Le plus gros producteur de charbon au monde a déposé le bilan

Le plus gros producteur de charbon au monde a déposé le bilan

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    Le plus gros producteur de charbon au monde a déposé le bilan

    Victime de l’essor du gaz de schiste et du ralentissement de l’économie chinoise, le géant du charbon américain Peabody a déposé le bilan, pour se mettre sous la protection de la loi américaine concernant les faillites. À travers cette procédure, le géant espère une renégociation de sa dette ainsi qu’une restructuration. Cette chute est symbolique des difficultés du secteur parmi les plus polluants au monde. Cette annonce résume en effet à elle seule les innombrables difficultés rencontrées par cette filière, aujourd’hui sinistrée. Si on ne devait retenir qu’un seul chiffre, c’est 45 % : 45 % des producteurs du secteur ont déposé le bilan aux États-Unis. Tout comme l’ensemble du secteur des matières premières, le groupe a souffert du ralentissement économique mondial ainsi que de la surabondance d’offre qui a entraîné une chute des prix. En effet, Le coût de la tonne de charbon a perdu de 10 à 15 dollars en 2015. Aussi les partisans de la transition énergétiques frottent les mains alors que cette chute leur donne un argument supplémentaire et particulièrement significatif de la nécessité de désinvestir des énergies fossiles.

    Premier responsable, le gaz de schiste, première source d’électricité aux États-Unis en 2016

    Sur le sol américain, Peabody Energy a pâti de l’essor du gaz de schiste depuis quelques années, qui a rendu le gaz naturel beaucoup plus compétitif versus le charbon. De leur côté les nouvelles réglementations de l’administration Obama ont alourdi les charges opérationnelles liées au charbon. Ainsi, le gaz de schiste deviendra cette année la première source d’énergie pour l’électricité aux États-Unis.

    Le symbole est très fort. Depuis plus d’un siècle, le charbon est prépondérant dans les centrales américaines, avec un pays qui possède les réserves les plus importantes au monde et une industrie minière qui représente un demi-point du PIN national au début des années 80.

    « Jusqu’en 2008, le charbon était meilleur marché que le gaz et fournissait la moitié de l’électricité du pays », Agence américaine de l’énergie (EIA)

    Dans le reste du monde, on utilise de plus en plus de charbon

    Pas moins de 500 centrales thermiques au charbon sont en construction, et 80 % d’entre elles sont situées dans la région Asie-Pacifique. La Chine reste le premier producteur et consommateur mondial, avec plus de 50 % de son énergie qui provient du charbon. Les autres gros consommateurs sont l’Inde, les États-Unis et l’Allemagne. Mais les producteurs commencent à souffrir du recul de la demande de la Chine, dû au ralentissement de sa croissance ainsi que de sa transition structurelle et énergétique.

    Ce qui pose problème : le charbon constitue l’énergie la plus polluante

    C’est en 2008 que la production américaine de charbon a commencé à décroitre, pour tomber en 2015 à son niveau de 1986. Trop coûteux à produire, à exporter, et en outre considéré comme l’énergie la plus polluante, le charbon perd petit à petit de son intérêt. Le durcissement des réglementations fédérales ne va pas aider. En effet le plan présenté en août 2014 prévoit de réduire les émissions des centrales à charbon de 30 % d’ici 2030. Ainsi cette année, les deux plus gros producteurs américains, à savoir Peabody et Arch Coal, se sont placés sous le Chapitre 11 de la loi de protection sur les faillites.

    Mais les entreprises américaines continuent de croire à un rebond

    Le schiste n’est pas seul à être en cause : les producteurs se sont laissés aveugler par l’essor de la sidérurgie chinoise et ont fait de mauvais paris. Ainsi en 2011 lorsque le prix du charbon métallurgique a dépassé les 300 dollars la tonne, les producteurs américains ont fait des investissements massifs, pour s’endetter à l’excès. Mais l’industrie croit toujours à un rebond, ce qui maintient le charbon au-dessus du nucléaire et des énergies vertes. Mais pour combien de temps ? D’après les spécialistes, malgré les récents déboires de l’industrie, les économies restent hautement dépendantes du charbon, et face à une transition énergétique coûteuse, le minerai continue de produire 40 % de l’électricité dans le monde, chiffre qui devrait rester relativement stable durant les prochaines décennies.

    Ce déclin est une aubaine pour les partisans de la transition énergétique

    D’après l’organisation Greenpeace, un changement essentiel est en train de s’opérer et met en jeu le charbon et les énergies renouvelables. L’agence de protection de l’environnement a constaté que la consommation de charbon diminuait dans le monde, alors que d’un autre côté de plus en plus de centrales sont en construction. Cela entraîne une sous-utilisation de ces centrales, dont seulement 50 % de la capacité est utilisée. Cette surcapacité est d’autant plus importante en Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre. Le taux d’utilisation des centrales y est passé sous la barre des 50 %, au plus bas depuis 1969.

    Le charbon est devenu  un mauvais investissement

    Le coût de construction des nouvelles centrales est de 981 milliards de dollars, ce qui fait du charbon une énergie beaucoup plus coûteuse que les énergies renouvelables, très compétitives. L’investissement est donc risqué, face à une demande qui continue de diminuer. En fait, les spécialistes estiment qu’il n’existe plus aucun avantage à produire ce type d’énergie, qui est nocif pour l’environnement, la santé, et risqué économiquement.

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