Alors que les Etats-Unis envisagent d’instaurer de nouvelles taxes sur les automobiles importées depuis l’Europe, la Commission ne cache pas son inquiétude. L’Allemagne, en particulier, pourrait souffrir d’une telle décision. Celle-ci marquerait une nouvelle étape dans le bras de fer qui oppose Bruxelles et Washington. Dans le même temps, la Commission a ouvert la porte à un accord de libre-échange avec plusieurs pays de la zone Pacifique.

Après les métaux, les autos

Semaine après semaine, l’hypothèse d’une guerre commerciale opposant l’Europe et les Etats-Unis se précise. La situation s’est encore durcie ces derniers jours alors que Washington a menacé d’instauré une nouvelle taxe sur les automobiles en provenance de l’Union européenne. Tout commence mercredi 23 mai, lorsque le secrétaire du Commerce américain, Wilbur Ross, a lancé une enquête sous la Section 232 sur les importations de véhicules pour déterminer leur impact sur la sécurité nationale américaine. Cette décision pourrait être un premier pas vers l’instauration de taxes douanières. Selon le Wall Street Journal, celles-ci pourraient atteindre 25% sur les importations de véhicules.

Cecilia Malmström, la Commissaire européenne au Commerce, s’est déclarée “préoccupée” dès le lendemain. “Nous verrons bien sûr de quoi il s’agit, ce à quoi mène l’enquête, mais d’après ce que nous pouvons voir, c’est quelque chose qui va aussi à l’encontre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)”, a-t-elle déclaré à l’occasion d’une conférence de presse à Bruxelles.

Jyrki Katainen, le vice-président de la Commission européenne, a estimé que l’instauration de nouvelles taxes sur les automobiles européennes, si celles-ci se confirmaient, serait “très difficile à comprendre”. Lui aussi a souligné qu’une telle décision serait contraire aux règles de l’OMC, ajoutant qu’il est “très difficile d’imaginer que les importations automobiles créent la moindre menace à la sécurité nationale américaine”.

Négociations difficiles

Cette séquence survient alors que l’Europe et les Etats-Unis sont en pleines discussions sur les tarifs douaniers. L’Europe a ainsi récemment proposé à Washington d’ouvrir son marché plus largement aux produits américains, y compris au secteur de l’automobile.

En échange, Bruxelles réclame de Washington qu’il lève la menace de taxes accrues sur les importations d’acier et d’aluminium. Si l’Union bénéficie depuis mars d’une exemption sur ce plan, ce privilège devrait être révoqué dès le 1er juin. Cependant, cette proposition n’a pour le moment pas convaincu l’administration de Donald Trump, qui est jusqu’à présent restée sur ses positions.

Jean Asselborn, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, n’a pas caché son pessimisme : “Je pense que nous aurons une nouvelle impasse le 1er juin”, a-t-il estimé.

Dissensions au sein de l’UE

Si l’Union européenne fait bloc jusqu’à présent dans les discussions, des lignes de tension commencent à se dessiner entre les pays membres. En tant que pays exportateur, l’Allemagne a beaucoup à perdre dans l’hypothèse d’un conflit commercial ouvert avec les Etats-Unis. Berlin veut maintenir le dialogue à tout prix pour préserver coûte que coûte son secteur automobile. “Le temps presse”, a déclaré en début de semaine le ministre allemand de l’Economie Peter Altmaler au sujet des discussions entre l’Union et les Etats-Unis.

Et pour cause : selon la Chambre d’industrie et de commerce germano-américaine, ce sont plus d’un million d’emplois qui édpendent directement ou indirectement des exportations vers les Etats-Unis. Mais la France, pour qui le secteur automobile est moins stratégique, pourrait à l’inverse se montrer plus réticente à multiplier les concessions auprès de Washington. Peter Altmater a d’ailleurs déclaré début mai qu’il était “aussi difficile” de trouver une position commune avec la France que de proposer une solution satisfaisante aux Etats-Unis.

Un analyste reste confiant

Pour Invesco, la perspective d’une guerre commerciale est moins inquiétante que celle d’une erreur de politique monétaire. “Les deux principaux risques pour l’expansion du cycle économique mondial pourraient venir des erreurs potentielles dans la politique monétaire américaine et dans celle de la zone euro, et non des revendications de l’administration Trump concernant le protectionnisme”, analyse John Greenwood, l’économiste en chef d’Invesco. Selon lui, la contraction du bilan de la Fed pourrait davantage ralentir la croissance de la monnaie et du crédit aux Etats-Unis, et donc limiter la croissance économique. En revanche, une guerre portant sur les droits de douane ralentirait la croissance des échanges dans le cas où elle se maintiendrait, mais n’aurait qu’un impact marginal sur la croissance du PIB mondial.

L’Europe s’ouvre au Pacifique

Si le climat est toujours houleux entre Bruxelles et Washington, la Commission affiche sa volonté de maintenir sa stratégie d’ouverture commerciale. Les ministres du Commerce des 28 pays membres ont ainsi donné leur feu vert cette semaine à des négociations avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande pour conclure un accord de libre-échange. Cécilia Malmström effectuera une visite officielle dans ces deux pays en juin prochain pour donner le coup d’envoi des négociations.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission, a précisé que ces accords s’appuieront sur ceux conclus avec succès avec le Canada, le Japon, Singapour, le Vietnam et le Mexique. “Ils élargiront l’alliance de pays partisans d’un commerce global ouvert et réglementé”, a-t-il déclaré. “Ensemble, nous allons maintenant négocier des accords commerciaux gagnant-gagnant qui créent de nouvelles opportunités pour nos entreprises, tout en garantissant des normes élevées dans des domaines-clés tels que le développement durable”, a ajouté Cécilia Malmström.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo

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