C’est la première fois depuis l’élection du Président Mahmoud Ahmadinejad en 2009 qu’un tel mouvement de protestation a lieu en Iran. Les raisons de ces manifestations ? Le chômage qui touche 27% des jeunes, la vie chère, mais aussi le pouvoir corrompu.

Le mouvement débuté à Machhad, la deuxième ville du pays, s’est propagé sur tout le territoire comme une traînée de poudre pour atteindre Téhéran. Combien de temps le régime en place va t’il renoncer à employer la force ?

13 morts et 400 personnes arrêtées

Dans plusieurs villes d’Iran des bâtiments publics, banques, centre religieux et voitures de police ont été incendiés. Pour le moment, le bilan est de 13 morts dont 10 manifestants.

Selon les médias, plus de 400 personnes considérées comme “fautrices de trouble” ont été arrêtées dans le pays, dont 200 seulement à Téhéran.

Pourquoi une telle colère ?

En mai 2017, le Président très contesté Hassan Rohani a été réélu pour un second mandat après avoir aidé le pays à sortie de son isolement: en 2015 il parvient à la signature d’un accord historique avec la communauté internationale pour lever les sanctions sur le programme nucléaire.

Après cette victoire, les iraniens ont espéré en vain une amélioration de la situation économique de l’Iran, membre de l’OPEP.

Alors qu’en décembre 2017 le prix des oeufs a presque doublé en Iran, le budget du Parlement prévoit d’augmenter le prix de l’essence de 50%. Pour ne rien arranger, le taux de chômage reste élevé, de l’ordre de 12%. Il n’en fallait pas plus pour pousser les citoyens à descendre dans la rue.

Les autorités iraniennes refusent d’employer la force

Pour le moment, le régime en place est dans l’expectative: le Président iranien Hassan Rohani a tenté de calmer le jeu en déclarant que la population était “libre de critiquer et de manifester contre le gouvernement”, bien qu’il rejette tout acte de violence et de destruction.

À ce jour, ni l’armée du régime ni la milice n’ont été déployées dans les rues. Il semble que bien qu’il commence à perdre patience, le gouvernement se refuse à employer la force, de peur de mettre de l’huile sur le feu.

Les réseaux sociaux coupés

Après que le ministre des télécommunications iranien Mohammad-Javad Jahormi ait accusé la messagerie Telegram d’encourager le soulèvement armé, le réseau internet sur les appareils mobiles a été coupé samedi dans l’ensemble du pays pour être rétabli dans la nuit.

Application mobile très populaire en Iran, Telegram compte près de 1,4 millions d’abonnés dans le pays. Le jour d’après, Telegram et Instagram ont été restreints sur l’ensemble des appareils mobiles.

L’Iran touché par la chute des prix du pétrole

Alors que le pays dispose de la deuxième réserve mondiale de gaz, la quatrième réserve mondiale de pétrole et qu’il est membre fondateur de l’OPEP, l’Iran a été gravement touché par la chute des cours de l’or noir.

La raison ? Le pays de 80 millions d’habitants est dépendant des énergies fossiles. Cela a entraîné la mise en place d’un budget d’austérité en 2015, qui a fait chuter le PIB par habitant de 6 950 dollars en 2013 à 5 470 dollars en 2016.

La levée des sanctions en 2015 n’a pas porté ses fruits

Si en 2015 grâce au président Hassan Rohani l’Iran est parvenu à un accord sur le nucléaire en échange de la fin des sanctions sur le pétrole, les résultats de la levée de l’embargo se font toujours attendre.

Certes les exportations de brut ont repris et les échanges commerciaux avec l’UE ont repris, mais l’effet sur l’économie est beaucoup moins important que prévu, et ce pour deux raisons: les sociétés étrangères restent réticentes, et les sanctions américaines sont toujours en vigueur après que Donald Trump ait refusé de signer l’accord devant le Congrès.

Comme un goût de 2009

C’est la première fois qu’un mouvement de manifestation d’une telle ampleur se dresse contre le régime depuis 2009. Cette année là, trois millions de personnes avaient envahi les rues du pays pour manifester contre l’élection frauduleuse de Mhamoud Ahmadinejad.

En 2018 contrairement à 2009, le régime limite l’usage de la force. Mais pour combien de temps ?

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo