L’Algérie connaîtra-t-elle un printemps arabe ? Alors que la Tunisie et la Libye voisines ont renversé leur régime il y a quelques années, le vent semble tourner en Algérie. D’autant plus que le pays est dirigé par le Président Abdelaziz Bouteflika depuis 1999, ce qui en fait l’un des chefs d’état ayant eu le mandat le plus long en Afrique du Nord. 

Contrairement aux autres printemps du monde arabe, l’Algérie se distingue par des manifestations pacifiques, où les habitants nettoient eux-mêmes les rues après les marches. Du jamais vu dans le bassin méditérranéen et en contraste avec les Gilets jaunes en France. 

Alors que des élections devaient se dérouler à la mi-avril, les habitants ont fait pression pour que le Président Bouteflika ne se constitue pas candidat, alors qu’il est au pouvoir depuis 30 ans. Résultat : il a annoncé le “report” des élections.

En d’autres termes : les Algériens n’ont pas encore reçu de date précise pour la tenue des élections présidentielles et continuent à manifester à cette heure.

Un président souffrant

Plus d’un demi-siècle après l’indépendance de l’Algérie, c’est tout un peuple qui demande, une nouvelle fois, sa liberté. C’est ainsi que de nombreux manifestants se sont exprimés, notamment dans la presse, la semaine dernière.

Pour de nombreux citoyens, y compris la nouvelle génération de millennials, Adbelaziz Bouteflika est le seul président qu’ils n’ont jamais vu au pouvoir en Algérie.

Leur objectif : tourner une page après quatre mandats consécutifs, alors que certains médias l’ont dit décédé hier. La rumeur n’est pour le moment pas confirmée, mais il semblerait bien que le président soit dans un état grabataire.

 

Une vidéo réalisée par l’équipe de Yann Barthès avait d’ailleurs enflammé la toile en 2014 lors de sa réélection pour son dernier mandat ; elle analysait avec sarcasme les apparitions publiques du président, alors incapable de prononcer un seul mot.

Pour la plupart des Algériens, il est temps qu’un président plus jeune prenne la relève.

Une révolution “joyeuse”

Contrairement à la Tunisie ou à la Libye, la révolution algérienne ne se fait pas dans le sang, mais dans la bonne humeur.

Les pancartes ponctuées d’humour et les serrages de mains avec les force de l’ordre sont nombreux. De nombreux hommes politiques français ont salué la civilité des habitants d’Alger, à l’instar de François Bayrou. Il a qualifié le mouvement “d’exemplaire”.

Pour de nombreux experts, ce mouvement, qu’il soit un “printemps” ou une “révolution”, est à mettre en parallèle avec la crise des Gilets jaunes en France.

Néanmoins, l’exécutif français se garde bien de commenter la situation à Alger, le contexte historique étant toujours aussi chargé entre les deux pays.

Gilets jaunes et Algérie : une crise  méditerranéenne ?

Cette nouvelle crise n’est pas sans rappeler un contexte politique terni par la guerre d’Algérie et une indépendance relativement nouvelle – moins de deux générations.

En France, l’Algérie reste un sujet tabou. Une nouvelle enquête publiée dans le Monde explique comment la plupart des lycéens n’apprennent pas la guerre d’Algérie, qui a bouleversé le pays entre 1954 et 1962.

De son côté, la France n’a pas souhaité faire de commentaire officiel. Néanmoins, le Président de la République Emmanuel Macron a réagi lors d’une séance du grand débat national. La vidéo, publiée sur le site de France Culture, est devenu virale.

On y voit un historien parler d’une “crise méditerranéenne”.

Emmanuel Macron y répond simplement : “Je suis intellectuellement d’accord, mais dans une position politique qui est différente”. Le Président explique brièvement la situation diplomatique tendue entre l’Algérie et la France depuis la guerre d’Indépendance.

L’historien qui l’interroge suggère d’ailleurs que les manifestations pacifiques sont l’exemple d’une vraie démocratie, alors que l’opposition a vivement critiqué l’usage de la violence en France et l’utilisation de grenades GLI-F4 et les LBD.

Tandis que les rassemblements en Algérie brillent par leur exemplarité, aucune date n’a été fixée pour le report des élections. La population s’impatiente et demande au gouvernement de choisir une date, au risque de prolonger les manifestations.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo