Le fabricant de l’iPhone remplace 60 000 travailleurs par des robots

Le fabricant de l’iPhone remplace 60 000 travailleurs par des robots

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    Foxconn, constructeur historique des produits Apple, a décidé de réduire sa masse salariale, pour passer de 110 000 à 50 000 employés dans l’une de ses usines chinoises. C’est dans les robots que la firme a investi afin de compenser les postes supprimés. Souvent pointé du doigt à cause des conditions de travail précaires imposées à ses employés, le géant taiwanais et premier employeur privé de Chine fondé dans les années 70 a commencé à investir dans les robots en 2014, avec des premiers teste concluants.

     

    En 2016, l’effectif d’une des usines chinoises passera de 110 000 à 50 000 employés grâce aux robots

    Pour remplacer ces employés, l’entreprise d’origine taiwanaise a embauché des robots afin d’assembler iPhones et autres Galaxys. Ainsi l’effectif d’une des usines chinoise passera de 110 000 à 50 000 employés d’ici la fin de l’année. Selon la version officielle, cela permettra de réduire davantage les coûts de production, en robotisant les tâches répétitives réalisées par les employés, et donc permettre aux employés de se concentrer sur des éléments à plus forte valeur ajoutée, tels que la recherche et le développement.

     

    Apple, premier intéressé, va suivre financièrement

    La raison de ce remplacement est simple : un robot est moins coûteux qu’un salarié, et produit davantage. En ayant signé un chèque de 10,5 milliards de dollars à l’ordre de Foxconn pour moderniser sa chaîne de production, Apple participe à cette réduction des coûts. D’autres sociétés telles que Dell, Google, Amazon, Motorola, Nokia, Nintendo, Hewlett-Packard, Sony Mobile, Toshiba ou Microsoft font aussi appel à Foxconn, qui peut absolument tout produire, depuis les cartes mères, cartes graphiques, en passant par les PC de bureau, serveurs, jusqu’aux routeurs.

     

    L’arrivée des machines sera lourde de conséquences, et pourrait au même titre que l’intelligence artificielle mettre au chômage la moitié de la population d’ici trente ans, Moshe Vardi, directeur de l’Institute for Information Technology de l’université de Houston, Texas.

     

    Les robots vont-ils mettre les humains au chômage ?

    L’histoire de Foxconn soulève bien des interrogations pour les années à venir. Au début des années 30, l’économiste John Maynard Keynes s’était déjà alarmé de la « nouvelle maladie », à laquelle il a donné le nom de « chômage technologique » au chômage provoqué par le remplacement des humains par les machines. Aujourd’hui, à l’époque du progrès de l’intelligence artificielle, des voitures autonomes et des robots de service, le sujet divise et inquiète.

     

    Difficile pour le moment de savoir combien d’emplois seront affectés

    Les spécialistes sont unanimes. Selon l’étude publiée par Carl Benedict Frey et Michael Osborne de l’Université d’Oxford en 2013, 47 % des emplois américains sont susceptibles d’être remplacés par des robots d’ici 10 à 20 ans. Aussi selon l’OCDE, les machines remplaceront 40 % des employés qui n’ont pas le bac.

     

    La robotisation crée aussi de l’emploi, mais pas suffisamment

    La robotisation n’est pas un phénomène récent, alors pourquoi est-il devenu plus critique aujourd’hui ? Selon François Jarrige, professeur à l’Université de Bourgogne et historien de l’économie, « le spectre du chômage technologique de masse revient à chaque phase de crise du capitalisme ». Mais d’autres voient le verre à moitié plein et considèrent cette inquiétude comme un symptôme de la crise économique actuelle. C’est le cas d’Étienne Dombre, directeur de la recherche au CNRS et spécialiste de la robotique. Il préfère Schumpeter à Keynes, et prône le concept de « destruction créatrice » : certes, les emplois sont détruits, mais d’autres sont créés dans les secteurs de l’informatique, la mécanique, l’électronique et la robotique de services.

     

    Les robots seront présents dans l’industrie, les algorithmes, et dans les services

    D’après Olivier Passet, directeur des synthèses économique à l’institut d’études Xerfi, la robotisation des tâches serait un jeu à somme négative, notamment aux États-Unis. En effet depuis les années 2000, le pays a perdu 5 à 7 points de taux d’emploi, ce qui a surtout touché les plus jeunes et les 35-40 ans. D’un autre côté, l’ « uberisation » ainsi que l’économie collaborative créent beaucoup d’emplois comme le freelance. Ce qui est le plus préoccupant, c’est que la robotisation se transpose au secteur des services, avec des algorithmes qui prennent en charge les tâches répétitives. Ainsi cette économie crée d’autres formes de travail, sans aucune protection sociale.

     

    Selon certains, la robotisation serait un mal nécessaire à la protection de l’emploi

    Du côté des défenseurs de la robotisation, on considère qu’elle détruirait l’emploi pénible afin de créer des emplois de meilleure qualité. Elle préserve la compétitivité, et donc l’emploi.

     

    Foxconn n’est pas vraiment connu pour son respect des droits de l’homme

    L’entreprise a dû faire face à une vague de suicides entre 2007 et 2010 : pas moins de 18 employés ont tenté de mettre fin à leurs jours, selon les chiffres officiels. Cependant, certains employés interrogés clandestinement ont mentionné plusieurs centaines de morts sur la même période. En ce qui concerne les conditions de travail, le tableau n’est pas brillant, les ouvriers étant souvent exposés à des substances toxiques telles que le cuivre, le nickel, voire le cyanure.

    Le temps de travail dans les usines y dépasse facilement les 60 ou 70 heures hebdomadaires. Des journalistes infiltrés y ont découvert un système dans lequel les ouvriers sont entièrement dédiés à la production, un management militaire, où les insultes sont monnaie courante. Les dortoirs sont insalubres, et de jeunes adolescents sont forcés à y travailler.

     

    En 2010, la presse internationale s’intéresse de près aux conditions de travail de la firme

    Les médias ont révélé en 2010 les abus perpétrés par Foxconn, ce qui a poussé la firme à prendre des mesures en embauchant pas moins de 2 000 psychologues pour améliorer la situation, pour ensuite consentir à augmenter sa masse salariale de 30 %. Quelques mois plus tard, elle a remis le couvert en l’augmentant de 70 % supplémentaires, avec un salaire moyen par tête estimé à 250 euros par mois. Mais la situation ne s’est pas améliorée pour autant, et la firme a continué d’essuyer de nombreuses critiques. C’est en 2011 que Foxconn a commencé à travailler sur des machines : 10 000 robots ont été mis en place cette année-là afin de soulager la main d’œuvre.

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