La planche à billets : après l’euphorie, la déprime ?

La planche à billets : après l’euphorie, la déprime ?

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    La planche à billets : après l’euphorie, la

    Le directeur de la BCE Mario Draghi a décidé d’étendre le programme de Quantitative easing ou QE, qui n’est qu’une nouvelle expression pour désigner la planche à billets. Résultat : c’est l’euphorie sur les marchés financiers. Mais cette mesure n’est pas sans risque sur un marché très vulnérable et volatil, et  peut donc porter les germes d’une nouvelle crise. La planche à billet est souvent présentée comme un remède miracle pour faire repartir la croissance. Et depuis la crise de 2008, la grandes banques centrales ne se sont pas privées de l’utiliser. On peut parler d’assouplissement quantitatif quand une banque centrale rachète des titres et dettes privées ou publiques en échange de monnaie nouvellement créée, et ce directement sur les marchés. C’est une technique largement utilisée aux États-Unis, au Royaume-Uni ou au Japon dans un but de relance de l’activité économique. Certains pays comme l’Allemagne considèrent quant à eux que l’assouplissement quantitatif n’est qu’une version moderne de la planche à billet, à éviter absolument.  C’est pour eux une « invention du diable ». Depuis la crise de 2008, la Banque centrale européenne ne s’est pas privée de faire appel à cette mesure pour soutenir l’économie. Mais plus concrètement, la planche à billet, qu’est-ce que c’est ? Où passe tout cet argent ?

    La planche à billets expliquée

    Pour fonctionner correctement, une économie a besoin d’un certain nombre de pièces et billets pour permettre les échanges. Plus la production de biens et services augmente, plus il y a besoin de billets pour les acheter. À l’inverse, quand la production diminue on a moins besoin d’argent liquide. Seulement voilà, il arrive parfois qu’un état soit tenté de ne plus respecter ce principe et qu’il demande à sa banque centrale, ou bien que celle-ci le décide, d’imprimer plus de billets que ce dont l’économie a besoin. Le but : tenter de stimuler la consommation, l’investissement, et donc la croissance. Un état peut aussi choisir cette option pour tenter de rembourser ses dettes plus vite. C’est cette astuce qu’on appelle « faire tourner la planche à billets ».

    Principe de la planche à billets : les banques privées se retrouvent avec beaucoup de liquidités. Elles sont donc susceptibles de prêter ces sommes plus facilement aux ménages et aux entreprises.

    Mais d’où vient cette expression ? À l’époque où les cartes bleues n’existaient pas, c’est une vraie machine qui fabriquait de l’argent. Mais aujourd’hui cette planche est complètement dématérialisée. Bien sûr les pièces et billets existent toujours, mais désormais l’essentiel de la monnaie est virtuel. Il s’agit de l’argent des comptes bancaires des particuliers par exemple. Résultat : le mécanisme d’injection d’argent dans les économies s’est lui aussi dissocié de la fabrication physique d’argent. Aujourd’hui la planche à billet, on la retrouve dans les ordinateurs des banques centrales. Alors, comment ça marche ? En théorie, de la même manière : la quantité d’argent qui circule dans l’économie dont correspondre aux besoins, ni plus, ni moins. Mais pendant la crise certaines banques ont décidé d’augmenter la quantité de monnaie en circulation afin de relancer la croissance. Elles peuvent par exemple acheter des titres de dette publique aux banques privées, des sortes de reconnaissances de dettes émise par un État aux établissements bancaires qui lui ont prêté de l’argent. Les banques peuvent donc racheter ces titres en créant de la monnaie, et donc en utilisant la planche à billets.

    Ce n’est pas la monnaie qui crée de la richesse, mais bien la production de biens et de services réels.

    Les banques centrales ont trop compté sur la planche à billets…

    Le problème principal est qu’aujourd’hui, surtout dans la zone euro, les ménages et les entreprises n’attendent pas particulièrement de pouvoir emprunter. Pourquoi ? Parce qu’ils sont déjà très endettés et n’ont pas envie de contracter un nouveau crédit. Les entreprises quant à elles jugent la situation morose et que ce n’est pas le bon moment pour se développer et donc pour investir. Donc l’argent généré par la planche à billets reste bloqué dans le système financier et bancaire. Cela fait monter les bourses et les marchés financiers,  mais n’arrive pas dans le portefeuille des ménages. La planche à billets ne fonctionne plus aussi bien qu’avant,  et comme le disent les économistes : ce n’est pas la monnaie qui crée de la richesse, mais bien la production de biens et de services réels.

    Cela a été une méthode utile pendant un temps et donc largement utilisée par les Banques centrales qui l’ont fait tourner depuis le début de la crise pour aider les économies telles que la Grèce, l’Espagne, l’Italie ou même la France. La BCE a racheté des milliards de bons du Trésor ce qui a alimenté une demande artificielle pour les obligations d’État et créé des masses gigantesques de liquidités. Et c’est là qu’il y aurait danger : cette monnaie créée en quantités astronomiques fabrique des bulles.

    “On ne sait pas ce qui marche, donc on essaye tout.” Duncan Weldon sur la stratégie de la BCE pour relancer l’économie européenne

    …Alors que leurs taux directeurs sont déjà à zéro, si ce n’est moins

    Mais cette fois il ne faudra plus compter sur l’aide des banques centrales, qui ont usé et abusé de la planche à billets pour faire baisser les taux d’intérêt, et donc faire remonter l’inflation. La Banque centrale européenne a baissé ses taux jusqu’à des territoires négatifs, et augmenté sa politique d’achat d’obligations grâce à l’argent nouvellement créé, ce qui porte le programme actuel à 80 milliards d’euros. La BCE semble déterminée à tout essayer pour relancer l’économie européenne. Comme le résume avec justesse l’économiste Duncan Weldon, “On ne sait pas ce qui marche, donc on essaye tout.”

    Actuellement, la Banque centrale européenne injecte 75 milliards d’euros par mois directement dans l’économie européenne, sans grand succès pour relancer l’activité. En effet comme nous l’avons vu précédemment, les banques vendent difficilement leurs prêts auprès des consommateurs qui sont déjà surendettés. Mais cet argent n’est néanmoins par perdu pour les banques, qui le placent.

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