux fois avant de débourser de telles sommes sur un seul salon.

2. D’autres salons font concurrence à Paris

Auparavant, les constructeurs automobiles se concentraient sur le Mondial et le Salon de Genève. Mais depuis plusieurs années, d’autres salons automobiles ont fait surface en dehors de l’Europe. De manière générale, un constructeur choisira un salon entre Paris, Francfort et Genève pour l’Europe, un à Détroit ou Las Vegas, et un en Chine où le marché explose.

En raison de l’évolution technologique des voitures, il devient plus logique pour les constructeurs de se tourner vers des salons consacrés au high-tech, comme le Consumer Electronic Show de Las Vegas (CES). D’autres organisent aussi des évènements lors de grands prix de Formule 1.

Aujourd’hui grâce à la data, les constructeurs automobiles sont capables de contacter leurs acheteurs pour les inviter à des évènements privés, sans être concurrencés.

3. Le marché chinois est plus attractif

Au début des années 2000, le marché automobile chinois était encore au stade embryonnaire avec seulement 1 % des ventes mondiales de voitures neuves. En 2017, cette part est passée à 29% et elle devrait selon les spécialistes augmenter à plus d’un tiers dans les prochaines années. Avec 28,9 millions de voitures vendues en 2017, le marché chinois dépassera bientôt l’Europe et les États-Unis réunis.

Avec l’émergence de la classe moyenne, des centaines de millions de chinois ont besoin de s’équiper d’un véhicule. Cela représente une aubaine pour les constructeurs européens, qui se concentrent sur le Salon de Pékin au détriment de Paris et Genève.

Si les marchés occidentaux ont subi de plein fouet la crise économique avec une chute des ventes de 26% en 6 ans, la Chine est considérée comme le futur de cette industrie. Entre 2000 et 2017, la production de véhicules y a été multipliée par 15. Tous les experts sont d’accord : la Chine est le moteur de croissance du marché automobile mondial.

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3. Le Brexit et de la guerre commerciale effraient

D’après le PDG de de Renault-Nissan-Mitsubishi, Carlos Ghosn, le manque de visibilité quant au Brexit force les constructeurs à geler tous leurs projets liés au Royaume-Uni. La guerre commerciale déclenchée par Donald Trump avec la Chine n’arrange rien et fait craindre aux constructeurs des coûts importants sur la filière automobile, l’obligeant à changer la répartition de ses usines à travers le monde.

D’après le Directeur de l’Institut allemand, Ferdinand Dudenhöffer duCenter Automotive Research (CAR), l’industrie automobile va connaitre des temps difficiles, avec une baisse de 1,4% des ventes mondiales en 2019 et 4% aux Etats-Unis et en Chine.

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A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo