Cela n’est une surprise pour personne, l’obésité et le diabète sont des problèmes de santé publique majeurs aux États-Unis. 35 % des adultes américains sont obèses, et 69 % sont en surpoids. Les campagnes de prévention y coûtent cher, très cher. D’où vient l’argent permettant aux organisations de santé d’informer la population des dangers du surpoids et de la consommation de sucre ? Deux chercheurs de l’université de Boston viennent de prouver qu’il faut regarder vers les deux leaders du soda américains : Coca-Cola et PepsiCo. Selon l’étude de l’American Journal of Preventive Medicine parue le 10 octobre dernier, les deux plus grosses marques de soda au monde ont financé 96 ONG influentes dans les domaines de la santé publique 2011 et 2015, tandis que d’un autre côté elles s’activent pour étouffer dans l’œuf les taxes anti-soda. Les chercheurs qui dirigent le projet Daniel Aaron et Michael Siegel précisent que ces organisations publiques ou privées luttent contre le diabète, l’obésité, et les maladies cardiovasculaires.

 

Au total, une centaine d’organismes de santé publique ont été financés

L’étude de l’American Journal of Preventive Medicine a révélé qu’entre 2011 et 2015 PepsiCo et Coca-Cola ont participé au financement de 96 organisations nationales en lien avec la santé aux États-Unis. Parmi ces ONG, on retrouve des acteurs de la santé privés, mais aussi publics et donc reliés à l’État. Ainsi, 86,5 % des organismes ont accepté les fonds de Coca-Cola, 12,5 % ont accepté les fonds des deux sociétés, et un seul a accepté les fonds de Pepsi exclusivement. Ces informations peuvent laisser dubitatif, compte-tenu de la prise de conscience générale des dangers de boissons sucrées qui nous le rappelons sont la cause directe du développement de diabètes de type 2. Il a également été prouvé qu’un cinquième de l’augmentation des cas de surpoids entre 1977 et 2007 est directement lié à la consommation de boissons sucrées. Mais pour quelle raison Coca-Cola et PepsiCo financent-elles les ONG qui luttent contre la consommation de leurs propres produits ?

getting-fit-and-drinking-water

 

La raison de ce financement ? Détourner l’attention

D’après l’étude, les deux sociétés se servent de ce lobbying afin de regagner les faveurs du grand public. En clair, ils font passer le message « regardez, les problématiques de santé publiques nous tiennent à cœur » et détournent ainsi l’attention du fait que les produits qu’ils commercialisent sont à la source de ces problématiques, alors que 35 % des adultes américains sont obèses et que 69 % d’entre eux sont en surpoids. Ainsi, l’industrie du soda donne l’illusion qu’elle fait partie de la solution. Mais dans le fond, ce qui importe vraiment ça n’est pas l’origine des fonds, mais l’usage qu’il en est fait. Si on regarde en bout de chaîne, toutes ces généreuses donations ont-elles profité aux consommateurs ?

 

Le fond du problème, c’est le conflit d’intérêt

Là où le bât blesse, c’est que Coca-Cola et PepsiCo sont les instigateurs d’un lobbying très intense qui a pour but d’étouffer dans l’œuf toutes les mesures de régulation des boissons sucrées. Les ONG subventionnées par ces sociétés se trouvent par conséquence en position de conflit d’intérêt. C’est par exemple le cas de l’organisation Save The Children, qui a reçu 5 millions de dollars des deux géants du soda en 2009. L’année d’après, l’ONG a soudainement a cessé de soutenir l’instauration de la taxe soda, pourtant grandement préconisée par l’OMS dans la lutte contre le diabète et l’obésité. L’Academy of Nutrition and dietetics (AND) et l’association NAACP, sont-elles allées encore plus loin en s’opposant à un projet de l’ancien maire de New York Michael Bloomberg qui préconisait en 2012 de réduire la taille des canettes des sodas. Bien évidemment, ce retournement de veste s’est fait juste après avoir reçu des fonds de Coca et PepsiCo.

 

Les conséquences politiques sont réelles

La forte implication des industriels dans les comptes d’ONG induit un musellement de la recherche, qui se détourne des questions susceptibles d’abîmer la réputation et les affaires de ces industriels du sucre. Ainsi, plusieurs organismes se sont retirés du débat public sur la consommation de boissons sucrées, et d‘autres se sont carrément opposés à la mise en place de politiques visant à réduire la consommation de soda. Entre 2011 et 2015, Coca-Cola et PepsiCo se sont opposées à 29 propositions de loi autour de l’industrie du soda, bien souvent à l’encontre d’un intérêt de santé publique. Ces propositions incluaient des mesures de taxation, de régulation d’espace publicitaire et d’interdiction des larges portions de soda distribuées dans les restaurants.

 

Coca et Pepsi ne sont plus à un scandale près

En 2009, 40 millions de dollars ont été dépensés par Coca, Pepsi et le lobby de l’American Beverage Association afin d’empêcher l’adoption d’une taxe fédérale sur les sodas. Coca-Cola en particulier n’a peur de rien : En 2015, la firme défrayait la chronique lorsque sont parus plusieurs articles vantant les mérites de ses boissons, décrites comme « boissons saines » en plein du mois de la santé du cœur américain. En septembre dernier, il a été révélé durant les années 1960 l’industrie du sucre avait soudoyé une poignée de chercheurs de l’Université de Harvard afin qu’ils détournent l’attention du sucre pour pointer du doigt le rôle des graisses saturées comme cause principale de l’obésité. Le New York Times a ensuite explique que certains documents à usage interne à l’industrie du sucre ont récemment été découverts par un chercheur de l’Université de Californie, pour ensuite être rendus publics. Selon l’un des auteurs de la publication, l’industrie a réussi à détourner l’attention avec succès pendant plusieurs décennies.

 

« Oui, nous pouvons diverger (…) sur les taxes et politiques régressives et discriminantes contre nos produits mais nos actions dans les communautés (…) contribuent à répondre au défi complexe qu’est l’obésité », ABA, le lobby de l’industrie des sodas, dont sont membres Coca-Cola et PepsiCo.

 

Un changement de cap dans les sources de financement des ONG est vital

D’après les auteurs de l’étude, la seule solution pour mettre fin à l’influence de l’industrie agro-alimentaire sur la santé publique est d’opérer un changement radical dans les sources de financement des organisations de santé. Il est primordial que les ONG refusent les fonds offerts par Coca-Cola et PepsiCo afin de couper net tout conflit d’intérêt.

 

PepsiCo a d’ores et déjà annoncé la réduction de la part de sucre dans ses boissons

coke-and-pepsi

Pour le commun des mortels, PespiCo, c’est le soda Pepsi, plus grand rival de Coca-Cola. Mais saviez-vous que PepsiCo est également la deuxième entreprise agroalimentaire du monde ? Elle emploie 263 000 personnes pour un chiffre d’affaires qui dépasse 63 milliards de dollars en 2015 grâce à des marques comme Tropicana, Lipton, Quaker, Lay’s, Benenuts, Doritos et bien d’autres encore. Le 17 octobre dernier, PepsiCo a annoncé un plan de dix ans visant à rendre ses boissons moins sucrées et ses snacks moins gras et salés, à coups de milliards de dollars. La promesse : deux tiers des boissons du groupe contiendront moins de 100 calories issues de sucres ajoutés par canette de 33 cl. Face aux récents scandales ainsi que la diminution de la consommation de boissons gazeuses et la menace des taxes mises en place par les gouvernements, les géants du sucre n’ont d’autre choix que de se diversifier.

 

contact us btn icon

Passez à l'étape supérieure avec Alvexo Donnez nous la possibilité de vous contacter.

Ravi de vous rencontrer! Utilisez au moins 3 caractères
C'est bon! Quelque chose ne colle pas. Veuillez réessayer
x

On se connait déjà! Connectez-vous ou récupérez votre mot de passe

Êtes-vous sûr? Veuillez réessayer s’il vous plaît
+ -
A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo