Les multinationales qui dominent l’économie mondiale

Les multinationales qui dominent l’économie mondiale

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    multinationales Apple, Google, Amazon

    Le 31 août 1910, Theodore Roosevelt avait mis en garde contre l’émergence d’une poignée de sociétés américaines générant une fortune parallèle colossale pour un nombre réduit de personnes, et dont l’emprise sur l’activité politique ne cessait de croître. Il a rappelé que son pays était fondé sur des principes d’égalité des opportunités et qu’il était en train de devenir un pays de privilèges. La surveillance des géants de l’industrie était alors vitale pour le président. Plus de cent ans plus tard, son discours sonne plus juste que jamais. Un petit nombre de multinationales tentaculaires est en train de se refermer sur les marchés mondiaux, en fusionnant parfois pour devenir encore plus grosses et générer des profits colossaux. Si on s’intéresse de près au PIB, les profits des sociétés américaines sont au plus haut depuis 1929. Apple, Google, Amazon et leurs pairs dominent notre économie comme le faisaient US Steel, Standard Oil, Sears et Roebuck à l’époque de Roosevelt. Certains de ces géants modernes sont établis depuis longtemps, et se sont déjà restructurés à plusieurs reprises, tandis que d’autres sont des nouveaux entrants en provenance des pays émergents, ou des sorciers de la technologie qui bâtissent des empires en partant de zéro. Leur point commun ? Ils savent tous comment combiner les avantages de la taille avec ceux de l’entreprenariat, en éjectant leurs rivaux les uns après les autres grâce à leur barrières à l’entrée infranchissables ainsi que leurs montagnes de cash.

     

    L’ascension des multinationales menace la concurrence

    Le climat des affaires moderne est caractérisé par le retranchement d’un groupe de sociétés “stars” qui se trouvent au cœur de l’économie globale. Certaines d’entre elles sont très anciennes : à l’instar de General Electric, elles ont été contraintes de se réinventer plusieurs fois pour survivre. D’autres sont des champions des pays émergeants comme Samsung, qui a saisi les opportunités offertes par la mondialisation. Mais l’élite de l’élite, ce sont les sociétés de haute technologie telles que Google, Facebook et Apple qui ont créé des empires avec des bits et des octets. Ces entreprises sont admirables : elles créent des produits qui améliorent notre qualité de vie, des smartphones aux télévisions connectées, et fournissent aux États-Unis et à l’Europe des services gratuits qui se chiffrent à 280 milliards de dollars. Cependant, elles ont deux défauts : celui de menacer la compétition, et celui d’utiliser les méthodes de management les plus obscures pour rester dans le coup.

     

    Aujourd’hui, les entrepreneurs ne rêvent que de se faire racheter

    La consolidation est une tendance observée partout dans le monde, comme en témoigne le nombre annuel de fusion-acquisitions qui a doublé depuis les années 1990. C’est aux Etats-Unis que cette concentration inquiète le plus : la part dans le PIB généré par les 100 plus grosse sociétés américaines est passé de 33 % en 1994 à 46 % en 2013. Aussi les cinq plus grosses banques se partagent 45 % des actifs bancaires du pays, contre 25 % en 2000. Enfin, le nombre de start-ups est plus bas aujourd’hui qu’il ne l’était dans les années 1970. Les entrepreneurs rêvent plus de se faire racheter par un grand groupe que de construire leur propre empire. Certes, la technologie moderne fait baisser les barrières à l’entrée, mais l’idée que la concentration du marché peut toujours se réguler par elle-même est questionnable.

     

    Le ralentissement de la croissance pousse les multinationales à racheter leur rivales

    En rachetant des entreprises existantes, les grands groupes font des économies substantielles, surtout dans le secteur de la haute technologie où les entreprises se développent plus rapidement en attirant de nouveaux utilisateurs et en obtenant leurs données personnelles. De telles consolidations sont inquiétantes, pour plusieurs raisons. Ces sociétés très puissantes exacerbent les inégalités en raison de leurs profits anormalement hauts, et des salaires et stock-options démesurés alloués à leurs dirigeants. Elles créent également des problèmes politiques en concentrant le pouvoir dans les mains d’un nombre restreint de personnes. Autre problème, plus les multinationales se retranchent, plus ses relations avec les gouvernements en place deviennent malsaines. Les sociétés de haute technologie présentent un autre problème, celui d’amasser de manière massive les données de ses utilisateurs.

     

    USA multinationales

    Mais n’oublions pas que ces sociétés sont synonymes de progrès et de service gratuit

    Les puissants de ce monde l’ont constaté lors du dernier G-20, la montée du protectionnisme sous toutes ses formes nuit au commerce global. L’Union européenne aurait débuté il y a quelques années une chasse aux sorcières envers les géants de la technologie américains, qui useraient de passe droits afin de bénéficier d’exonération d’impôts en Europe. Si les super sociétés sont accusées de bien des maux, il faut garder trois choses en tête. Tout d’abord, ces sociétés sont au cœur de la consolidation du capitalisme tel qu’on le connaît, et son source de progrès. Les iPhone d’Apple et autres iPads sont devenus des compagnons indispensables de la vie des personnes. Uber fournit un service supérieur à celui des sociétés de taxi établies, et force donc ces derniers à s’améliorer. Airbnb offre des logements bon marché, une alternative aux hôtels. Deuxièmement, la plupart de ces sociétés poussent les prix du marché à la baisse, tandis que d’autres comme Google et Twitter offrent un service gratuit. D’après McKinsey, les consommateurs européens et américains bénéficient d’un total de 280 milliards de dollars de services « gratuits ». Pour finir, ces multinationales ont la force de frappe pour résoudre des problèmes économiques et sociaux trop importants pour les sociétés plus modestes.

     

    La concurrence, c’est pour les loosers

    L’effet “Superstar” est très marqué dans l’économie du savoir. Dans la Silicon Valley, une poignée de géants se partagent l’ensemble des parts de marché et des profits, du jamais vu depuis le 19ème siècle. « Le compétition, c’est pour les loosers » a affirmé le co-fondateur de PayPal. Même à Wall Street, les cinq plus grosses banques ont vu leur part dans les actifs américains progresser de 25 % en 2000 à 45 % aujourd’hui. Dans les autres pays développés, les choses ne sont pas aussi extrêmes. D’après le top 100 des sociétés capitalisées de PwC, le nombre de firmes européennes a très peu décliné ces dernières années, pour passer de 19 en 2009 à 17 aujourd’hui. Mais dans le reste du monde, la consolidation est reine. Il n’y a aucune raison que cela change dans le futur. Les multinationales forcent leurs rivaux à grandir pour rester dans le coup.

     

    Les grandes sociétés du digital ont très peu d’employés

    D’après McKinsey, les grosses sociétés d’aujourd’hui sont bien différentes de leurs prédécesseurs. Avant, elles possédaient systématiquement un grand nombre d’employés et d’actifs, à l’instar de Wal-Mart et d’Exxon qui ont toujours ces caractéristiques. Mais les sociétés du digital s’avèrent avoir de grosses capitalisations boursières, et peu d’actifs. En gros, elles accumulent le cash. Dans les années 1990, les trois plus gros fabricants de voitures de Détroit avaient un revenu total de 250 milliards de dollars, une capitalisation boursière de 36 milliards et 1,2 millions d’employés. En 2014, les trois plus grosses multinationales de la Silicon Valley totalisaient un revenu de 247 milliards d’euros et une capitalisation boursière d’1 trillion, avec juste 137 000 employés.

     

    Les grands héros de l’industrie ne sont jamais à l’abri

    En 2009, le journal Fast Company magazine a publié un long article intitulé : “Nokia rocks the world”, en français “Nokia mène le monde”. La société finlandaise fut un temps le plus grand constructeur de téléphones mobiles, avec 40 % des parts de marché et 1,1 milliards d’utilisateurs dans le monde, répartis dans 150 pays. Le vice-président de Nokia avait alors déclaré au magazine: « Nous allons rapidement devenir le plus gros fournisseur de divertissement digital au monde. » Il était déjà trop tard, alors qu’Apple commençait déjà à grignoter des parts de marché. Depuis, la dégringolade a été dure pour Nokia, devenue l’ombre d’elle-même. Après avoir vendu ses activités mobiles à Microsoft, elle s’est reconvertie dans l’équipement de réseaux télécoms. Nokia n’est pas la seule, les exemples de géants réduits à néant abondent dans cette industrie. Pensez à BlackBerry, à Kodak, ainsi qu’à Myspace? D’après McKinsey, la durée de vie d’une société dans le S&P 500 est passée de 61 ans en 1958 à seulement 18 en 2011, alors que 75% des sociétés actuellement présentes au S&P 500 auront disparu en 2027. D’après Bain, les sociétés à succès entrent dans Fortune 500 deux fois plus vite qu’il y a 20 ans.

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