Nouvel épisode dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine : vendredi 20 juillet, Donald Trump à encore une fois menacé d’appliquer des taxes punitives sur les importations de produits chinois. Cette fois le montant est record, de l’ordre de $505 milliards.

Depuis plusieurs mois, le Président américain a déclaré une guerre sans merci au système multilatéral, en faveur d’un système unilatéral porté par le slogan “America First”. De son côté l’Europe essaie de limiter les dégâts et amène la Chine à ouvrir son marché, sans toutefois imposer de transfert de technologie aux entreprises européennes.

Trump veut détruire la Chine

Concrètement, le Président américain reproche à la Chine de “voler” ses droits de propriété intellectuelle et d’imposer des barrières non-douanières, ainsi que des transferts de technologies lors de la constitution d’entreprises communes.

Quant à la Chine, elle accuse les États-Unis d’avoir déclenché “la plus grande guerre commerciale de l’histoire économique”. Le 6 juillet dernier, le géant asiatique a annoncé des mesures de rétorsion sur $34 milliards  d’importations américaines.

Le Président américain ne semble pas décidé à réduire les pressions commerciales sur la Chine. Bien au contraire, il a déclaré le 20 juillet “être prêt à instaurer des taxes punitives sur l’ensemble des importations chinoises, si nécessaire”. Sur la chaîne de télévision CNBC, il a menacé “aller jusqu’aux 500” en référence aux $505,5 milliards de produits chinois importés par les États-Unis en 2017.

La Chine a beaucoup à perdre

Malgré son succès économique durant les 20 dernières années, une part trop importante du PIB chinois est dépendant de son commerce extérieur, notamment avec les États-Unis. Le pays est de plus loin d’être autonome au niveau technologique, l’affaire ZTE en est la preuve.

Comme l’a affirmé sur Twitter l’expert américain des questions chinoises Bill Bishop, le but de Donald Trump est purement et simplement de “détruire la Chine”. Pékin a donc tout intérêt à être plus aimable avec l’Europe.

La guerre économique entre la Chine et les États-Unis profite à l’Europe. Discrètement, l’Union européenne et la Chine se sont rapprochées pour mettre au point une “déclaration commune” de 26 points visant à isoler Trump sur la scène économique internationale. Pékin et Bruxelles se sont engagés à mettre en place un système d’échanges “multilatéral, transparents, non discriminatoire et inclusif”, tandis que Donald Trump prône un modèle bilatéral et sans compromis.

Il n’y a pas si longtemps, les européens critiquaient ouvertement les pratiques commerciales chinoises, profitant exclusivement à Pékin. Le manque de réciprocité, des pratiques commerciales déloyales et les barrières non tarifaires sont régulièrement cités, sans compter la régression de la Chine en matière des droits de l’homme.

Mais les attaques de Trump ont changé la donne. Après le sommet du G7 et celui de l’OTAN, les anciens alliés sont devenus des “ennemis”. Malgré leurs divergences et leurs griefs, la Chine et l’UE ont tout à gagner si le système multilatéral est conservé.

Pékin devra faire des concessions

Le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a été très clair lors de sa visite à Pékin : si la Chine veut se rapprocher de l’Europe pour contrer Trump, elle devra faire des concessions. Selon lui, le modèle de développement chinois est aujourd’hui trop protectionniste.

Les investissements européens ont diminué de moitié entre 2014 et 2017, et 2 entreprises européennes sur 10 installées en Chine sont soumises à un transfert forcé de technologies. Il est donc essentiel d’obtenir des concessions précises.

Pays des contrefaçons, la Chine va devoir s’engager à “promouvoir et faire respecter” les droits de propriété intellectuelle et donc reconnaître la notion des IGP (indications géographiques protégées). Pour l’Europe, c’est un pas de plus pour la reconnaissance de ces normes au niveau mondial. Rappelons que les États-Unis ne les reconnaissent pas, préférant le concept des marques commerciales.

L’UE diversifie ses relations commerciales

Force est de constater que l’UE n’a pas chômé ces dernières semaines : outre la signature le 17 juillet dernier du plus gros contrat de libre-échange de l’histoire avec le Japon, le Jefta, elle s’affiche ouvertement comme un allié de la Chine.

Au sein de l’Europe, l’Allemagne est en première ligne : c’est elle qui affiche les plus importants excédents commerciaux avec les États-Unis et qui subit de plein fouet les attaques de Trump.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo