Alors que le gouvernement français n’a jamais caché son désir d’apporter davantage de «souplesse et de liberté» à l’administration publique en termes d’emploi,  le rapport CAP22 est sur le point de remettre de l’huile sur le feu.

Pour répondre aux inquiétudes des syndicats, le secrétaire d’État à la Fonction publique Olivier Dussopt a assuré à Libération que leur statut ne serait “pas remis en cause” malgré “quelques ajustements” et une “modernisation”.

La question reste entière: les fonctionnaires français vont-il subir le même sort que les employés de la SNCF ?

Troisième journée de grève depuis le début du quinquennat

Afin de dénoncer les orientations du gouvernement en matière de salaires, d’effectifs et de réformes, les fonctionnaires français ont été appelés mardi 22 mai à une journée de grève.

Les syndicats considèrent que les orientations du gouvernement actuel constituent une “attaque” envers le statut des employés de l’État. Il s’agit de la troisième journée de grève des fonctionnaires depuis le début du quinquennat Macron.

L’ensemble des projets concernant les fonctionnaires d’Etat présentés par le gouvernement doivent déboucher sur un projet de loi présenté au 1er semestre 2019 . Un dialogue social trop simplifié, une extension du recours aux contractuels trop importantes ainsi qu’une part trop importante de l’attribution de rémunération au mérite sont en cause.

Le rapport CAP 22, bête noire des fonctionnaires

Le futur rapport d’experts d’Action publique 2022 (CAP 22) inquiète particulièrement les syndicats: sa vocation est de dégager des pistes d’économie pour la fonction d’État. Pourquoi toute réforme en la matière est-elle anxiogène pour les français ?

Parce que depuis plusieurs années, l’ensemble des réformes de la fonction publiques initiées par un gouvernement français a été effectué dans un but d’économie budgétaire.

34 personnalités qualifiés ont été chargées par le gouvernement en octobre dernier de travailler sur la réforme de l’État, des collectivités et de la Sécurité sociale. Issues du privé, du public et du monde associatif, ces professionnels auraient “carte blanche” pour proposer des changements.

À quoi peut-on s’attendre ? Des professeurs d’école avec des CDD de cinq ans, des policiers embauchés pour dix, ou encore des agents territoriaux employés pour deux ou trois ans.

Le gouvernement n’a jamais caché son désir d’élargir la possibilité pour les administrations publiques de recourir à des agents non titulaires, pour des métiers «n’ayant pas une spécificité propre au service public».

Le but est ici d’accorder davantage de souplesse et de liberté à ces administrations dans le recrutement de leurs équipes. Selon l’Insee, la fonction publique comptait déjà 940 200 employés non titulaires en 2016, ce qui représente 16,5% de ses effectifs.

Statut des fonctionnaires: des ajustements, pas de changement

Interrogé par le magazine Libération au sujet du rapport CAP 22, le secrétaire d’État à la Fonction publique Olivier Dussopt a déclaré que le statut des fonctionnaires ne serait pas “remis en cause“, malgré des “ajustements” une “modernisation” et des “propositions plus ou moins disruptives”.

Il a par ailleurs affirmé qu’une “hausse catégorielle ciblée” serait envisageable afin de “valoriser un certain nombre de métiers”. Toutefois, Dussopt a confirmé la promesse d’Emmanuel macron de supprimer 120 000 emplois d’ici à 2022.

Ce discours peine à convaincre les syndicats. le numéro un de Force ouvrière Pascal Pavageau s’est montré sceptique, déclarant qu’il faudrait “en reparler dans quelques semaines”. Celui qui qualifie les auteurs de CAP 22 de “pseudo experts” prévoit que les fonctionnaires risquent de “subir le même sort” que les employés de la SNCF, à savoir le maintient du statut pour les employés actuel mais avec une contractualisation pour les nouveaux entrants.

Les français ne soutiennent pas les fonctionnaires

À en croire du nouveau Baromètre des Décideurs réalisé par le cabinet d’études ViaVoice, les citoyens et dirigeants français sont en phase avec les mesures proposées par le gouvernement. 61% des dirigeants et 49% des français ne soutiennent pas les grèves des fonctionnaires.

Dans l’ensemble, les français sont favorables à la rémunération au mérite (61% des dirigeants et 69% des français), ainsi qu’à la réintroduction d’un jour de carence pour les arrêts maladie (59% des dirigeants et 58% des français).

Cependant, les deux catégories s’opposent au recours aux embauches contractuelles (52% des dirigeants et 44% des français) ainsi qu’à la suppression des 120 000 postes de fonctionnaires (58% des dirigeants et 55% des français).

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo