Embourbé dans la plus grave crise politique de son quinquennat, Emmanuel Macron a trouvé un répit inespéré lors de son voyage officiel en Espagne et au Portugal, deux pays partageant sa volonté de relancer l’Europe.

Il y a parlé migration, énergie et surtout avenir du bloc européen. Lors d’une consultation citoyenne organisée à Lisbonne, le chef d’État a déclaré envisager une “Europe construite en trois cercles d’ici à 10 ou 15 ans”. La France, décrite comme “le coeur du réacteur” serait destinée à devenir l’un des pays les plus intégrés.

Macron s’exprime sur l’UE à Lisbonne

Les “consultations citoyennes” sont des débats ouverts et pluralistes organisés dans plusieurs pays de l’Union européenne tels que la France et le Portugal. Le public est libre de s’y exprimer librement sur des sujets liés à l’avenir de l’Europe, et ce jusqu’à la fin de l’année 2018.

Une consultation citoyenne réunissant pour la première fois deux états membres a eu lieu à Lisbonne le 27 juillet dernier dans le cadre de la visite officielle du chef d’État français. Devant un auditoire de 500 personnes, Emmanuel Macron et António Costa ont répondu aux questions du public relatives à la migration, à la libre circulation en Europe, au nationalisme ou encore à l’axe franco-allemand.

Vers une Europe “à trois vitesses” ?

Lors de cette consultation citoyenne, Emmanuel Macron a évoqué “l’Europe des trois cercles” et “l’Europe à trois vitesses” pour décrire l’avenir de l’Union européenne. Le chef d’État a développé ces propos, pour partager ses idées d’une Europe construite en trois cercles d’ici 10 à 15 ans. La France serait appelée à faire partie des pays les plus intégrés, pour constituer “le coeur du réacteur”.

L’architecture européenne va selon Macron évoluer durant les cinq prochaines années, qui seront décisives. Il a ajouté que les décideurs seraient prochainement confrontés à deux choix : effectuer une réforme en profondeur de l’Europe, ou accepter le statu-quo impliquant son érosion progressive.

Cercle 1 – Espace de libre-échange ?

Ce que dit Macron : Je vois un cercle large qui est peut-être au-delà des 27, quelque chose entre l’Union européenne et le Conseil de l’Europe actuel, qui pourra former une Europe large, moins intégrée que l’UE mais très exigeante sur ses valeurs. Ce cercle comptera soit en son sein, soit avec des accords d’association étroite, la Turquie et la Russie, car si on veut la paix, on doit stabiliser ces deux puissances”.

Ce qu’il sous-entend : Ce premier cercle serait un vaste espace de libre-échange basé sur l’état de droit européen. Il symboliserait la vocation première et universelle de l’UE au sein d’un monde globalisé : renforcer la coopération économique des pays, pour donner lieu à un grand marché unique.

Cercle 2 – La zone euro ?

Ce que dit Macron :Ce cercle sera sans doute quelque part entre l’Union européenne actuelle et la zone euro. Il représentera un marché unique fort, avec une politique de souveraineté, commerciale, de recherche, d’innovation et une vraie liberté de circulation en son sein”.

Ce qu’il sous-entend : Ce deuxième cercle serait une zone économique basée sur la coordination et la coopération. Il s’agirait notamment d’éviter la mise en place de politiques économiques non-coopératives entre les états membres et de donner lieu à l’union bancaire.

Le but n’est pas ici de viser la convergence entre les états, qui sont trop différents les uns des autres, mais plutôt de rédiger le règlement de copropriété de ce bien commun qu’est l’euro.

Cercle 3 – Le coeur du réacteur

Ce que dit Macron :Quant au troisième et dernier cercle, il constituera le coeur du réacteur, avec une monnaie commune, un marché du travail beaucoup plus intégré et une vraie convergence sociale. L’ensemble des pays composant ce cercle sont des pays qui seront allés au bout de la logique de la zone euro”.

Ce qu’il sous-entend : L’Europe est en train de décliner. Afin de lui donner une nouvelle impulsion, la solution serait de se recentrer sur un nombre restreint de pays puissants et moteurs : c’est le “noyau dur” dont parle Macron. L’objectif serait alors de faire progressivement converger les règles économiques et sociales de l’UE, tout en créant en commun de nouvelles politiques.

Les principaux pays membres de la zone Euro, à savoir l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et enfin la Belgique pourraient constituer ce noyau dur.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo