Premier pays à introduire les billets de banque en 1661, la Suède est en passe de devenir le premier pays à les faire disparaître de la circulation. C’est officiel, la Banque Centrale Suédoise instaurera une monnaie numérique, le « e-couronne », d’ici deux ans. Cela apparaît comme une évidence dans un pays où de nos jours seules 2% des transactions s’effectuent en liquide.

Pour la petite histoire, mêmes les églises acceptent les donations par carte bancaire. La Suède est connue pour son avant-gardisme, son goût pour l’innovation technologique. Après tout, elle a créé Spotify et Candy Crush ! Plaisanterie mise à part, le pays est en passe de faire disparaître pour de bon l’argent cash.

Il y est déjà de plus en plus difficile de payer en espèces. Selon la Riksbanken, si 106 milliards de couronnes étaient en circulation en 2009, on n’y trouve aujourd’hui que 78 milliards, ce qui représente un peu moins de 2% de la valeur du PIB suédois, soit 5% de moins que la moyenne de la zone euro.

 

La Suède : 1er pays à introduire le billet de banque

En 1661, la Suède fut le premier pays d’Europe à introduire les billets de banque en 1661. Mais en 2016, seulement 2 % de l’ensemble des transactions s’y effectue en liquide. Le pays a donc décidé de créer une nouvelle monnaie, cette fois numérique : « l’e-couronne ». Les raisons de l’abandon de la monnaie traditionnelles sont les suivantes : ses coûts de transport sont importants, tout comme les risques d’agression et les risques d’erreur lors des transactions.

De plus, la monnaie liquide favorise la corruption et la circulation de fausse monnaie. Pour finir, dans le contexte actuel des taux d’intérêt négatifs, il devient trop cher pour les banques de placer leurs excédents auprès des Banques centrales.

Banques suédoises : plus d’argent liquide

Il n’est pas vraiment nécessaire d’instaurer des lois pour faire disparaître le cash suédois : la plupart des banques du pays ne délivrent plus d’argent liquide à leurs clients dans la plupart de leurs filiales locales. Les commerces et transports publics s’adaptent à la tendance, même les églises acceptent désormais les paiements par carte bancaire.

 faire des acahts

Quelles solutions alternatives de paiement ?

La Suède est un pays d’avant-garde, et ses banques ne font pas exception. Depuis 2012,  plusieurs d’entre elles se sont réunies afin de créer conjointement un dispositif nommé Swish. Disponible gratuitement, l’application mobile permet d’effectuer des transactions entre particuliers où dans les commerces, le tout gratuitement. Swish est un franc succès, avec 3,7 millions d’abonnés en quatre ans.

En revanche, elle doit être adoptée par l’ensemble des banques pour devenir incontournable. La Suède pourrait bien devenir un vrai laboratoire expérimental pour les solutions de paiement dématérialisées et la sécurité informatique.

 

Ces types de paiement peuvent créer une fracture sociale

Ces nouveaux moyens de paiement ne seront malheureusement pas universels, et risquent de créer une fracture sociale car les plus démunis n’ont pas accès  la technologie, et ce pour des raisons évidentes. La Suède compte toujours de nombreuses zones rurales, où la demande en cash est toujours importante. Cela pose également problème pour les touristes, qui sont toujours des millions à visiter le pays chaque année, les poches pleines de cash.

Ainsi, le pays nordique va être contraint de trouver une solution qui sera accessible à tous pour supprimer totalement l’argent liquide de la circulation. Il sera également important de se protéger contre les risques importants de bug informatique ou de cybercriminalité.

 

Cash : l’apanage des économies clandestines

Au sein de l’hexagone, l’économie clandestine représente 10 % du PIB. On comprend bien l’intérêt du cash pour ces économies souterraines. Ainsi, la disparition de l’argent liquide permettrait de lutter contre l’évasion fiscale, et le blanchiment d’argent. L’Europe a déjà fait un premier pas dans cette direction en supprimant de la circulation les billets de €500.

 

Supprimer l’argent liquide pour relancer la croissance

Dans un contexte de crise, supprimer la circulation de l’argent liquide permettrait de relancer la croissance. Actuellement, les taux d’intérêt directeurs sont très bas, voire négatifs. Cela signifie que lorsqu’un ménage place une somme sur un compte bancaire, non seulement cet argent ne fructifierait pas, mais il coûterait de l’argent à son détenteur.

Ainsi, les épargnants vont préférer conserver leur argent hors de la banque, en liquide, afin d’éviter les pénalités. En revanche, si on considère une société sans pièces ni billets, l’argent pourra profiter à l’économie réelle qui sera alors stimulée par la consommation. Bien évidemment, cela suppose une réglementation très stricte des taux de transactions bancaires, pour éviter la dérive de tarifs pratiqués par les établissements bancaires et les organismes de crédit.

 «L’état aura un contrôle absolu sur l’argent de ses citoyens et des investisseurs. Mais il faut dépasser l’idée d’une diminution des libertés que représenterait la disparition du cash et ne pas négliger les avantages que les citoyens comme l’état pourraient en tirer. Cela permettrait de réduire les coûts pour le consommateur et pour l’état d’avoir une taxation plus optimale, ce qui est important dans une période de déficits.». Michel Santi, économiste et analyste financier.

monnais suedoise

La France très en retard sur la monnaie électronique

Si la Suède s’apprête à supprimer l’argent liquide, celui-ci a encore de beaux jours devant lui. En France où les particuliers ont toujours du cash plein les poches, les émissions de billets en euro ont battu des records en décembre dernier, pour faire de l’euro la première monnaie fiduciaire au monde, juste devant le dollar américain.

Il reste donc très improbable que l’argent liquide ne disparaisse à court et moyen terme. De plus, les alternatives électroniques restent pour le moment limitées, et le pays est déjà très en retard sur le paiement mobile.

 

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo