Il s’agit d’une affaire où les démentis se succèdent. De manière officielle, la chaîne d’informations i-télé n’est pas à vendre, et de surcroît aucun acquéreur potentiel ne s’est manifesté. Mais la rumeur qui circule depuis plusieurs semaines est-elle pour autant infondée ? Il se peut que les rumeurs qui courent soient le symptôme d’un jeu entre acheteurs et vendeurs. Certains assurent que les dirigeants de Vivendi n’avaient pas exclu la possibilité de vente de la chaîne. Vincent Bolloré et le propriétaire de SFR Patrick Drahi se sont rencontrés il y a quelques mois, officiellement pour discuter de sujets tels que le sport.

L’appréhension des journalistes est palpable

Il est difficile de vendre une chaîne d’informations à un groupe en possédant déjà une, comme par exemple TF1 avec LCI et SFR avec BFM. Le groupe M6 pourrait être un bon candidat, bien que son Directeur Nicolas de Tavernost, n’ait jamais beaucoup misé sur l’information. En ce qui concerne les acteurs de la presse, ce sont les actionnaires du Monde, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse qui se sont déclarés être intéressés par LCI en 2014, de même que le groupe Le Figaro. Depuis Matthieu Pigasse a déclaré en novembre 2015 de manière énigmatique : « Si LCI nous intéresse, vous pouvez considérer qu’i-Télé nous intéresse. »

L’acquisition d’une chaîne : une opération très hasardeuse

La question de la valeur réelle d’i-Télé se pose. Selon le cadre d’un groupe audiovisuel, l’acquisition d’une chaîne d’information n’est pas forcément rentable, compte-tenu de la concurrence renforcée sur ce marché. Seul le cas où la chaîne serait vendue à un prix très faible ou nul serait acceptable. En 2015, Vincent Bolloré a annoncé souhaiter concurrence BFM TV, mais depuis lors i-Télé est confrontée à des problèmes financiers et reste toujours dans l’attente de nouveau projets, ce qui fait enfler la rumeur selon laquelle Bolloré ne sait que faire de cette chaîne.

Le nombre de chaînes d’infos pose problème

L’intensification de la concurrence fait craindre un scénario où toutes les chaînes d’informations connaîtront des difficultés. Seule BFM-TV semble tenir bon avec une marge considérable. LCI quant à elle a enregistré des pertes significatives au cours des derniers mois, pertes qui seraient pour TF1 rééquilibrées dans pas moins de trois ans. Les journalistes ont beaucoup d’appréhension vis-à-vis du renforcement de cette concurrence, étant donné le nombre croissant de caméramans présents sur le terrain. Selon certains, quatre chaînes d’info, c’est beaucoup trop. Il y aurait donc une chaîne de trop. Cela renvoie au marché des télécoms sur lequel n’étaient présents que trois opérateurs avec le rachat de Bouygues.

«Laisser une chaîne d’informations sans stratégie, sans cap, sans capitaine, sans leadership, cela n’est pas sérieux » Olivier Ravanello, Président de la société des journalistes.

Les salariés de la chaîne toujours dans l’inquiétude

Au sein de la rédaction d’i-Télé, les journalistes restent dans l’incertitude et ont du mal à comprendre la situation. La rédaction est selon eux complètement absente, ce qui laisse la filiale de Canal + en autogestion. «Laisser une chaîne d’informations sans stratégie, sans cap, sans capitaine, sans leadership, cela n’est pas sérieux » Olivier Ravanello, Président de la société des journalistes. Il a ajouté qu’on demandait à la rédaction d’i-Télé de faire la même chose que BFM-TV, mais avec deux fois moins de budget. Le problème majeur d’i-Télé est qu’elle n’est toujours pas dotée d’un plan stratégique, ce qui laisse craindre à ses salariés un désintéressement total de ses actionnaires, et donc une vente à terme.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo