Industrie agro-alimentaire, pharmaceutique, aéronautique… Autant de secteurs touchés durement par l’épidémie due au virus SARS-CoV-2. Exportations, importations, approvisionnement, chaînes de production, tout semble tourner au ralenti. Certaines entreprises prennent des mesures d’austérité comme le gel des embauches ou le report des campagnes de communication. Le coronavirus qui déferle sur le monde est même une raison sérieuse, pour certains, pour remettre en question la mondialisation.

 

La Chine, pierre angulaire de l’économie mondiale

L’économie mondiale est aujourd’hui extrêmement dépendante de la Chine et de son marché, tant en termes d’importations que d’exportations. Si l’on en croit la Banque Mondiale, la Chine représente plus de 15% de l’export d’une vingtaine d’autres pays. L’Afrique, de son côté, envoie 85% de ses matières premières vers l’Empire du Milieu. La France, elle, y expédie son vin, sa viande et de nombreux produits agricoles. Du côté des importations, le problème est aussi de taille. 45% des produits électroniques et des machines, arrivant sur le marché français, viennent de Pékin. 14% du textile. 5% des métaux. Une Chine au ralenti, c’est de nombreux secteurs touchés et un impact économique encore difficile à évaluer. Pour l’instant, le FMI table sur une croissance chinoise qui s’établirait en 2020 à 5,6%, en retrait de 0,4 point par rapport aux prévisions du mois de janvier. Mais les conséquences pourraient être plus grandes encore. Sans parler de celles de la propagation actuelle de l’épidémie dans le reste du monde. Le confinement de nombreux chinois depuis le début de la crise représente un manque à gagner énorme pour les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration, en France et en Europe.

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Des secteurs dépendants

Conséquences indirectes de l’épidémie en Chine : le blocage des chaînes d’approvisionnement, l’arrêt de certaines usines entraînant des ruptures de stocks dans certaines industries, l’accès amoindri aux ports chinois. Le résultat de tout cela ? Les secteurs les plus dépendants de la Chine, notamment l’automobile et l’industrie pharmaceutique, se retrouvent bloqués dans leur production à cause de pièces manquantes ou ne se voient, simplement, pas livrer les produits finis. L’effondrement des ventes d’automobiles en Chine elle-même (moins 92% sur les seize premiers jours), au mois de février, est un autre coup de boutoir donné à un secteur de plus en plus paniqué avec, entre autres, l’annulation du salon automobile de Genève. Quant au risque de pénurie de médicaments, les laboratoires pharmaceutiques ont été invités à prendre toutes les précautions afin de l’éviter en pleine crise sanitaire.

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Le transport aérien à l’agonie 

L’expansion de l’épidémie en Europe, et dans le reste du monde, vient doucher les espoirs des principaux acteurs du secteur du transport aérien de sortir d’une crise qu’ils n’ont pas anticipée. Potentiel vecteur de l’épidémie lui-même, l’aérien souffrait déjà de l’arrêt des vols vers la Chine. Mais la multiplication des foyers de contamination, à commencer par l’Italie du nord, entraîne annulation sur annulation. Certains vols pour Milan ont déjà été reportés sine die tandis que les liaisons avec la Chine continentale sont interrompues jusqu’à fin mars, dans la plupart des cas. Des mesures d’urgence sont déjà prises par les compagnies aériennes. Réduction des coûts oblige. La Lufthansa, la principale compagnie allemande, a décidé de geler ses embauches et demande à ses employés de prendre des congés sans solde. Idem du côté d’Air France-KLM. La compagnie franco-néerlandaise a estimé le manque à gagner, dû à la suspension des vols vers la Chine jusqu’en avril, entre 150 et 200 millions d’euros. L’éventuel impact de nouvelles suspensions vers des destinations européennes comme l’Italie n’est pas encore chiffré. Décision du côté du transporteur français, réduire les coûts en gelant les embauches, comme le voisin allemand, mais aussi en reportant les campagnes de promotion prévues. Les divers investissements non essentiels seront également remis à plus tard. L’Organisation Internationale de l’Aviation Civile a, de son côté, d’ores et déjà envisagé une baisse de 4 à 5 milliards de dollars des recettes du secteur. Les compagnies, elles, semblent s’y préparer.

Le procès de la mondialisation ?

La mondialisation risque d’être la plus grande victime de l’épidémie de coronavirus. Si les conséquences sanitaires peuvent être dramatiques, c’est tout un système, centré sur la libre circulation des biens et des personnes, qui trébuche. Avec les conséquences humaines et sociétales qu’un tel chamboulement peut engendrer. Pour certains, il est temps de changer de paradigme et d’en finir avec la mondialisation, ou du moins avec une certaine idée de celle-ci. Parmi ces critiques du système, rien de moins que l’actuel ministre français de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire. Ce dernier a, en effet, déclaré, à l’issue d’un entretien avec son homologue grec à Athènes le 25 février, qu’il fallait tirer toutes les conséquences de la crise en cours.

« Nous devons en tirer toutes les conséquences. De ce point de vue, l’épidémie de coronavirus est un ‘game changer’ dans la mondialisation. Il est aujourd’hui impérativement nécessaire de relocaliser un certain nombre d’activités et d’être plus indépendant sur un certain nombre de chaînes de production ».

S’il ne s’agit pas d’une remise en cause totale du système, c’est au moins une prise de conscience d’un manque d’autonomie de certains pays dont la France en cas de crise grave. La Chine qui espère certainement retrouver sa place d’ « usine du monde » après l’épidémie est, en tout cas, prévenue. Le monde a peut-être déjà changé.

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A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo