Fin du suspense. Dans une décision très critiquée par la communauté internationale, le Président Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. Cela met fin à la levée progressive des sanctions contre Téhéran, et autorise par la même occasion le pays du Moyen-Orient à réactiver son programme nucléaire. Téhéran a d’ailleurs menacé de reprendre l’enrichissement de son uranium d’ici quelques semaines.

Il semble que l’Europe ait perdu son influence sur la scène internationale. Si elle souhaite maintenir coûte que coûte l’accord sur le nucléaire iranien, en a t’elle vraiment le pouvoir ? Ni Emmanuel Macron et sa “bromance”, ni Angela Merkel et son flegme, ni Boris Johnson et ses flatteries n’ont réussi à convaincre le Président américain.

L’accord sur le nucléaire iranien, qu’est-ce que c’est ?

Ce texte instauré en 2015 par Barack Obama avait pour but de s’assurer que Téhéran ne se dote pas de l’arme nucléaire, en échange d’une levée progressive des sanctions envers le secteur pétrolier du pays. De manière plus concrète, l’Iran s’est engagé à maintenir son uranium à un volume et un taux d’enrichissement assez bas pour permettre un usage civil seulement. Ainsi l’uranium était enrichi à moins de 4% contre 90% pour la fabrication d’une bombe atomique. En échange, l’Iran avait le droit de vendre son pétrole.

Dans le cas où les États-Unis quittent l’accord, il est fort possible qu’ils instaurent à nouveau un embargo économique envers l’Iran. De ce fait, Téhéran pourrait décider de rendre son programme nucléaire. Seul un compromis entre les autres grandes puissances, à savoir la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Chine et la Russie pourrait éviter cela.

Donald Trump annonce le retrait des États-Unis

Après avoir qualifié l’accord iranien de “désastreux”, Donald Trump a purement et simplement annoncé le retrait des États-Unis. Cela rétablit automatiquement les sanctions contre Téhéran, qui seront selon ses dires “au plus haut niveau”. Un large éventail de sanctions visant le secteur pétrolier iranien sera remis en place après une période allant de 90 à 180 jours.

Les entreprises étrangères disposeront de quelque mois pour “sortir” d’Iran. Après l’annonce, les autorités iraniennes ont fait savoir qu’elles comptaient muscler leurs capacités militaires et de défense au lendemain du retrait des États-Unis de l’accord.

Quels sont les arguments de Donald Trump ? Selon lui cet accord ne portant que sur 10 ans, l’Iran pourrait jouer la montre et rendre son programme nucléaire dès 2025. Il ajoute que l’accord ne donne aucune précision quant au développement balistique, qui continue d’évoluer. Trump disposerait de “preuves” selon lesquelles l’Iran mentait quant à un programme nucléaire pacifique.

Les experts sont néanmoins sceptiques, aucune activité suspecte n’ayant été enregistrée en Iran après la signature de l’accord en 2015. Donald Trump ayant ouvertement affiché son mécontentement vis-à-vis de l’accord conclu par Barack Obama, cette décision n’a été une surprise pour personne. C’était d’ailleurs une de ses promesses de campagne.

Le retrait des États-Unis étant une décision unilatérale, l’accord n’est à priori pas encore mort. Mais que peut-il réellement devenir sans l’influence du poids lourd américain ? En attentant, les représentants iraniens doivent rencontrer les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni pour voir ce que feront les européens, les chinois et les Russes. Seuls grands gagnants du retrait des États-Unis, l’Arabie-Saoudite et Israël vont pouvoir poursuivre leurs opérations anti-Iran.

Bien évidemment, ce retrait aura des conséquences sur la situation politique intérieure de l’Iran. En effet, le pays est hautement dépendant de ses exportations de gaz et de pétrole et les sanctions américaines diminueront drastiquement les revenus qui en sont issus. Pour les iraniens, la fin de l’accord rime avec retour des difficultés.

La position des puissances européennes

Royaume-Uni

Du côté du Royaume-Uni, le gouvernement s’allie aux européens sans ambiguïté et affirme n’avoir “aucune intention de se retirer de l’accord”. Le ministre des affaires étrangères Boris Johnson a d’ailleurs déclaré que le pays n’avait “aucune intention de se retirer de l’accord”. Selon lui, l’Iran a jusqu’à présent “respecté les termes de l’accord”. Son discours a bien changé, alors qu’il déclarait deux jours avant que Donald Trump serait un bon candidat au prix Nobel de la paix. Force est de constater que la flatterie ne fonctionne pas avec le Président américain.

Allemagne

Peu après que le guide suprême iranien ait exigé des garanties de l’Europe après le retrait des États-Unis, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré que les européens “feraient tout” afin que Téhéran respecte coûte que coûte l’accord de Vienne. Celle qui a toujours entretenu des rapport compliqués avec Donald Trump estime que l’accord est “un pilier qui n’aurait pas dû être remis en cause”.

France

Juste après l’annonce de Trump, Emmanuel Macron a déclaré sur Twitter « La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni regrettent la décision américaine de sortir de l’accord nucléaire iranien. Le régime international de lutte contre la prolifération nucléaire est en jeu ». Selon le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, il est “inacceptable” que les États-Unis se considèrent comme les «gendarmes économiques de la planète». Il a ajouté que les délais des sanctions punitives poseront des difficultés aux entreprises européennes, entraînant des difficultés économiques importantes.

Les entreprises présentes en Iran accusent le coup

Après le retrait des États-Unis de l’accord et le rétablissement des sanctions contre l’Iran, les entreprises engagées dans le pays auront jusqu’au 4 novembre prochain pour en sortir. Bon nombre d’entreprises du monde entier seront affectées, en particulier dans les secteurs de l’aéronautique, de la banque, de la finance, et bien-sûr de l’énergie. Les sociétés américaines Boeing et General Electric seront particulièrement touchées.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les entreprises européennes avaient tout à gagner de l’accord iranien. La France a multiplié son excédent commercial avec l’Iran par trois en deux ans. En cas de rupture, plusieurs sociétés de l’hexagone seront lourdement touchées.

On pense à Total qui a développé l’un des plus grands gisements de gaz au monde en Iran, Airbus, qui a passé un accord de vente de plusieurs milliards de dollars avec le pays, et enfin Renault PSA qui a vendu 400 000 véhicules à l’Iran l’an dernier avec des prévisions de ventes de 3 millions d’ici 2030.

Automobile – PSA

Après un arrêt brutal en 2012, le groupe très connu en Iran avait repris ses opérations en Iran en 2016, voyant un fort potentiel dans le marché automobile du pays. Avec une part de marché de 30% et 444 000 véhicules vendus en 2017, PSA espérait en vendre 3 millions d’ici 2030. La société espère aujourd’hui que l’Europe trouve une mise en oeuvre de l’accord après le retrait des États-Unis.

Automobile – Renault-Nissan

Le groupe est également très présent en Iran, avec 160 000 véhicules vendus en 2017 et des objectifs de vente qui atteignent 300 000 par an.

Aéronautique – Airbus

Le géant de l’aéronautique avait conclu plusieurs commandes avec des compagnies aériennes iraniennes pour un total d’une centaine d’appareils et un montant de 10 milliards de dollars. Le groupe ayant de nombreuses usines de fabrication aux États-Unis, il sera automatiquement soumis aux sanctions américaines. Selon l’Organisation iranienne de l’aviation civile, l’Iran aurait besoin de 400 à 500 avions dans les dix prochaines années.

Énergie – Total

Associée au groupe chinois CNPC, le groupe pétrolier Total a conclu accord de 5 milliards de dollars afin d’exploiter le gisement South Pars. En revanche, la direction avait bien précisé que le maintien l’accord dépendrait de la position de Washington sur le nucléaire iranien.

Bouygues, Vinci et Orange: ces trois entreprises étaient les premières à répondre présent lors de la réouverture du marché iranien. Bien qu’elles souhaitent s’y implanter de manière durable, elles seront contraintes de revoir leurs stratégies.

Les prix du pétrole sont à la hausse

Alors que les prix du pétrole ont atteint leur maximum à la fin de l’année 2014, l’annonce du retrait des États-Unis de l’accord de Vienne a eu un gros impact. Les cours de l’or noir ont bondi en Asie mercredi matin, avec un baril de brut qui a atteint 76 dollars.

Selon le directeur de recherche de l’Institut de relations internationales et stratégiques Francis Perrin, qui est expert pétrolier, “tout dépendra de l’ampleur des sanctions américaines”. Sur un marché du pétrole déjà tendu avec des stocks au plus bas, la perte de centaines de milliers de barils de pétrole iranien devrait entraîner une hausse supplémentaire des prix.

Au début de l’année 2016, la levée des sanctions contre le pétrole iranien avait mené à une augmentation de la production d’un million de barils par jour, soit une production totale de 3,8 millions de barils par jour. De la même manière, la réintroduction de ces sanctions pourrait abaisser la production journalière iranienne de 300 000 à 500 000 barils.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo