Le Japon s’apprête à investir 30 milliards de dollars en Afrique

Le Japon s’apprête à investir 30 milliards de dollars en Afrique

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    Le Japon investit en Afrique

    Le continent africain est depuis quelques années le siège d’une croissance spectaculaire, ce n’est un secret pour personne et surtout pas pour les pays asiatiques. Alors que la Chine est à l’heure actuelle le premier partenaire commercial de l’Afrique, le Japon a bien compris que le continent était un marché clé pour se démarquer de son éternel rival. Ainsi, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a décidé d’y investir 30 milliards de dollars sur les trois prochaines années, dont 10 millions consacrés au développement des infrastructures. Il a fait cette promesse lors du sommet Japon-Afrique qui a eu lieu le 27 août dernier à Nairobi, nommé Ticad, pour Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique. À cette occasion, plusieurs milliers d’officiels japonais et une trentaine de chefs d’état sont arrivés en grande pompe au Kénya afin de signer des accords et partenariats commerciaux.

     

    Le Ticad de 2016, « Un événement historique »

    Du 27 au 29 août, Nairobi a accueilli une trentaine de chefs d’État, ainsi qu’une centaine de chefs d’entreprises tout droit venus du Japon et représentant les plus grandes multinationales telles que Toyota, Honda, Canon et Mitsubishi. Ces sociétés sont bien conscientes de l’essor du continent africain qui devrait devenir l’un des moteurs de la croissance mondiale d’ici quelques années grâce à sa classe moyenne émergente. D’après Katsumi Hirano, vice-président de l’Organisation japonaise du commerce extérieur, le Ticad est un évènement historique qui marque une transition dans la manière dont le Japon investit en Afrique : pendant longtemps ces investissements étaient uniquement basés sur les infrastructures publiques, mais cette année ils s’ouvrent pour la première fois au secteur privé. Le Ticad de 2016 se démarque ainsi des éditions précédentes, principalement axées sur l’investissement public et l’aide humanitaire.

     

    Shinzo Abe honore d’anciens engagements

    Lors de la cinquième édition du Ticad trois ans plus tôt, le premier ministre japonais Shinzo Abe avait promis d’investir 9 milliards de dollars en Afrique. Le 27 août dernier à Nairobi, alors que 33 % de cet objectif restait encore à réaliser, Abe a renouvelé ses engagements et a presque triplé la promesse d’investissement qui passe donc de 9 milliards de dollars à 30 milliards. Il a précisé qu’un tiers de cet investissement serait consacré à l’amélioration de infrastructures du continent. La Ticad est un évènement organisé conjointement par la Banque mondiale, le Japon, les nations Unies et l’Union africaine. L’enjeu y est double : pour l’Afrique, le but est d’attirer des capitaux japonais afin d’accélérer le développement économique du continent, alors que le Japon consolide sa position sur le marché africain et cherche de nouveaux leviers de croissance extérieurs.

     

    “Nous avons le sentiment profond que le Japon peut croître en Afrique, où les possibilités abondent”, Shinzo Abe, Premier ministre japonais

     

    Le Japon a plus que jamais besoin de nouveaux leviers de croissance

    Ces investissements massifs ne sont pas faits au hasard, l’Afrique représente une région stratégique très convoitée par les grandes puissances. C’est donc du pain béni pour le Japon, qui a désespérément besoin de nouveaux leviers de croissance. Avec sa population vieillissante et son immigration inexistante, le pays s’enfonce dans la déflation rampante, et la stratégie économique Abenomics commence à montrer ses limites.  Ainsi, plus de 70 protocoles et accords commerciaux ont été signés entre le japon et l’Afrique, de quoi donner un coup de pouce à la croissance ainsi qu’à l’inflation japonaise.

     

    Avec ce plan d’investissement de 30 milliards de dollars, le Japon souhaite développer trois secteurs

    Tout d’abord les infrastructures de qualité, auxquelles 10 milliards de dollars seront alloués afin d’industrialiser et de diversifier l’économie africaine, ce qui passe par l’augmentation de la production en électricité et l’aménagement de transports urbains. Vient ensuite le secteur de la santé : plus de 20 000 décideurs, administrateurs et autres experts du domaine seront formés afin de lutter contre les maladies infectieuses, alors que 500 millions de dollars seront affectés au domaine de la nutrition et de la sécurité alimentaire. Le dernier secteur concerné est celui de la stabilité sociale : 500 millions de dollars seront destinés à la formation professionnelle de 50 000 personnes, et plus de 1,8 milliards seront destinés à former 4 000 personnes dans le domaine de l’énergie pour faire face au changement climatique.

     

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    L’atout du Japon est de posséder des expertises dans des domaines clés de l’Afrique

    Si le Japon a longtemps boudé l’Afrique en tant que partenaire commercial, il n’en possède pas moins des expertises dans des domaines clé du continent comme l’énergie, la prévention des catastrophes naturelles ainsi que la planification urbaine. Pour Tokyo, ces partenariats représentent également une occasion inespérée de sécuriser les voies d’approvisionnement en gaz naturel et pétrole, des secteurs durement touchés depuis la catastrophe de Fukushima. Aussi les questions géostratégiques étaient sur toutes les lèvres lors du sommet, alors que le pays du soleil levant lorgne un siège au conseil de sécurité, ce qui passe par le vote des 54 États africains à l’ONU.

     

    “Nous espérons que les partenaires de l’Afrique honoreront leurs engagements avec de vraies actions et délivreront des résultats tangibles aux africains”, Zhang Ming, vice-ministre des Affaires Etrangères en Chine, en réponse au Ticad.

     

    La troisième puissance mondiale souhaite se démarquer de son concurrent chinois

    En 2015, les échanges commerciaux avec l’Afrique s’élevaient à 24 milliards de dollars pour le Japon, contre 179 milliards de dollars pour la Chine. De la même manière, la valeur des exportations chinoises vers le continent a été onze fois supérieure à celle du Japon. Cela fait des dizaines d’années que la Chine investit en masse en Afrique, s’infiltrant dans tous les pays,  alors que le Japon a longtemps fait la fine bouche avec quelques projets ponctuels. Mais en 2016, la troisième puissance mondiale cherche plus que jamais à se démarquer de son éternel concurrent. Face à cette nouvelle concurrence sur le continent africain, la Chine n’a pas tardé à réagir : vice-ministre des Affaires Etrangères Zhang Ming a même sous-entendu le manque de crédibilité du Japon, et le risque de non-respect de ses engagements.

     

    “Le Japon a un grand retard sur ce marché où la Chine s’est déjà solidement installée (…), notamment dans les grandes infrastructures, l’agriculture et les finances africaines, mais Tokyo a incontestablement de belles perspectives dans les technologies et l’agriculture hautement technologique”, Alexeï Maslov, directeur de l’Ecole des études orientales du Haut collège d’économie de Moscou.

     

    Le Japon se démarque de la Chine en vantant la qualité de ses services

    Si le Japon est actuellement loin derrière la Chine en Afrique, il pourrait à long terme s’imposer comme un concurrent très sérieux, bien évidemment à grand renfort d’investissements massifs et de l’entrée sur la scène géopolitique du continent, et sous réserve de respect de ses engagements. Tout au long du Ticad, le Japon a insisté sur ses points forts, qui sont d’après lui la grande « qualité » de ses services. En effet le pays du soleil levant est connu pour des services et produits de très bonne facture et d’une grande fiabilité, malgré une vitesse de mise en place moindre par rapport à la Chine.

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