Le Virus Zika : ce que l’on sait, un an après

Le Virus Zika : ce que l’on sait, un an après

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    Il y a un an, personne n’aurait cillé à l’évocation de Zika, maladie apparue pour la première fois en Ouganda en 1947 et pratiquement oubliée depuis, avec seulement quelques cas isolés signalés en Micronésie et Polynésie française en 2013 et 2014. Des souches appartenant à la lignée asiatique du virus sont apparues au Brésil en 2015, pour se propager à plus de 60 pays en Amérique, en Afrique, en Asie ainsi que dans les îles pacifiques. Une étude publiée plus tôt en septembre estime que 2,6 milliards de personnes vivent dans des zones où Zika est susceptible de se développer. Au début de l’épidémie, les scientifiques se sont trouvés très démunis face à ce virus pour lequel leurs connaissances étaient obscures et vagues, peu étudiées, et c’est seulement en 2015 qu’il a été scientifiquement prouvé que l’infection des femmes enceintes était associée avec des fausses couches et problèmes neurologiques des bébés. Le monde scientifique en sait beaucoup plus aujourd’hui. Bilan.

     

    La transmission se fait par le moustique, mais aussi par voie sexuelle

    Dans l’immense majorité des cas, l’infection du virus Zika se fait à travers la piqure du moustique Aedes aegypti, très commun dans les  grandes métropoles des zones tropicales. Mais une autre espèce de moustique et aussi capable de transmettre le virus : le A. albopictus, qui se développe dans des climats plus froids. Contrairement à la plupart des virus nés du moustique, Zika peut également se transmettre sexuellement. Les études en cours s’intéressent au laps de temps durant lequel un individu peut transmettre sexuellement le virus après avoir été infecté, alors que les traces du code génétique du virus ont été trouvés dans du sperme plus de six mois après l’apparition des premiers symptômes. L’infection par transfusion sanguine a également été confirmée. En fait, le virus peut être détecté dans l’urine, les larmes et la salive, même si cela ne signifie pas forcément qu’ils constituent des voies de contamination.

     

    Moustique virus Zika

     

    Quatre infections sur cinq ne causent que des symptômes bénins

    Les effets du virus sur le corps humain deviennent de plus en plus clairs : quatre infections sur cinq ne causent aucun symptôme, et le cas échéant les effets du virus sont relativement bénins. Les individus atteints ne ressentent qu’un inconfort moyen ainsi qu’un rash et une rougeur oculaire. Plus occasionnellement, les personnes infectées développent un syndrome de Guillain-Barré, une maladie qui perturbe le système immunitaire et cause un affaiblissement des muscles et une paralysie temporaire. L’issue fatale est rare, mais certaines personnes peuvent rester sous assistance respiratoire plusieurs semaines.

     

    La contamination la plus problématique est celle qui survient lors de la grossesse

    L’infection du virus est très dangereuse lors qu’elle survient pendant la grossesse: dans 1 % ou 2 % des cas, le virus attaque les tissus cérébraux du fœtus, ce qui provoque la micro encéphalite caractérisée par une tête anormalement petite et qui résulte de l’écrasement du crâne autour du cerveau. Les bébés qui ne présentent pas de micro encéphalite n’en sont pas pour autant indemnes, et peuvent souffrir des effets collatéraux du virus comme par exemple la perte de l’audition ou de la vue. Non seulement certaines affections liées au virus Zika ne sont pas détectées lors des scans pendant la grossesse, mais il apparaît que les personnes infectées à l’âge adulte peuvent elles aussi développer des affections neurologiques.

     

    La question du suivi de l’épidémie reste entière

    Il est difficile de déterminer avec certitude jusqu’où s’est propagé Zika. Un test sanguin de base va sans aucun doute détecter les anticorps, des protéines produites par le système immunitaire en cas de présence d’un virus. Mais il est difficile de différencier les anticorps de Zika et ceux de la dengue, un autre virus transmis par le moustique et qui s’attrape dans les mêmes environnements. C’est finalement une bonne chose : les anticorps relatifs à la dengue semblent agir contre Zika. Ce qu’on ignore encore, c’est si une infection à Zika immunise contre une infection future de l’une des souches du virus. Il y a inquiétude ici : si une première infection de la dengue passe généralement sans mal, une seconde infection peut être fatale.

     

    La meilleure attaque, c’est la prévention

    Officiellement, se prémunir contre les moustiques est la première ligne de défense contre Zika. L’Organisation mondiale de la santé prescrit l’utilisation de préservatifs ou l’abstinence sexuelle pendant six mois pour ceux qui reviennent d’une zone endémique. Plusieurs pays ont déjà commencé à filtrer les donneurs de sang. Du côté de la vaccination, il y a de bonnes nouvelles : plusieurs vaccins sont déjà au stade du test. Deux développés par le ministère de la santé Américain, et le troisième par une firme pharmaceutique privée, Inovio Pharmaceuticals, qui utilise une technologie « vaccin ADN ». Les vaccins traditionnels utilisent des virus morts ou affaiblis pour provoquer une réponse immunitaire, alors que le vaccin ADN introduit des fragments du génome dans les cellules du patient, ce qui pousse les cellules hôtes de produire les protéines vitales reconnues par le système. En se fiant aux séquences génétiques, ce vaccin offre une protection contre plusieurs souches du virus. Les premiers vaccins devraient circuler en 2018.

     

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    Les efforts pour éradiquer le moustique ont été infructueux

    Aedes aegypti s’avère être une créature très résistante, qui se reproduit très rapidement dans des zones d’eau aussi réduites que le capuchon d’une bouteille. Il a appris à vivre dans des milieux clos, là où les insecticides ne peuvent l’atteindre. Il faut donc chercher d’autres moyens pour l’éradiquer, au-delà des méthodes traditionnelles. Une solution est de libérer des moustiques infectés avec Wolbachia, une bactérie capable d’annihiler la capacité de Zika à se transmettre en rendant les mâles stériles. Ces mâles continueraient à copuler avec des femelles, mais sans pouvoir se reproduire. Une alternative est de stériliser les moustiques avec des radiations. Une firme britannique, Oxitec, a même développé avec succès un Aedes aegypti génétiquement modifié dont la descendance meurt avant l’âge adulte. Le problème avec ces idées, c’est qu’elles donnent l’opportunité à la nature de contourner le problème, et deviendraient donc de moins en moins efficaces avec le temps.

     

    Un tiers de la population est exposée au virus Zika

    L’épidémie est très loin d’être terminée. Si aucun cas de contamination n’a été observé lors de Jeux Olympiques de Rio malgré la mise en garde de 150 scientifiques, le virus continue de se propager. 70 pays ont signalé sa présence sur leur territoire depuis 2015, et 12 d’entre eux ont signalé une transmission interhumaine du virus. Aujourd’hui, un tiers de la population mondiale est exposée à Zika, les pays les plus touchés étant l’Inde avec 1,2 milliards de personnes exposées, la Chine avec 242 millions, l’Indonésie avec 197 millions, le Nigéria avec 178 millions et enfin le Bangladesh avec 163 millions.

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