Chine – Année du singe de feu sur fond d’inquiétudes

Chine – Année du singe de feu sur fond d’inquiétudes

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    Le 8 février 2016 selon le calendrier lunaire, la Chine a quitté l’année de la chèvre pour entrer dans celle du singe de feu, un signe zodiacal symbole d’agilité, de malice et d’exubérance. C’est 1,35 milliards de chinois sur le continent et plus de 50 millions dans le monde qui se sont réunis en famille, ont célébré, soldé leurs dettes, réglé leurs contentieux et se sont refaits à neuf pour la nouvelle année. Durant le mois de février, 3 milliards de trajets dans le monde liés à cet évènement vont être effectués. Contrairement à la plupart des signes du zodiaque chinois qui sont prestigieux comme notamment le signe du dragon, le signe du singe est aussi réputé pour sa fourberie, son imprévisibilité et sa malice, ce qui peut réserver de mauvaises surprises, d’autant plus lorsqu’il est associé au feu.

    La baisse du yuan expliquée, et ses conséquences

    C’est en juin 2015 que le marché chinois a décroché et déstabilisé l’ensemble des marchés financiers mondiaux. La réaction de Pékin fut de soutenir son économie en y injectant mille milliards de dollars, en vain. S’en est suivie une dévaluation du yuan en aout, et ce dans des proportions inédites depuis 20 ans. Ces mesures drastiques n’ont pas réussi à empêcher la chute de la bourse chinoise en début d’année 2016.

    La monnaie chinoise est très volatile : ni fixe, ni flottante, son régime de change est intermédiaire.

    La Chine cherche par ailleurs à stabiliser sa devise ; C’est pour cette raison qu’elle a remonté le cours de référence depuis vendredi, sans néanmoins parvenir à retrouver son niveau de début janvier. Le yuan « offshore » a lui aussi été touché, réalisant un bond historique. La monnaie chinoise est très volatile : ni fixe, ni flottante, son régime de change est intermédiaire. Contrairement aux États-Unis et à la zone euro qui laissent leurs taux de change s’établir d’eux-mêmes, celui de la Chine est indexé chaque matin par le gouvernement, ainsi le yuan ne peut varier de plus de 2 % à la hausse ou à la baisse. Un léger changement a néanmoins été établi en 2005 : en effet depuis cette date le yuan est indexé sur un panel de devises composé de dollars, euros et yen japonais. En revanche le taux officiel est lui toujours défini par les autorités, le cours évolue donc en paliers.

    C’est un pays qui subit douloureusement sa transition économique,  ce qui implique le ralentissement de sa croissance.

    La stratégie de communication ne donne plus le change

    La Chine s’est fixée pour objectif une croissance « entre 6,5 % et 7 % » pour 2016 et évoque sa volonté de réduire les surcapacités industrielles. C’est un pays qui subit douloureusement sa transition économique,  ce qui implique le ralentissement de sa croissance. Même si la croissance du premier exportateur mondial est restée sous contrôle en 2015, Pékin est à présent confronté à la panique des investisseurs qui n’ont plus aucune confiance en le discours officiel sans cesse répété sur la grande solidité de l’économie chinoise, et craignent un atterrissage plus brutal en 2016. Mais il semble que la Chine ne réussisse plus à faire illusion quant à ses faiblesses structurelles économiques, passées sous silence depuis trop longtemps : accumulation de créances douteuses, vieillissement de la population, statistiques officielles manipulées,  montée du mécontentement social et atrophie des organismes publics. Depuis des années les prévisions annoncent un effondrement imminent de l’économie chinoise, chose qui peut cette fois devenir réalité avec un discours du gouvernement qui ne convainc plus les investisseurs, rendant le marché boursier et l’évolution du Yuan hors de tout contrôle.

    C’est la première fois que la Chine perd la bataille de la communication alors que sa propagande est parmi les plus efficaces du monde.

    Des méthodes agressives et désespérées se multiplient

    À Davos, la directrice du FMI Christine Lagarde fait état des « problèmes de communication de la Chine » qui déstabilisent d’autant plus les marchés. La machine à propagande a touché ses limites depuis l’été dernier et la Chine s’est rabattue sur des mesures agressives et désespérées telles que les menaces de rétorsion qui « rendent la situation encore plus difficile » d’après le magazine en ligne Quartz. Alors que la confiance dans la capacité du gouvernement à maîtriser son économie s’effrite, les dirigeants et médias chinois prennent le parti de se montrer plus agressifs et menaçants, stratégie discutable face à un début de panique. La deuxième économie mondiale et première exportateur ne peut plus aujourd’hui se permettre un comportement si négatif face au reste du monde dès que la conjoncture ne lui est pas favorable. C’est la première fois que la Chine perd la bataille de la communication alors que sa propagande est parmi les plus efficaces du monde. Exemple frappant, la plupart des étudiants chinois ignorent que la révolte de Tiananmen a eu lieu en 1989 et a été réprimée pour le gouvernement.

    Il est presque impossible à l’heure actuelle pour une entreprise étrangère de s’installer en Chine, tant le système y est « bloqué ».

    La Chine a-t-elle les capacités de redresser sa monnaie ?

    Pour surmonter la crise, la Chine aurait besoin de réformer ses entreprises publiques et d’ouvrir ses marchés de capitaux afin d’attirer et rassurer les investisseurs. Il s’agit de méthodes classiques mais difficiles à mettre en œuvre pour un pays où la corruption est omniprésente. À titre d’exemple, il est presque impossible à l’heure actuelle pour une entreprise étrangère de s’installer en Chine, tant le système y est « bloqué ».

    Alors que les analystes estiment que le yuan va continuer de s’enfoncer, Pékin ne semble pas réagir. “Si les réserves (de devises) représentent un trésor de guerre non négligeable, le rythme auquel elles sont en train de fondre ces derniers mois est tout simplement insoutenable”, a déclaré Rajiv Biswas, analyste chez IHS Global Insight à Bloomberg News.

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