L’Union européenne s’est mise d’accord sur un plan de relance commun de 750 milliards d’euros, conséquence directe de la pandémie qui a durement frappé le Vieux continent. Une première dans l’histoire de l’Union qui avance désormais vers un projet aussi politique qu’économique.

Mais tout n’est pas rose, loin de là. Réunis à 27, les pays membres ont eu du mal à se mettre d’accord, montrant au grand jour les divergences et les fractures d’une entité dont la cohésion a déjà été affaiblie par le Brexit. Retour sur quatre jours décisifs pour l’Europe. 

Négociations difficiles entre Nord, Sud et Est

Historique. Voici peut-être le mot qui définit le mieux ce à quoi on vient d’assister depuis quelques jours à Bruxelles. Les négociations ont été âpres. Quatre jours et quatre nuits à discuter du plan de relance européen en véritable conclave. Ce conseil européen a bien failli battre le record de celui de Nice sur l’élargissement de l’Union en 2000.

Mais ce qui compte est le résultat. L’Europe a un plan de relance. Un plan commun dont le fardeau sera partagé par les 27 États membres, chacun liant un peu plus sa destinée politique à celle de l’Union. Et dessinant par là-même un projet politique européen qui venait à manquer.

Si ce premier pas vers une forme de fédéralisme est de bon augure, les fractures révélées par le sommet représentent néanmoins un danger pour la cohésion européenne. Fractures entre pays du Nord et pays du Sud, moteur franco-allemand et opposition Est-Ouest. Trois éléments qui expliquent les tensions du sommet de Bruxelles.

Bien sûr, depuis quelques temps, le contexte a changé. Le Brexit et la pandémie de Covid-19 sont passés par là. Le Royaume-Uni n’est plus là pour unir dans un front commun contre lui. Et la pandémie a frappé sévèrement les principaux pays du Sud que sont l’Italie, l’Espagne et la France. L’Allemagne, d’ordinaire leader du camp des pays du Nord, a, elle aussi, été touchée, bien que moins fortement. Mais elle a décidé, pour cette fois et pour voir l’UE se relever, de s’unir avec la France pour porter ce que les médias appellent depuis des mois le « Plan Merkel-Macron ». Le moteur franco-allemand s’est donc remis en marche pour le bien commun.

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Les pays du Nord, eux, se sont trouvé un leader avec les Pays-Bas et son premier ministre Mark Rutte. Avec d’autres, comme l’Autriche, le Danemark, la Suède ou la Finlande, les Néerlandais se sont opposés au plan de relance au nom de la rigueur budgétaire, caractéristique des pays du Nord protestants qui aiment à s’opposer sur ce point aux dépensiers pays du Sud latins et catholiques.

Pour faire court, les petits pays rigoureux ne voulaient pas payer pour les cigales du bassin méditerranéen. Et il aura donc fallu quatre jours et quatre nuits pour trouver un compromis, en sachant que l’Europe n’avait pas de plan B. D’autant qu’il fallait également gérer une opposition venue de l’Est et héritée de l’ouverture de 2004 aux anciens pays du bloc soviétique. Faire cohabiter l’ensemble n’est pas simple.

Habemus « Deal » 

C’est à 5h32 du matin par un tweet du président du Conseil européen, l’ancien Premier ministre belge Charles Michel, que la nouvelle est tombée : « Deal ». Fumée blanche sur Bruxelles. Soulagement dans de nombreuses chancelleries.

L’avenir politique et économique de l’Union européenne se dessine enfin, en dépit des nombreuses incertitudes. La pandémie fait toujours rage dans le monde. La reprise économique est lente. Pour autant, il y a désormais un plan d’action et une volonté de faire front commun. Le montant des subventions destinées à relancer et à moderniser les économies du bloc ébranlées par la crise sanitaire est ramené à 390 milliards d’euros, au lieu des 500 milliards initialement proposés par la France et l’Allemagne au nom de la solidarité européenne.

Inversement, les prêts mis à disposition des États membres prennent de l’ampleur, passant de 250 à 360 milliards. Les frugaux, Pays-Bas en tête, qui privilégiaient les prêts et ne voulaient pas entendre parler de subventions ou de dons, obtiennent là une petite victoire. En effet, la part de l’argent qu’il faudra rembourser est revue à la hausse. Une victoire malgré tout symbolique sachant que les prêts sont accessoires. Seuls comptent les subventions. Et celles-ci sont préservés. Les subventions directes accordées aux États les plus touchés par la pandémie s’étoffent même de 2 milliards d’euros.

La France tire son épingle du jeu et touchera 40 milliards d’euros au lieu des 35 prévus pour financer son plan de relance.

L’Italie et l’Espagne, largement impactées par la crise, toucheront respectivement 82 et 77 milliards d’euros. Autre compromis, cette fois en direction de la Hongrie et de la Pologne ; l’article conditionnant l’obtention de certaines sommes au respect de l’État de droit a été édulcoré. Si au cours des négociations, certains dirigeants, comme le président français, Emmanuel Macron, ont affirmé : « C’est simple, pas d’Etat de droit, zéro euro », la « Realpolitik » a pris le dessus.

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L’économie et la cohésion européenne sauvées ?

Mardi 21 juillet au matin tout le monde saluait la naissance d’une « nouvelle Europe ».  Le couple franco-allemand a été la locomotive vers un projet politique commun. Les pays « frugaux » ont obtenu des compensations en voyant la somme à rembourser augmenter. Et les pays de l’Est n’ont plus à craindre qu’on leur réclame des comptes sur leur rapport à l’État de droit. Pour autant, cela suffira-t-il à sauver l’économie européenne ?

Au début de la crise sanitaire, le Parlement européen évaluait le plan de relance à 2000 milliards d’euros. De nombreuses coupes budgétaires ont été approuvées lors du sommet européen. Certaines d’entre elles touchent la recherche ou encore le programme Erasmus. Alors que le Parlement européen doit encore se prononcer sur l’accord du 21 juillet, certains eurodéputés ont d’ores et déjà marqué leur défiance sur de nombreux points.

Doit-on craindre que le plan soit retoqué par le parlement ? Celui-ci devra être aussi ratifié par le parlement de certains pays membres. Au Pays-Bas, notamment, fer de lance de l’opposition à la mutualisation des dettes, l’affaire est loin d’être entendue. La question du remboursement des 360 milliards de prêts préoccupe déjà les populations.

Les dirigeants affirment que les contribuables européens ne seront pas sollicités. Emmanuel Macron l’a confirmé lors de son intervention télévisée de mardi soir. L’argent viendra de taxes sur le plastique, sur les grandes entreprises du numérique comme les GAFAM. Mais la question reste sujette à polémique et les oppositions, tant européennes que nationales, l’ont bien compris. Rien n’est donc fait malgré les interminables heures de négociations du week-end dernier. Et pourtant, ce rien est déjà, en soi, un pas de géant.

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A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo