C’est officiel, le dossier ultra sensible de l’Islam est ouvert par le gouvernement. Lors d’une interview avec le Journal du Dimanche le 11 février dernier, Emmanuel Macron a exposé son opinion sur la laïcité et annoncé la réforme de l’Islam de France courant de l’année 2018.

Au programme de la réforme qui sera faite “touche par touche”, deux priorités : le financement du culte et la formation des imams.

Un discours sur la laïcité très attendu

Tour à tour annoncé, repoussé et écarté de l’agenda présidentiel, le discours sur la laïcité était attendu depuis longtemps par les français. Dans le JDD du 11 février, des pistes de réflexion ont enfin été présentées afin de “structurer” et “expliquer” l’Islam de France. Le but est ici d’en finir avec l’Islam consulaire” ou autrement dit l’influence trop importante des pays étrangers comme le Maroc, la Turquie et l’Algérie.

Le 4 janvier dernier, Emmanuel Macron avait pour la première fois annoncé l’idée d’une restructuration de l’Islam en France, pour ajouter qu’aucune proposition ne serait faite avant d’avoir un travail abouti. Pour le moment l’heure est aux consultations entre le Ministère de l’Intérieur et Matignon.

À en croire une personnalité musulmane influente, les pourparlers auraient commencé au mois de décembre dernier. Emmanuel Macron fut le premier Président de la République à ne pas inviter le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, à la cérémonie des voeux aux autorités religieuses. Cette omission avait alors été vue comme une véritable transgression.

Pourquoi une réforme de l’Islam ?

L’idée de réformer l’Islam de France n’est pas nouvelle, et pour cause : à l’inverse des autres cultes, l’Islam n’est pas constitué d’une hiérarchie claire et organisée. Ainsi, depuis 30 ans l’État ne dispose d’aucun interlocuteur privilégié à qui s’adresser.

Jusqu’à aujourd’hui toutes les tentatives ont échoué : on peut citer le CFCM ou Conseil Français du Culte musulman qui a vu le jour sous Nicolas Sarkozy. Les idées ne manquent pas, mais l’expérience montre que c’est la méthode qui conditionne le succès d’une organisation.

La difficulté de mettre en place une autorité représentative provient de la diversité des courants islamiques. En France 90% des musulmans sont sunnites, mais leurs pratiques diffèrent en fonction de leur pays d’origine. Ainsi l’islamologue Rachid Benzine conseille de regarder du côté du protestantisme, religion qui contrairement au judaïsme et catholicisme prend en compte plusieurs courants.

D’après une étude Ifop, 56% des français estiment que l’Islam est compatible avec les valeurs de la République. En septembre 2016, ils étaient 56% à considérer l’inverse. Il semblerait que la tendance se retourne. Cependant l’Islam reste toujours un sujet sensible pour les français qui sont profondément partagés sur le sujet.

Les trois piliers de la réforme de l’Islam

1. Réformer le CFCM

Créé en 2003, le CFCM est pourvu d’un mode de désignation considéré comme immobiliste, tandis que l’impact des pays étrangers y est trop importante. Même le Directeur de l’organisation Anouar Kbibech a déclaré qu’une ouverture était nécessaire.

Afin de sortie de cet “islam consulaire”, un “grand imam de France” pourrait être nommé, sur le modèle du grand rabbin. Ce dernier dispose d’une autorité morale sur le culte ainsi que d’une représentation face à l’État.

2. Restreindre le financement des mosquées

Emmanuel Macron a clairement affiché son souhait de réduire l’impact des pays étrangers sur la France. Par impact on entend bien sûr construction de mosquées, qui empêcherait l’Islam français de rentrer dans la modernité.

La loi sur la séparation de l’Église et de l’État mise en place en 1905 empêche les autorités publiques de bâtir des lieux de culte. Ainsi, les mosquées françaises sont construites grâce à des financements privés qui abondent depuis les pays du Golfe. Le problème, c’est que ces pays ont une pratique de la religion trop rigide.

3. Encadrer la formation des imams

Afin de donner de l’autonomie à l’Islam en France, il faut travailler sur la formation des imams. En France il n’existe toujours pas de statut officiel ou diplôme pour la formation des imams qui sont la plupart du temps choisis par l’association gérant la mosquée. De ce fait, les autorités françaises redoutent que les imams ne diffusent des idées trop rigoristes.

Le gouvernement avait présenté un plan pour l’Islam en France en février 2015 afin de former les imams dans les universités : cours sur la laïcité, sur le droit au culte et sur l’histoire des religions en France sont proposés. Mais la formation reste optionnelle et n’aborde aucune question théologique.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo