Dimanche 11 mars 2018 pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire de l’extrême-droite en France.  Lors du 16ème congrès du Front National à Lille, Marine le Pen, actuelle président du parti et candidate malheureuse aux élections présidentielles de 2017, a fait de deux pierres d’un coup. Non seulement elle a annoncé le changement de nom du Front National à “Rassemblement national”, mais elle a proposé aux membres du parti d’adopter des nouvelles mesures pour écarter son père, Jean-Marie le Pen et fondateur du Front National en 1972.

Médiatisés depuis des années, les désaccords entre le père et la fille prendront définitivement fin cette année, en vue des élections au parlement européen l’année prochaine, et à plus long terme, les prochaines présidentielles en 2022.

Une ouverture médiatique à l’international

Depuis quelques mois, le Front National préparait sa mue, en changeant de stratégie médiatique. Alors peu ouverte aux médias internationaux, Marine le Pen est allée voir Vladimir Poutine en Russie, profitant ainsi d’une couverture internationale. Il y a quelques semaines,  sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen allait aux Etats-Unis, invitée par le parti des Républicains, au CPAC, Conservative Political Action Conference. Elle  y parlait en anglais sur scène, signe d’ouverture internationale du parti, longtemps confiné aux médias et au public français.

Reprenant la phrase phare de la campagne du Président des Etats-Unis “Make America Great Again”, elle a affirmé le désir du parti de redonner le pouvoir au peuple français, “We want France first for the French people”, à traduire par, “Nous voulons donner la France en premier aux Français”. Ce weekend, c’est Steve Bannon, l’ancien directeur de campagne de Donal Trump en personne qui s’est déplacé au congrès du parti pour apporter son soutien au parti. Malgré des problèmes traduction instantanée – l’interprète aurait notamment dit “Tom Cruz” au lieu de “Ted Cruz”, en parlant du sénateur américain.

Des propos racistes en marge du congrès

Malgré une forte volonté à renouveler le discours du parti en changeant de vocabulaire, créant une rupture radicale avec le franc-parler de son père, le congrès dirigé par Marine le Pen ce weekend a vu une ombre à son tableau : des propos racistes, tenus par “l’ambassadeur de la refondation” et directeur national adjoint du Front national de la jeunesse (FNJ) Davy Rodriguez.

Filmé par un anonyme puis relayé par BuzzFeed Rodriguez aurait traité un videur de bar lillois de “singe” et dire “espèce de sale nègre de merde”. Davy Rodriguez qui était alors dans un état d’ébriété, a commenté le lendemain cet incident sur Twitter en déclarant qu’il n’avait jamais tenu ce genre de propos.

Des adhérents en baisse

La “refonte” du parti de Marine le Pen n’est pas un hasard du calendrier. Alors qu’Emmanuel Macron fêtera dans moins d’un mois son premier anniversaire en tant que Président de la République, la Présidente du feu Front National souhaite tirer les leçons d’un échec cuisant au deuxième tour l’année dernière – 22% contre 43%. Alors que l’on compte plus 51 000 adhérents en 2017, Florian Philippot, ancien numéro 2 du parti, a claqué la porte en septembre dernier et a confié sur RTL la semaine dernière que les adhésions sont en “dégringolade totale”. Il a même critiqué à l’antenne de Sud Radio la marginalité du parti : “Qui pense que le Front National arrivera au pouvoir ?“. Celui qui a crée son propre parti il y a quelques mois, baptisé Les Patriotes, espère attirer les déçus du Front National. Quitte à créer une scission encore plus grande entre les différentes franges du Front…

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo