Le 20 mars, la police judiciaire de Nanterre a mis en garde à vue Nicolas Sarkozy, suspecté d’avoir bénéficié de financements illicites pour sa campagne présidentielle de 2007.

Selon le site Mediapart, qui a publié un article sur l’affaire en 2013, c’est le dictateur libyen Mouammar Kadhafi qui aurait financé la campagne présidentielle de Sarkozy.

Nous revenons sur cette affaire, jugée par les médias comme “la plus grave de la Vème République”.

1. De quoi Sarkozy est-il soupçonné ?

Concrètement, Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir bénéficier de €50 millions de dons en liquide en provenance du régime libyen pour financer sa campagne présidentielle de 2007. De son côté, l’ancien chef d’État a toujours nié et jugé cette affaire comme “grotesque”.

Il a été mis en examen le 20 mars pour trois chefs d’accusation très graves, à savoir « complicité de corruption d’agent public étranger », « complicité de détournements de fonds publics en Libye », et « financement illégal de campagne électorale ».

2. Comment est-ce que tout a commencé ?

En 2013, Mediapart publie un document affirmant que Nicolas Sarkozy a reçu des dizaines de millions d’euros en liquide pour financer sa campagne. Quelques semaines et plusieurs témoignages attestant ces pratiques plus tard, une information judiciaire est ouverte.

3. Qu’est-ce qui a changé en 5 ans ?

C’est en novembre 2016 que l’enquête s’est accélérée lorsque Mediapart publie les déclarations de l’homme d’affaires libyen Ziad Takieddine. Ce dernier a assuré avoir remis trois valises contenant €5 millions à Nicolas Sarkozy entre 2006 et 2007, alors qu’il était toujours Ministre de l’Intérieur.

Aujourd’hui, il semble que la justice française aie suffisamment d’éléments à charge contre Sarkozy. Ziad Takieddine ajoute qu’il existe des preuves, sans pour autant dévoiler quoi que ce soit.

Le 8 janvier 2018, l’homme d’affaires Alexandre Djouhri est arrêté à Londres, et la perquisition de son domicile suisse serait susceptible de faire avancer l’enquête. Pour finir, plusieurs anciens dignitaires libyens auraient livré de nouveaux éléments déterminants.

4. Quel a été le rôle de Claude Guéant dans l’affaire ?

Claude Guéant est considéré comme un élément central de l’affaire. Déjà arrêté et mis en examen il y a trois ans pour «faux, usage de faux et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée», il aurait le 21 mars 2007 loué un coffre fort à l’agence BNP Paris Opéra et aurait reçu un virement bancaire suspect de €500 000  sur son compte bancaire personnel, en provenance d’un avocat malaisien. Selon Guéant, cet argent était simplement en sa possession suite à la vente de deux oeuvres d’art.

5. Et celui de Brice Hortefeux ?

Il faut tout d’abord préciser que l’ancien Ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux a été interrogé en tant que “suspect libre”. Selon Mediapart, il aurait fait office d’intermédiaire sur la négociation des montants et modes de versement avec Ziad Takieddine. Ce proche de Nicolas Sarkozy est député européen, ce qui lui donne le privilège de pouvoir quitter l’interrogatoire à tout moment.

6. Qu’aurait obtenu la Libye en échange ?

En échange des €50 millions offerts à Nicolas Sarkozy pour sa campagne, la France aurait permis au pays de sortir de son isolement diplomatique. L’échange aurait été convenu lors que la visite de Sarkozy à Tripoli le 6 octobre 2005 : Kadhafi a offert de verser €50 millions au candidat Sarkozy en échange d’un réchauffement des relations diplomatiques entre la France et la Libye. Mouammar Kadhafi a ensuite été reçu en grandes pompes à Paris en décembre 2007.

7. Où est Nicolas Sarkozy en ce moment ?

Pour la première fois depuis avril 2013, l’ancien Président a été entendu par la justice française. Il est en ce moment même interrogé par l’Office Central de Lutte contre la Corruption et les Infractions Financières et Fiscales (OCLCIFF) de Nanterre, pour une garde à vue qui pourrait durer 48 heures. Si les magistrats le décident, il pourrait être mis en examen cette semaine. La mise en garde à vue de Nicolas Sarkozy représente le point culminant de l’instruction judiciaire.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo