Comme chaque année, la veille du Forum de Davos, Oxfam a dévoilé son rapport “Services publics ou fortunes privées” qui étudie les disparités de richesses dans le monde. L’ONG dénonce l’accroissement des inégalités ainsi qu’une concentration toujours plus importante de la richesse.

Selon l’étude, l’an dernier 26 milliardaires disposaient d’un patrimoine égal à celui de la moitié la plus pauvre de l’humanité. Du côté des taxes, les plus riches cacheraient $7 600 milliards aux impôts, tandis que les plus pauvres paient davantage d’impôts en proportion de leurs revenus.

S’assurer que les plus riches paient leurs impôts

Comme le veut la tradition, l’ONG a diffusé son étude annuelle “Services publics ou fortunes privées” à la veille du Forum économique Mondial de Davos. Winnie Byanyima, directrice exécutive d’Oxfam International, appelé les gouvernements à “faire en sorte que les entreprises et les plus fortunés paient leurs impôts”.

Elle a cité le patrimoine de l’homme le plus fortuné au monde (Jeff Bezos avec $112 milliards l’an dernier) qui représente 100 fois le budget de santé de l’Ethiopie. Oxfam souligne que le nombre de milliardaires a doublé depuis la crise financière de 2008, constatant que “les personnes les plus riches bénéficient à la fois d’une fortune croissance, mais aussi de niveaux d’imposition de mois en moins élevés”.

D’après elle, “la richesse est sous-taxée, et si la tendance était inversée les gouvernements auraient davantage de ressources pour financer l’ensemble des services publics”.

Des inégalités de richesse “hors de contrôle”

D’après Oxfam, 26 personnes détiennent autant de patrimoine que 3,8 milliards de personnes dans le monde. L’ONG affirme que la montée des inégalités de richesses est “hors de contrôle” et que le nombre de milliardaires aurait même presque doublé depuis la crise de 2008, tandis que la richesse des plus pauvres a baissé de 11%. De plus, les patrimoines des milliardaires auraient augmenté de $900 milliards en 2018.

Qui sont ces 26 personnes les plus riches ?

Jeff Bezos (Amazon)
Bill Gates (Microsoft)
Warren Buffett (homme d’affaires)
Bernard Arnault (LVMH)
Mark Zuckerberg (Facebook)
Amancio Ortega (Inditex)
Carlos Slim (Magna télécom)
Charles Koch, David Koch (famille industrielle)
Larry Ellison (Oracle)
Michael Bloomberg
Larry Page et Sergei Brin (Google)
Jim Walton, S. Robson Walton, Alice Walton (WalMart)
Ma Huateng (Tencent)
Françoise Bettencourt Meyers (L’Oréal)
Mukesh Ambani (Reliance Industries)
Jack Ma (Alibaba)
Sheldon Adelson (promoteur)
Steve Balmer (ex-Microsoft)
Li Ka-Shing (promoteur, armateur)
Hui Ka Yan (Evergrande)
Lee Shau Kee (Henderson)
Wang Jianlin (Dalian Wanda Group)

La méthodologie d’Oxfam fait débat

Selon le rapport de 2018, les 26 personnes les plus riches de la planète possèdent un patrimoine égal à celui de la moitié la plus pauvre de l’humanité. En 2016, les 8 personnes les plus riches détenaient ce patrimoine à eux seuls. Est-ce que cela signifie que la concentration des richesses a arrêté de grimper ? Selon Oxfam, la réponse est non. L’ONG explique ce changement par des modifications méthodologiques de l’étude.

D’où viennent ces changements méthodologiques ? Du Global Wealth Report du Crédit Suisse sur lequel s’appuie Oxfam, qui a en 2017 “grandement revalorisé le patrimoine foncier des Chinois, des Indiens et des Russes”. La conséquence est la suivante : pour ne plus être considéré comme étant dans la partie la plus pauvre de l’humanité, le patrimoine doit à présent dépasser $4.208 contre $2.200 dans l’étude de 2017.

A cette époque, l’évaluation du patrimoine des ruraux en Chine et en Inde avait été abaissée de 70% par rapport à 2015. Après cette révision, Oxfam a déterminé que 61 milliardaires – et non pas 8 – avaient un patrimoine supérieur à la moitié de l’humanité la plus pauvre. Ces deux révisions de méthodes successives ont fait basculer la part des pauvres dans la richesse mondiale totale de 0,7% à 0,2% entre 2015 et 2016, et de 0,9% à 0,4% entre 2017 et 2018.

Les économistes “très sceptiques” quant aux chiffres d’Oxfam

Déjà après la publication de l’édition 2015 du rapport, Alexandre Delaigue, professeur d’économie à l’université Lille 1, décrivait les chiffres d’Oxfam comme d‘absurdes statistiques. Qu’en pense-t-il en 2019 ? Il reproche au rapport de prendre en compte l’actif net des personnes, c’est-à-dire leurs biens moins leurs dettes.

Ainsi, les gens un peu endettés étaient considérés comme plus pauvres que des gens qui n’ont rien du tout. Il a pris l’exemple d’un étudiant à Harvard : il a des dettes pour ses études, et sera donc considéré comme plus pauvre qu’un paysan éthiopien. En vérité, les personnes capables de s’endetter sont dans une meilleure situation que ceux qui ne le sont pas.

1. Extrême pauvreté

Ce que dit Oxfam : “échec de la lutte contre l’extrême pauvreté”.

Selon les statistiques de la Banque mondiale, la population vivant dans l’extrême pauvreté a baissé de 1,1 milliard durant les 25 dernières années. Alors que sur cette période la population a augmenté de 38%, le chiffre a baissé de 60%. De 1990 à 2015, le nombre de personnes vivant avec moins de $1,90 par jour pour vivre est passée de 36 % à 10%. Toutes les régions du monde sans exception affichent une amélioration.

En Asie de l’Est-Pacifique et en Europe-Asie centrale, le taux a baissé jusqu’à moins de 3 %. Même en Afrique subsaharienne, le taux de pauvreté recule et ce malgré les conflits. Au début du millénaire, l’objectif pour les états était de réduire de moitié le taux de pauvreté de 1990 à 2015. Cet objectif a été atteint dès 2010.

2. Inégalités de revenus

Ce que dit Oxfam : “les inégalités explosent

De 1990 à 2015, 50% des personnes les plus pauvres ont vu leur part dans le revenu global progresser de 8,8% à 9,7%. Cette part a augmenté plus rapidement que les revenus des 10% les plus riches (seulement de 51,1 à 52,1%). Il est donc difficile de croire que nous assistons à une explosion des inégalités.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo