Après un long processus d’enchères, la société Yahoo actuellement valorisée à $37 milliards, a trouvé acquéreur pour ses activités internet. C’est le géant des télécommunications Verizon qui signe un contrat d’achat d’un montant de $4,83 milliards. Mais que peut bien pousser Verizon à acquérir une partie de cet ancien colon du web, qui a cumulé des ratés pendant deux décennies ? En rachetant Yahoo, Verizon compte allier ses activités web avec celles d’AOL, également propriété de l’opérateur américain. Le but est de créer une offre publicitaire en ligne capable de concurrencer les géants Google et Facebook. Avec ce rachat, Verizon va prendre possession du cœur de métier de Yahoo, à savoir Yahoo News et Yahoo mail, tandis que les activités opérationnelles du groupe devraient être laissées de côté. L’action Yahoo a reculé de 1,55 %, soit à $38,77 après l’annonce.

 

Yahoo : un pionnier du web qui n’a pas su évoluer

Ce sont deux étudiants de l’Université de Stanford qui fondèrent en 1994 ce qui devait être à l’origine un annuaire en ligne. Yahoo sera introduit en bourse deux ans plus tard et flambera de 270 % lors du premier jour d’introduction. Depuis, le groupe a enchaîné les échecs, incapable de monétiser ses services face à des internautes qui l’ont délaissé au profit de ses concurrents plus innovants, Google et Facebook. A en croire eMarketer, la part de marché de Yahoo! dans la publicité en ligne serait de seulement 1,5 % en 2016, contre 30 % pour Google et 12 % pour Facebook. Cela n’est pas mieux pour la recherche en ligne avec 11,9 % des parts de marché pour Yahoo, contre 63,8 % pour Google et 21,8 % pour Bing de Microsoft.

 

Le déclin du groupe n’a jamais pu être enrayé

Si Yahoo avait été valorisé jusqu’à $100 milliards en pleine bulle internet et que Microsoft a tenté de l’acquérir pour $47 milliards en 2008, son déclin a été inexorable. L’arrivée prometteuse de Marissa Mayer en tant que Directrice Générale en 2012, avec son lot de nouveaux projets pour les plateformes mobiles et vidéo, n’ont pas suffi à remonter la pente. Quatre ans plus tard, le groupe essuie toujours des pertes, avec des revenus en chute de 20 % sur un an. Tout a été tenté pour éviter le naufrage mais sans succès : cessions d’actifs, rachats et restructurations en tout genre, sans compter les plans sociaux qui ont vu l’effectif du groupe se réduire de 45 %. Mayer a misé en 2013 sur le rachat du réseau social Tumblr, qui s’est malheureusement transformé en plateforme pornographique au fil du temps. Acheté $1,1 milliards, le site internet a vu sa valorisation réduite de $482 millions l’an dernier.

 

La faiblesse de Yahoo : son incapacité à monétiser sa base d’utilisateurs

Certes, Yahoo peut se vanter d’avoir un milliard d’utilisateurs mensuels. Mais sa part de marché sur le secteur des revenus publicitaires est seulement de 2,1 %. Par comparaison, Google est à 54 % de parts de marché. L’autre grosse faiblesse de Yahoo, c’est le mobile.  L’entreprise est restée tournée vers les utilisateurs de PC, dont elle tire 77 % de ses revenus. C’est un problème qui n’a jamais été réglé, et ce n’est pas faute d’avoir essayé pour Marissa Mayer, qui avait pourtant promis d’amorcer un tournant mobile. Mais en 2012, il est déjà bien trop tard.

“La vente de nos activités opérationnelles, qui sont de fait scindées de nos participations en Asie, constitue une étape importante dans notre plan visant à dégager de la valeur pour les actionnaires de Yahoo”, Marissa Mayer, PDG de Yahoo.

 

Transformation très stratégique pour Verizon

Lors de la publication de ses résultats du deuxième trimestre, Verizon en a profité pour lever le voile sur sa stratégie de développement. Avec la saturation du marché du mobile, le groupe américain ne peut plus se contenter de l’activité de ses services de téléphonie comme moteur de croissance, et cherche donc à se diversifier dans la vidéo et la publicité en ligne, un marché pour le moment dominé par les groupes web Facebook et Google. Le but ultime est de créer un mastodonte de la publicité en ligne.

« En achetant Yahoo, nous nous positionnons pour être un concurrent majeur dans les médias mobiles (…) Nous pensons que cette acquisition représente une source de revenus significative pour l’avenir », Lowell McAdam, PDG de Verizon.

 

Fusionner les activités web de Yahoo avec AOL

Verizon n’a pas chômé depuis deux ans afin d’étendre son empire en ligne : le rachat de Yahoo talonne celui d’AOL l’an dernier, un autre groupe déchu du web racheté pour $4,4 milliards seulement pour l’utilisation de ses technologies publicitaires. Les ambitions de Verizon sont claires : fusionner les activités de Yahoo avec celles d’AOL et utiliser leurs audiences jointes pour créer une offre publicitaire digne de ce nom.

« Le marché va croître de façon spectaculaire Si nous participons à cette croissance, ce sera un grand succès pour nous », Lowell McAdam, PDG de Verizon.

 

Selon les analystes, cette fusion a du sens

Si Yahoo clame 1 milliard d’utilisateurs mensuels, mais reste loin derrière Google et Facebook en termes de revenus publicitaires. AOL de son côté possède le Huffington Post ainsi que le site spécialisé TechCrunch. C’est une entreprise toujours rentable, avec 2,2 millions d’abonnés qui bénéficient d’une connexion internet par modem. Les deux entités réunies sont donc susceptibles d’attirer davantage d’annonceurs. Si certains s’interrogent sur cette stratégie, elle permettrait à Yahoo de séparer son cœur de métier de ses participations dans les deux sociétés Alibaba et Yahoo Japan. Lowell McAdam estime que Yahoo et AOL sont complémentaires. D’après lui les millenials, soit les jeunes nés dans les années 2000, n’ont que faire de Yahoo. Mais ils utilisent les services du groupe quotidiennement sans le savoir, avec notamment Flickr et Tumblr ! Ainsi Yahoo possède une audience énorme qui n’a jamais vraiment été exploitée.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo