La remise en liberté de Carlos Ghosn aura été de courte durée. Accusé d’avoir détourné des fonds de Renault-Nissan pour financer de nombreux projets, dont une entreprise gérée par son fils, Carlos Ghosn a été évincé du conseil d’administration de Nissan.

Dans une interview partagée par de nombreux médias en ligne, Carlos Ghosn accuse l’entreprise nippone “d’acharnement” et parle même de complot, voire de trahison. 

S’agit-il d’une manœuvre pour convaincre l’opinion publique ? Alors que la réponse semble pour le moment impossible à formuler, de nombreux experts confirment que la fusion avec Renault pourrait bien avoir joué des tours et menacé les plus hauts dirigeants des deux entreprises… Retour sur un scandale hors norme.

Libéré, puis incarcéré à nouveau

Carlos Ghosn, anciennement PDG de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, a été incarcéré de nouveau jeudi 4 avril. Alors qu’il avait été relaxé un mois auparavant après avoir payé une caution de presque $9 millions, il était en liberté surveillée dans un petit immeuble du centre-ville de Tokyo, loin des villas où il avait l’habitude de séjourner.

“L’affaire Ghosn” comme l’appellent les médias japonais, a commencé le 19 novembre dernier. Alors en voyage au Japon, l’homme d’affaires se retrouvé inculpé de trois accusations pour “déclarations inexactes de revenus sur les années 2010 à 2018”, comme le rapporte le Nouvel Observateur.

Cependant, l’affaire a pris un nouveau tournant la semaine passée, puisque le patron tout-puissant, s’est retrouvé sous le coup d’une quatrième accusation.

Le parquet de Tokyo accuse l’homme d’affaires d’avoir transféré plus de $15 millions entre fin 2015 et avril 2018, dont près de $5 millions détournés au profit d’une société créée par Ghosn lui-même.

Le bureau des procureurs dans un communiqué souligne que « le suspect a trahi sa fonction [de PDG de Nissan] pour en tirer des bénéfices personnels ».

Côté français, la justice a également démarré un procès, alors que certaines dépenses suspectées d’être “opaques” auraient eu lieu entre l’hexagone et les Pays-Bas l’an dernier, par le biais de RNBV, filiale de Nissan.

Une autre enquête avait déjà été ouverte en octobre 2016 en France, alors que la justice se penchait sur le financement du mariage de Carlos Ghosn au Château de Versailles.

De “fausses accusations” selon Ghosn

Cette affaire serait-elle le fruit d’un complot pour faire tomber la maison Ghosn ? Pour l’homme d’affaires, cela ne fait pas l’ombre d’un doute.

Armé d’une équipe de communicants virulents, il a décidé de partager son opinion sur les réseaux sociaux… et dans les médias.

Dès le 2 avril, Carlos Ghosn publie sur son compte Twitter qu’il tient à en découdre avec la justice, quitte à s’expliquer lui-même face caméra. « Je me tiens prêt à dire la vérité à propos de ce qui se passe. Conférence de presse jeudi 11 avril », écrit-il.

Le mardi 9 avril, il présente une vidéo où il livre sa version des faits.

Dans cette vidéo en anglais sous-titrée en japonais, Carlos Ghosn clame son innocence.  “Je suis innocent de toutes les accusations infondées portées contre moi et des faits qui me sont reprochés”, a t-il martelé.

L’homme d’affaires va encore plus loin et explique que l’arrestation “fait partie d’une nouvelle manœuvre de certains individus chez Nissan qui visent à m’empêcher de me défendre en manipulant les procureurs”.

La France sauvera t-elle Ghosn ?

Alors que la justice japonaise a été épinglée ses dernières années pour de nombreux cas de corruption, Carlos Ghosn en appelle au gouvernement français pour le sauver.

Lors d’une interview exclusive donnée à TF1/LCI, l’ancien patron du constructeur français en a appelé à un “procès équitable”, sans pour autant évoquer une extradition.

Entre temps, la presse japonaise continue d’éclabousser la réputation de l’ancien dirigeant en révélant des affaires embarrassantes, dont l’une qui révèle l’achat d’un yacht au Liban – pays dont Ghosn est originaire – avec les fonds de Nissan.

Le gouvernement français n’a pas souhaité s’exprimer pour le moment.

 

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo