L’Euro 2016 n’a pas été rentable pour la France

L’Euro 2016 n’a pas été rentable pour la France

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    L’équipe de France de football s’est inclinée la semaine dernière face au Portugal dans le cadre de l’Euro 2016. Malgré cette défaite, la compétition hébergée par la France aura-t-elle eu des effets bénéfiques sur l’économie du pays ? À en croire une étude du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) la réponse est oui, et le gain financier total serait de 1,266 milliards d’euros, soit 0,6 points du PIB. Là où le bât blesse, c’est que cette étude a été directement financée par l’UEFA, première intéressée. Ce montant serait dû au « surcroît d’activité » engendré par les visiteurs étrangers. S’il est bien connu que les évènements liés au football ont un gros impact sur le moral des consommateurs à court terme, il et néanmoins très difficile de chiffrer ces effets sur l’économie, surtout compte-tenu du climat social et sécuritaire actuel. Qu’en est-il vraiment ?

     

    La France a perdu, mais l’UEFA sort grande gagnante de la compétition

    Le plus gros bénéficiaire de l’Euro 2016 ? L’UEFA, sans aucun doute. L’organisation a assuré la logistique de la compétition de A à Z, en passant par la location des stades, de la promotion des évènements ainsi que du recrutement du personnel. En contrepartie de l’organisation du tournoi, elle empoche plus d’1,9 milliards d’euros de recettes, dont 1,05 milliards de droit télévisuels, 480 millions d’euros de sponsoring et 400 millions d’euros de billetterie. Sur ce montant seront déduits les 650 millions d’euros de frais d’organisation, 300 millions de primes aux équipes ainsi que 150 millions d’indemnisation pour les clubs de football. L’UEFA s’en sort donc avec 800 millions d’euros de profits, rien que ça.

     

    Les effets sur la croissance seraient marginaux et réduits dans le temps

    Certes, 3 % des français ont acheté une nouvelle télévision pour l’occasion, mais il s’agit ici d’un achat d’anticipation : l’ancien téléviseur est remplacé par un nouveau avant d’attendre les promotions. D’après les chiffres officiels des marques, 115 000 pizzas Dominos Pizza et 40 millions de bières Kronenbourg ont été englouties pendant les matches. Mais si ces chiffres paraissent mirobolants pour le commun de mortels, ils sont très marginaux versus les ventes annuelles de ces sociétés. D’ailleurs, l’NSEE n’avait pas non plus observé d’impact significatif sur la consommation des ménages lors de la Coupe du Monde de 1998. À en croire Wladimir Andreff, économiste spécialiste du sport, une victoire de la France en finale aurait impacté le PIB national à hauteur de 0,01 % du PIB. Si les effets psychologiques sont certains, l’impact sur la croissance et la consommation sont virtuellement inexistants.

     

    « Il y aura peut-être un peu plus de consommation avec l’Euro 2016. Mais cela restera de la petite consommation, relevant de l’alimentation », Wladimir Andreff, économiste du sport.

     

    Même en cas de victoire, les retombées économiques sont de court terme

    Il et certain que des secteurs comme l’hôtellerie, la restauration et la billetterie des stades ont bénéficié d’une certaine dynamique lors des matches, mais de quelconques effets sur l’économie globale sont toujours à démontrer. Il se peut qu’une victoire ait un impact sur la croissance de très court terme, mais cela ne suffit malheureusement pas à faire repartir l’économie d’un pays, qui nécessite une hausse de confiance durable des investisseurs, ménages et entrepreneurs. Les ménages français ont probablement déjà oublié l’Euro, pour se focaliser sur la sécurité, le chômage et le pouvoir d’achat. En ce qui concerne le tourisme, toutes les villes françaises n’ont pas bénéficié des mêmes retombées. Au sein de la capitale, les restaurateurs ont senti un léger regain d’activité, ce qui n’est pas le cas des hôteliers : le taux d’occupation des hôtels parisiens aurait été 20 % plus bas que l’an dernier à la même période. À cause des attentats, les touristes désertent Paris pour préférer se loger un peu plus loin dans la petite couronne. Lens, Lille et Toulouse sont les seules villes qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu.

     

    Il n’est même pas sûr que le moral des ménages en profite vraiment

    Le football est l’objet d’un véritable culte en France, et c’est sans surprise que les évènements qui y sont liés ont un impact du le moral des français. Lors de la victoire des Bleus lors de la Coupe du Monde de 1998, l’indice de confiance avait sauté de 4 points. En 2016 alors que l’emploi et la conjoncture sont à nouveau à la hausse, ces ménages pourraient être encouragés à consommer plus, et réduire leur épargne de précaution. Mais pour combien de temps ?

     

    “Je ne suis pas sûr que le foot change la face du monde, y compris la face de l’économie”, Michel Sapin, ministre des Finances français.

     

    La contre-performance de la France pourrait avoir des répercussions négatives

    Les économistes ne parviennent pas à se mettre d’accord : certains affirment qu’une victoire des Bleus peut amener un surplus de croissance, d’autres qu’il n’y aura aucun effet. Si beaucoup prennent pour référence la victoire de 1998 pour illustrer une croissance du PIB en cas de victoire, cette fois les Bleus ont été vaincus, et cette contre-performance pourrait même avoir des effets négatifs. La France pourrait même enregistrer un ralentissement de sa croissance au 2ème  trimestre de l’année. Certes, l’Euro 2016 a stimulé localement l’activité des PME, mais comme nous l’avons vu l’effet sur la consommation restera limité, et le pays pourrait même afficher un ralentissement de sa croissance pour le deuxième trimestre de l’année, à +0,2 % versus +1,1 % au premier trimestre.

     

    « Il est toujours difficile de mesurer avec précision les effets des grands événements sportifs (…) mais ce chiffre 1,27 milliard d’euros me semble très optimiste. Les études menées en amont des compétitions sont toujours positives. On travaille par exemple sur des coefficients multiplicateurs keynésiens qui ont tendance à surévaluer les retombées. On ne tient pas compte des effets de substitution, ni des effets d’éviction. D’ailleurs, les études a posteriori confirment très souvent cette tendance » Richard Duhautois, économiste du sport.

     

    L’étude du CDES mandatée par l’UEFA est remise en cause

    L’étude réalisée par le Centre de droit et d’économie du sport a estimé les répercussions économiques de l’Euro à 1,27 milliards d’euros. C’est certes un chiffre impressionnant, mais une goutte d’eau par rapport au PIB français de 2200 milliards d’euros. Le gouvernement français a d’ailleurs commandé une nouvelle étude qui paraîtra à l’automne prochain. De plus, d’après l’OCDE,  il est extrêmement difficile de s’avancer sur ces chiffres, tant la mesure des retombées associées aux évènements sportifs est subjective.

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