Coup dur pour les centres commerciaux américains : le géant de la distribution Sears vient de se déclarer en faillite. Fondé en 1886, le groupe n’avait pas réussi à prendre le virage du commerce en ligne et a été placé sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites.

Malgré les nombreuses tentatives de redressement initiées par le PDG du groupe, Eddie Lampert, qui a racheté la société en 2004, Sears a connu une longue dégrindolade financière et n’a généré aucun profit depuis 2011. En bourse, le titre Sears a chuté de 23,8% après l’annonce lundi, pour descendre à moins de 41 cents. Il valait $120 dans les années 2000.

Icône de la consommation après-guerre

Créée en 1893, Roebuck & Company, plus tard renommée Sears, vendait à l’origine des montres aux agents ferroviaires. Peu à peu, l’enseigne écoule les derniers articles à la mode aux consommateurs américains et s’impose comme la principale chaîne de magasins de l’après guerre, une icône de la société de consommation. Sears multiplie les ouvertures de magasins et entre au Dow Jones en 1924, pour poursuivre une croissance fulgurante au sein de l’indice vedette de Wall Street, à tel point qu’elle partage ses bénéfices avec ses employés dans les années 1960.

Plusieurs facteurs expliquent la chute de Sears depuis les années 1980, le plus important étant son incapacité à s’adapter au changement. Force est de constater que Sears a raté le virage de l’innovation : la société n’a ni réussi à prendre le virage du commerce en ligne, ni su comprendre le changement des habitudes de consommation. Elle n’a pas su séduire les millénials qui achètent la plupart du temps sur leur smartphone. Son déclin coïncide avec la baisse de fréquentation des centres commerciaux américains.

Un rachat de sauvetage en 2004

En 2004, Sears est rachetée par un ancien de chez Goldman Sachs, Eddie Lampert. Ce dernier ayant sorti l’enseigne K-mart de la banqueroute l’année précédente, les marchés s’attendaient à une reprise spectaculaire.

La stratégie d’Eddie Lampert était la suivante : scinder la société, vendre les magasins iconiques et rentables à des sociétés possédées par son propre fonds d’investissement, ESL, et ensuite utiliser le produit de ces ventes pour investir massivement dans le commerce en ligne. Ainsi, 250 magasins Sears ont été vendus à la société Seritage en 2015.

Chapître 11 de la loi sur les faillites

Malgré ce changement de stratégie, les résultats de Sears ont continué à dégringoler et la société n’a dégagé aucun profit depuis 2011. Pire, la société s’est vue dans l’incapacité de payer une dette de $134 millions arrivant à échéance lundi.

Risquant la banqueroute risquée pour les détaillants, Eddie Lampert a choisi de restructurer le groupe sans passer par la loi : il choisit d’utiliser à son avantage le Chapître 11 de la loi américaine sur les faillites, permettant à la société de continuer ses activités sans subir de pression de la part de ses créanciers. Dans le dossier déposé par Eddie Lampert au tribunal des faillites en octobre, il déclarait $6,9 milliards d’actifs et $11,3 milliards de passifs.

Eddie Lampert a déclaré vouloir “lancer le plus vite possible sa restructuration ainsi qu’un plan de réorganisation à très court terme”. Sears Holdings, propriétaire des enseignes Sears Store et K-mart, a également annoncé la fermeture de 142 magasins les moins rentables d’ici à la fin de l’année. Cela s’ajoute aux 108 magasins ayant déjà fermé au printemps 2018, et aux 46 qui fermeront d’ici le mois de novembre.

Seuls les 700 magasins les plus rentables seront conservés. Alors qu’il occupait jusqu’ici le poste de PDG, Lampert deviendra Président du conseil d’administration et ses fonctions exécutives seront reléguées à un bureau constitué de trois commissaires.

Sears affirme disposer de $300 millions et d’un apport supplémentaire de $300 millions pour continuer son activité à travers la procédure de faillite et ainsi payer ses employés. De plus, des sources proches du groupe ont déclaré à Reuters que Lampert lui-même pourrait renflouer les caisses de Sears à hauteur de $600 millions.

Quel sera le sort du groupe ? Cela revient à répondre à cette question : quelle est la profondeur des poches des créanciers, fournisseurs et actionnaires de Sears ?

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo