Hong Kong résiste à la suprématie chinoise

Hong Kong résiste à la suprématie chinoise

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    Hong Kong - Chine

    Deux ans après la « révolution des parapluies », l’élection qui a eu lieu le 4 septembre à Hong Kong est apparue comme l’évènement politique le plus important depuis la rétrocession de l’île à Pékin. Déjà en 2014, des milliers de Hongkongais avaient manifesté pendant de longues semaines face au régime continental, sans succès. En 2016 et pour la première fois, des militants pros indépendance ont obtenu des sièges au « Parlement » hongkongais. Ils sont partis à la conquête du LegCo ou Conseil législatif, et font à présent face au camp démocrate et aux opposants traditionnels attachés à Pékin. À Hong Kong, la Chine est déjà bien présente : la police et l’armée s’assurent que peu de gens affirment ouvertement leur support envers le Tibet et Xinjiang, des régions oppressées de l’ouest de la Chine. Aussi de par la modernisation rapide son armée ces dernières années, la Chine s’emploie à mettre la main sur Taiwan qui n’a jamais été dirigée par le Parti. Imaginez donc la déconfiture du parti traditionnel hongkongais lorsque 70 personnes prônant l’indépendance ont gagné des sièges au Legco. Même si ce nombre reste modeste, l’émergence d’une résistance au Parti pourrait changer la donne pour l’avenir de l’ancienne colonie britannique.

     

    Le camp pro démocrate obtient 27 sièges aux dernières élections

    Le camp pro démocrate s’est vu attribuer 27 des 70 sièges du parlement lors de l’élection du 4 septembre, ce qui lui assure d’emblée un droit de veto. En  revanche, les sondages prédisent que les indépendantistes pourraient rassembler 17 % des voix. Si les modérés venaient à perdre leur minorité de blocage, ils en seraient condamnés à vois l’emprise de la Chine sur la ville se renforcer, et ce n’est pas la décision des autorités d’interdire la candidature des partisans à l’indépendance qui a calmé les choses, bien au contraire. Pour beaucoup de citoyens hongkongais, Pékin se mêle beaucoup trop des questions insulaires, et pour eux l’affaire des libraires disparus mystérieusement n’en est qu’une énième illustration.

     

    Hong Kong, un système très libéral, sous le contrôle de Pékin

    «Un pays, deux systèmes». Cette formule régit Hong Kong depuis 1997, année de son rattachement à la Chine. Hong Kong a toujours bénéficié d’un haut degré d’autonomie grâce à l’accord sino-britannique de 1984 signé pour 50 ans. Si la ville est autonome en matière économique et financière, la Chine a toujours son mot à dire en ce qui concerne la défense et l’armement. En 2007 la Chine a promis des élections ouvertes pour 2017. Mais comme on dit, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. La prise de pouvoir de Xi Jinping signe le retour de la concentration du pouvoir et de la fin de l’émancipation. Pékin veut à tout prix d’éviter l’octroi du suffrage universel à Hong Kong, de peur de donner de mauvaises idées au reste du pays. C’est ce qu’on appelle la « contagion politique ».

     

    L’ensemble de libertés sont menacées à Hong Kong

    Certes Hong Kong n’est pas une démocratie à proprement parler, mais on y dispose d’une liberté très enviée par la Chine. Les intellectuels peuvent s’y exprimer, et les universités y sont prestigieuses. Aussi la liberté de la presse est restée unique à Hong Kong, ce qui attire beaucoup de médias étrangers qui s’y installent pour bénéficier de conditions de travail dont ils ne rêveraient même pas en Chine. Cependant cette indépendance est remise en cause de manière constante, et l’autocensure devient chose courante. Le South China Morning Post, premier journal en anglais de la ville, a été racheté par le géant de l’internet chinois Ali Baba. Si son fondateur Jack Ma a promis l’indépendance éditoriale du quotidien, on peut douter de ses propos. Selon Bloomberg, 19 000 hongkongais ont quitté la ville cette année, et mettent en sûreté leurs biens ainsi que leur argent en outre-mer grâce à un deuxième passeport. Ainsi plus de 300 000 hongkongais seraient également citoyens canadiens.

     

    Hong Kong- Chine

    L’ombre de la « révolution des parapluies » plane sur les élections

    Grâce à un système que la Chine a hérité des britanniques, l’issue des élections s’avère en général en faveur du parti en place, celui contrôlé par Pékin. Cela est assuré par la réservation par le Parti chinois de 30 sièges à l’assemblée, qui garantit un certain contrôle sur ce qui se passe à Hong Kong. Dans la course aux sièges, les politiciens pro démocratie ont raflé 55 % des voix, pour une élection historique. 20 % de ces voix étaient destinés à des « localists » c’est-à-dire ceux qui font passer les intérêts de Hong Kong avant ceux de la Chine, appartenant à des partis politiques issus de la révolution des parapluies de 2014. Le gouvernement Hongkongais, sous l’emprise de Pékin, a essayé tant bien que mal d’empêcher les pros démocratie de participer aux élections, notamment grâce à l’instauration d’une loi imposant aux candidats de signer une déclaration stipulant que Hong Kong était une partie inaliénable de la Chine, sous réserve de poursuites judiciaires en cas de retournement de veste. Bien heureusement, beaucoup d’élus ont clamé l’indépendance après l’élection. Ils ont clamé l’ « auto détermination », qui signifie le droit pour le peuple de Hong Kong de décider pour eux-mêmes quelle sera leur degré d’appartenance à la Chine.

     

    Hong Kong, éternellement coincée entre l’Occident et la Chine

    Hong Kong, territoire hybride influencé par les coutumes de l’Occident et la Chine, est un éternel lieu de friction depuis la prise de pouvoir de Xi Jinping à Pékin en 2012. La ville ne cesse de résister aux pressions de la Chine qui tente de la mettre au pas par tous les moyens. De tous temps, Hong Kong a été un lieu de refuge lors des crises graves : les révolutionnaires chinois s’y sont réfugiés à la fin de la dynastie Qing, puis vint le tour des communistes.

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