Une page se tourne pour la vie politique allemande. Après 13 ans au pouvoir, la chancelière Angela Merkel a officiellement déclaré sa sortie à la fin de son quatrième mandat, en 2021. Elle quittera également la tête de la CDU, parti conservateur qu’elle a dirigé pendant 18 ans, au mois de décembre prochain.

Les cadres de son parti réclamaient depuis plusieurs mois qu’elle prépare sa succession, ce qu’elle a toujours refusé de faire jusqu’à présent. Il aura fallu un revers électoral à Hessen pour annoncer son retrait. Selon les mots de Merkel elle-même : “il n’est plus possible de faire comme si rien ne s’était passé”.

Dernier mandat en tant que chancelière

Sa fin était annoncée depuis longtemps, c’est à présent officiel. Il aura fallu un énième revers électoral de la CDU pour pousser la chancelière allemande vers la sortie. Un jour après que le parti ait enregistré son plus mauvais score depuis 50 ans, Angela Merkel a déclaré : “Nous avons besoin de tourner la page. Il s’agit de mon dernier mandat en tant que chancelière, au terme duquel je ne solliciterai aucune fonction politique”. Elle terminera son quatrième mandat en 2021, après 13 ans au pouvoir.

Il n’est plus possible de faire comme si rien ne s’était passé“, a déclaré Angela Merkel après la défaite de la CDU à l’élection régionale en Hesse. Il s’agissait d’un ultime test de popularité pour le parti démocrate-chrétien qui est arrivé en tête, mais avec seulement 27 % des voix. C’est 11 points de moins par rapport au scrutin précédent. Il y a quinze jours, le parti avait déjà affiché un résultat très médiocre lors d’un autre scrutin régional en Bavière. Pendant ce temps, les partis d’extrême droite anti-migrants et écologistes ne cessent de progresser.

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Retrait de la CDU en décembre 2018

En plus de son poste de chancelière, Angela Merkel renonce également à la tête de son parti. En abandonnant la tête du CDU qu’elle préside depuis 18 ans, Merkel permet à son successeur d’émerger.

Depuis plusieurs mois, la chancelière luttait pour maintenir la coalition avec les sociaux-démocrates, coalition aujourd’hui au bord de l’implosion après les récents échecs électoraux en Hesse et Bavière. Celle qui dirige le pays depuis 13 ans a vu sa cote de popularité chuter, et ce même dans ses rangs. Un peu plus d’un an après sa victoire laborieuse aux législatives, son retrait du parti CDU était attendu.

Selon la spécialiste de l’Allemagne et professeur à la Sorbonne, Hélène Miard-Delacroix, Merkel a “reçu le message des électeurs”. En quittant la tête de la CDU, elle permet au parti de bénéficier d’un “coup de jeune” et de se donner “un profil plus net”. Mais il s’agit d’une annonce à double tranchant.

Si Merkel fait preuve de responsabilité en restant à la tête du pays jusqu’en 2021, ce dernier mandat sera compliqué pour elle. Un départ annoncé pour dans deux ans va entraîner une perte de crédibilité à l’international, surtout en Europe avec la crise que traverse l’UE. Cela peut également représenter un problème en Allemagne avec l’arrivée d’une nouvelle personne à la tête de la CDU. Difficile de garder une autorité de chef de gouvernement lorsqu’on n’est plus chef du parti.

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2015 : le début de la fin pour Merkel

La popularité de la chancelière avait commencé sa chute en 2015, lorsqu’elle a ouvert les frontières du pays à 1 million de demandeurs d’asiles. S’en est suivi un bras de fer sur la politique migratoire entre Angela Merkel et le Ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer.

Prônant un changement radical de politique migratoire, ce dernier a menacé de démissionner, pour finalement rester. Selon les experts, c’est cet épisode qui a écorné l’image de Merkel, qui aurait dû limoger Seehofer pour avoir défié son autorité. Depuis, Merkel et son parti n’ont cessé de chuter dans les sondages.

L’alliance avec les sociaux démocrates est l’autre source de difficulté de Merkel. Depuis le début de son mandat en mars, la chancelière n’a pas réussi à former un gouvernement majoritaire et a dû s’associer avec un SPD récalcitrant. La faute aux élections législatives de 2017 qui ont été marquées par la montée spectaculaire du mouvement d’extrême droite, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). La chancelière l’a elle même reconnu, cette coalition “donne une image inacceptable dans l’opinion publique en raison des conflits permanents sur la politique migratoire”.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo