Depuis les élections législatives du 4 mars, l’Italie s’enfonce inexorablement dans la crise politique et malheureusement, la situation ne semble pas prête de s’arranger. Ayant nommé un ministre eurosceptique au poste de Ministre des Finances, le Premier ministre Giuseppe Conte a rapidement été évincé par le Président de la République.

Ce dernier a nommé Carlo Cottarelli, “monsieur ciseaux” et incarnation de l’austérité budgétaire, pour former un nouveau gouvernement. Mais aujourd’hui, aucune liste n’a été communiquée et il semble que de nouvelles élections soient inévitables.

Comment la crise a t-elle commencé ?

Le 5 mars dernier, les élections législatives italiennes n’ont pas abouti à une majorité parlementaire. La nouvelle loi électorale adoptée en 2017 serait en cause : le système hybride n’a pas permis de dégager de formation capable de former un gouvernement. En bref, deux nouvelles forces politiques ont émergé à l’issue du vote : la Ligue avec 37% des voix, et le Mouvement 5 étoiles (M5S), avec 32% des voix.

A la surprise générale, un mois de demi après les élections la Ligue et M5S ont réussi à se mettre d’accord et proposer un “contrat de gouvernement”. Ce texte de 58 pages aborde un grand nombre de sujets, du système de retraites à la fiscalité, en passant par la politique anti-immigration.

Le 21 mai dernier, M5S et la Ligue ont annoncé le choix de Giuseppe Conte comme nouveau Premier Ministre. Son nom est soumis au Président de la République italien Sergio Mattarella, qui désigne Conte à la tête d’un gouvernement deux jours plus tard. Le hic, c’est que ce gouvernement n’a jamais vu le jour.

Quel a été le problème avec Giuseppe Conte ?

La nomination de Paolo Savona au poste de Ministre des Finances a posé problème. L’ancien ministre de 81 est un eurosceptique affirmé qui considère l’euro comme la “cage allemande” de l’Italie. Le Président de la République italien s’est opposé à ce choix de manière publique, arguant qu’il serait préjudiciable au pays de mettre en avant la sortie de l’Italie de l’euro. Résultat, 85 jours après les élections législatives, l’Italie retourne à la case départ.

Dans la foulée, Mattarella a nommé l’économiste Carlo Cottarelli pour former un nouveau gouvernement. Surnommé “monsieur Ciseaux” , ce dernier est célèbre pour avoir réduit les dépenses publiques en 2013 et 2014. Pour la Ligue et le M5S, il incarne l’austérité budgétaire dans toute sa splendeur imposée par Bruxelles.

Face à cette décision, les chefs de la Ligue et du M5S ont crié au scandale : le véto du Président irait selon eux à l’encontre du vote des électeurs. Mais Sergio Mattarella a bien respecté la Constitution et son article 92 qui lui donnent un droit de regard sur le choix de l’ensemble des ministres. Historiquement, le Président de la République italien est moins visible qu’en France, mais on le voit davantage en cas de crise.

Pourquoi est-ce si grave pour l’Italie ?

Certes, cela n’est pas la première fois que l’Italie a du mal à former un gouvernement. En revanche, la durée ainsi que la nature de la crise sont inédites. Du côté de Bruxelles, l’inquiétude pointe également. La Commission Européenne a déjà mis en garde l’Italie contre d’éventuels dérapages budgétaires, rappelant que le pays est l’un des plus endettés de la zone euro.

Le Premier Ministre italien Carlo Cottarelli est sensé mettre en oeuvre une politique “anti-système” qui laisse présager de nombreux désaccords avec l’Union Européenne. Le “contrat de gouvernement” préparé par les patrons du M5S et de la Ligue prévoit entre autres la “renégociation des traités européens”, l’instauration d’un revenu citoyen et l’abaissement des impôts.

Du côté des marchés financiers, la panique est totale. Si les bourses européennes étaient dans le rouge le 29 mai, les conséquences de la crise sont bien plus graves que cela : les taux d’intérêt affichent une très forte hausse en raison des craintes que l’Italie ne sorte de la zone euro. Certes le gouvernement est partisan de l’austérité, mais ses chances d’obtenir la confiance du Parlement sont inexistantes.

Et après ? De nouvelles élections ?

Il est très probable que les italiens doivent retourner aux urnes prochainement, à l’automne 2018 ou au début de l’année 2019. Deux alternatives sont à envisager : soit le gouvernement de Carlo Cottarelli obtient rapidement la confiance du Parlement et organise de nouvelles élections, soit il ne l’obtient pas et Cottarelli sera contraint de démissionner. C’est la première hypothèse qui est la plus probable, Cottarelli n’ayant presque aucune chance d’obtenir la confiance du M5S et de la Ligue.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo