La crise n’a pu être évitée. Depuis vendredi 1er juin, les Etats-Unis ont imposé de nouveaux tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium importés d’Union européenne, du Mexique et du Canada. Aussitôt dénoncée par plusieurs pays européens, cette décision pourrait engendrer des représailles de la part de Bruxelles. Et certains observateurs pensent que les Etats-Unis n’ont rien à gagner dans cette guerre commerciale, bien au contraire…

Washington met l’Europe au pied du mur

Les tensions commerciales entre l’Europe et les Etats-Unis, qui s’amplifient depuis le mois de mars, ont atteint un nouveau point critique. Washington, qui avait accordé à l’Union européenne une exemption sur les nouvelles taxes douanières sur les importations de métaux vers les Etats-Unis, a finalement mis fin à ce traitement de faveur le vendredi 1er juin, concrétisant les craintes des économistes. Désormais, l’acier sera taxé à 25%, et l’aluminium à 10%. Les 28 pays membres de l’Union européenne, qui espéraient une exemption permanente et inconditionnelle sur ces tarifs de la part de leur allié historique, se sont vus opposer une fin de non recevoir.

La situation est identique pour le Mexique et le Canada, pour qui le sursis sur ces taxes a également été levé.

Un G7 sous tension

Si cette décision des Etats-Unis ne constitue pas une surprise au vu de la dégradation progressive des négociations ces dernières semaines, les réactions en Europe n’en ont pas moins été vives. Emmanuel Macron a dénoncé une décision “illégale” de Washington, ajoutant que celle-ci constituait une “erreur”. Olaf Scholz, le ministre allemand des finances, a lui aussi évoqué le caractère illégal de cette mesure : “A mon avis, cette décision unilatérale est erronée et contredit le droit international”, a-t-il déclaré la semaine dernière, faisant écho aux propos du président français.

Le G7, qui se tient ce vendredi et ce samedi au Canada, devrait être marqué par ce contexte tendu. Plusieurs dirigeants européens ont évoqué l’hypothèse d’un “G6 + 1” où les Etats-Unis se trouveraient isolés face aux autres pays du sommet, en raison du problème des taxes douanières, mais aussi de la position de Donald Trump sur des questions telles que l’accord nucléaire iranien ou encore la lutte contre le réchauffement climatique.

“Jamais de gagnants, que des perdants”

Les experts sont divisés sur l’étendue de l’impact des hausses de tarifs douaniers annoncées par l’exécutif américain. En théorie, les répercussions pourraient être relativement faibles en Europe : l’Allemagne ne représente que 3% des importations américaines d’acier, et la France, moins de 1%. Des chiffres très loin de ceux du Canada, qui représente 16% des importations. Mais en valeur, la part de l’Union européenne s’élève à 28%. Ce chiffre s’explique par le fait que l’Europe exporte de l’acier transformé, à forte valeur ajoutée, là où d’autres pays (notamment l’Inde et le Mexique) exportent de l’acier brut. Plusieurs pays européens, Allemagne en tête, ont donc beaucoup à perdre si les nouveaux tarifs douaniers venaient à se maintenir.

Et aux Etats-Unis, quelles seront les conséquences de ces mesures ? A court terme, celles-ci devraient bénéficier à l’économie américaine – ou au moins aux producteurs d’acier et d’aluminium nationaux. Le producteur US Steels a d’ailleurs annoncé la réouverture d’un haut fourneau dans l’Illinois. Le directeur général du groupe a évoqué une “renaissance”. A Wall Street, l’action US Steels a bondi de plus de 6% suite aux annonces de Donald Trump.

Mais qu’en sera-t-il à plus long terme pour le reste de l’économie ? Les industries consommatrices d’acier, comme l’industrie automobile, pourraient être pénalisées par ces nouvelles taxes douanières, qui pourraient se traduire par une hausse des prix.

La guerre commerciale qui se profile serait donc préjudiciable non seulement pour l’Europe, mais aussi pour les Etats-Unis sur le long terme. Ce scénario confirmerait l’analyse d’Arancha Gonzalez, directrice générale du Centre du commerce international, qui déclarait récemment que “dans une guerre commerciale, il n’y a jamais de gagnants, que des perdants”.

Riposte européenne

De son côté, la Commission européenne n’a pas tardé à imaginer une réponse à l’attaque venue des Etats-Unis. Bruxelles veut mettre en place des taxes additionnelles à hauteur de 25% sur une liste de produits fabriqués aux Etats-Unis. Jeans, bourbons, motos Harley Davidson, cranberries… la plupart des biens visés sont emblématiques de l’économie US. Cécilia Malmström, Commissaire européenne au Commerce, y voit une “réponse mesurée et proportionnée à une décision unilatérale et illégale prise par les Etats-Unis”. Elle a ajouté que “la réaction de l’Union européenne s’inscrit dans les règles du commerce international”, regrettant que “les Etats-Unis ne nous aient pas laissé d’autre choix pour préserver les intérêts européens”.

Reste, pour les Etats membres, à se mettre d’accord pour savoir si les taxes porteront sur l’ensemble des produits de la liste, ou seulement sur une partie d’entre eux.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo