Elon Musk cessera-t-il un jour de nous surprendre ? Fin janvier, l’homme d’affaires a frappé à nouveau avec une annonce fracassante : il ne touchera plus de salaire fixe en tant que PDG de Tesla. Sa rémunération proviendra désormais uniquement des performances de l’entreprise : elle sera fixée sur la réalisation d’objectifs opérationnels d’une part, et sur l’évolution du cours du bourse d’autre part. Des objectifs pour le moins ambitieux : à l’horizon 2028, il vise une capitalisation boursière de… 650 milliards de dollars, contre 60 milliards actuellement. En clair, Elon Musk ne sera payé que si la croissance de Tesla explose.

Super-star des réseaux sociaux

« Si la valeur de Tesla ne croit que de 80 ou 90% d’ici les dix prochaines années, le montant de ma rémunération s’élèvera à zéro », a déclaré Elon Musk qui, en cas de réussite, pourrait aussi accroître sa fortune de façon démesurée. En effet, dans le cas le plus favorable, il empocherait jusqu’à 78 milliards de dollars. Le nouveau système prévoit une série de paliers : une valorisation de 100 milliards de dollars, puis de 50 milliards supplémentaires jusqu’à atteindre le chiffre de 650 milliards. A chaque fois qu’un palier sera atteint, Elon Musk touchera 1% de l’ensemble des actions de l’entreprise si toutefois cette proposition est validée lors d’un vote soumis aux actionnaires au mois de mars lors d’une assemblée générale extraordinaire.

Le moins qu’on puisse dire est que le chef d’entreprise et ingénieur, qu’on compare régulièrement à Tony Stark, l’alter ego d’Iron Man, est passé maître dans l’art de la communication, notamment sur les réseaux sociaux où chacune de ses prises de paroles sont scrutées avec attention. Souvent décrit comme un visionnaire ou un génie, cet homme qui a annoncé vouloir coloniser Mars a atteint un statut de super-star. Il est suivi par plus de 18 millions d’abonnés sur Twitter : 6 fois plus qu’Emmanuel Macron…

L’annonce de son nouveau mode de rémunération est le dernier coup d’éclat d’une longue suite de révélations théâtrales souvent dévoilées à l’occasion de shows spectaculaires. Parmi les faits d’arme récents du milliardaire ces dernières semaines, l’annonce de la prochaine mise en orbite autour de Mars d’un exemplaire du dernier modèle de Tesla, ou encore la commercialisation d’un lance-flamme pour promouvoir sa société de forage, « The Boring Company ». Quelques heures plus tard, le milliardaire commentait sur Twitter, avec son style inimitable : « La rumeur que je suis en train de fomenter une apocalypse zombie pour générer de la demande pour mes lance-flammes est complètement fausse ».

Diversion

Mais pour certains observateurs, cette gesticulation permanente pourrait être une diversion pour détourner l’attention de problèmes structurels rencontrés par Tesla. S’il est connu partout dans le monde, le constructeur automobile reste une machine à perdre de l’argent. Fin 2017, le groupe a révélé une perte trimestrielle de près de 620 millions de dollars, et est bien parti pour terminer un huitième exercice déficitaire consécutif.

Surtout, Tesla inquiète par son incapacité à tenir les objectifs de production affichés pour la Model 3, dont le succès est pourtant l’une des conditions-clé de la réussite financière de l’entreprise. Plus légère et plus petite que ses grandes sœurs, cette berline sera aussi la plus abordable de la gamme. Commercialisée à 35 000 dollars, c’est elle qui devrait permettre à Tesla de conquérir le grand public.

Début janvier, le groupe a repoussé son objectif de production de 5 000 véhicules par semaine à la fin du deuxième trimestre 2018. Il s’agit de la deuxième fois en six mois que le groupe de Palo Alto est contraint à une telle annonce. Au quatrième trimestre 2017, Tesla n’est parvenu à livrer que 1 550 exemplaires du véhicule.

Selon CNBC, qui cite des employés du constructeur, Tesla serait par ailleurs en proie à de sérieuses difficultés sur sa chaîne de production. Les sources de la chaîne américaine évoquent des « goulets d’étranglement » et la présence d’employés « inexpérimentés ». Certaines batteries au lithium seraient par ailleurs assemblées à la main, ce qui pourrait laisser présager des possibilités de défauts pour les véhicules sortant de l’usine.

Soutien des actionnaires

Ces informations ont aussitôt été démenties par le constructeur de voitures électriques. « Pour être absolument clair, nous maintenons les projections d’augmentation des taux de production de la Model 3 que nous avons fournies en début de mois », a fait savoir le groupe.

De leur côté, les actionnaires continuent à accorder leur confiance au groupe emmené par Elon Musk. L’action a bondi de 46% sur l’année 2017, et affiche une progression de 8% environ depuis le début 2018 malgré la révision des objectifs de production.

Electrique : un marché pléthorique

Lorsqu’elle sera disponible sur le marché français, la Model 3 devra faire face à une concurrence particulièrement rude sur le marché du tout électrique. Signe de l’évolution des constructeurs vers des motorisations vertes, les constructeurs multiplient leurs offres sur ce segment. Nissan a prévu de sortir cette année une nouvelle version de la Nissan Leaf II, tandis que Kia projette de commercialiser un nouveau SUV. Enfin, Hyundai devrait mettre sur le marché une grande berline et un cross-over.

En France, l’achat de l’un de ces véhicules permettra à ses acquéreurs de profiter du bonus accordé pour l’achat d’une voiture électrique neuve. Celui-ci a été maintenu à 6 000 euros par le Ministère de la transition écologique. Si elle vient remplacer un vieux véhicule diesel ou essence polluant, cette prime pourra être augmentée d’une prime à la conversion de 2 500 euros. Reste à savoir si ces mesures incitatives seront suffisantes pour convaincre les consommateurs de passer à une motorisation non polluante…

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo