Le 22 juin dernier, Donald Trump a menacé d’imposer une taxe de 20% sur les voitures européennes importées vers les États-Unis. Il ne s’agit pas d’un geste impromptu : le Président avait à de nombreuses reprises évoqué la mise en place de taxes punitives contre l’Allemagne, qui affiche un important excédent commercial.

Cette décision fait suite à la mise en place de droits de douane additionnels pour les produits américains exportés vers l’Europe, qui elle même fait suite aux taxes sur l’acier et l’aluminium imposées par les Etats-Unis aux autres pays du monde au 1er juin 2018. Vous avez le tournis ? Nous aussi.

23 mars 2018 – Les États-Unis invoquent la section 232 du Trade Expansion Act de 1962, qui taxe les importations d’acier à 25% et les importations d’aluminium à 10%. L’UE, le Canada et le Mexique sont exemptés pour encourager les négociations.

2 avril 2018 – Pékin met en place des droits de douane sur 128 produits américains.

1er juin 2018 – Les négociations n’ayant pas progressé avec Bruxelles, les États-Unis lèvent l’exemption sur l’aluminium et l’acier européens.

15 juin 2018 – Les États-Unis annoncent des droits de douane de 25% sur $50 milliards d’importations en provenance de Chine.

22 juin 2018 – Pour répondre aux taxes sur l’aluminium et l’acier européens imposées par les Etats-Unis, l’UE fait entrer en vigueur des droits de douane additionnels sur des dizaines de produits américains.

22 juin 2018 – Donald Trump menace de taxer les importations de voitures européennes à hauteur de 20%.

2 juillet 2018 – L’Union européenne menace de heurter $294 milliards d’échanges commerciaux avec les États-Unis.

Tensions sur l’aluminium et l’acier

Le 23 mars dernier, Donald Trump a invoqué le Trade Expansion Act de 1962 afin de restreindre les importations de biens “jugés préjudiciables à la sécurité nationale”. Ainsi des droits de douanes de 25% et 10% sont appliqués sur l’acier et l’aluminium pour l’ensemble des pays, avec une exemption pour l’UE, le Canada et le Mexique qui courait jusqu’au 31 mai afin d’encourager des négociations.

Au 1er juin, les États-Unis estiment que les négociations commerciales avec l’UE n’ont pas suffisamment avancé pour justifier une prolongation de l’exemption des droits de douane après le 1er juin. Alors que l’UE comptait sur une exemption permanente, elle réplique en ajoutant des droits de douanes aux importations en provenance des États-Unis pour des dizaines de produits.

Taxer les voitures importées européennes

Il y a une dizaine de jours, Trump a accusé l’Union Européenne de « faire probablement autant de mal que la Chine au commerce international américain», pour ensuite lancer une taxation douanière de 20% sur l’ensemble des importations de voitures européennes. Il considère qu’un nombre trop important de voitures allemandes circule dans les rues de New York, tandis que très peu de voitures américaines circulent en Europe.

Actuellement, les États-Unis imposent des taxes de 2,5% sur les importations de voitures européennes, et de 25% sur celles de poids lourds. L’UE de son côté applique une taxe de 10% sur les importations de voitures américaines. D’après la Commission, les constructeurs automobiles européens sont “très bien établis” aux États-Unis où il contribuent à l’économie de manière substantielle.

L’UE contre-attaque et menace Trump

Plus de vingt jours après ces déclarations, l’Union Européenne a mis en garde Washington contre contre les effets de ces taxes sur les importations de voitures.

Un concept-car BMW Vision Future Luxury est présenté à Auto China 2014 à Pékin
Image: Les constructeurs automobiles ont réagi après la mise en place des taxes douanières additionnelles sur les voitures importées – BMW a déclaré que cette décision aurait “des effets négatifs sur l’investissement et l’emploi aux États-Unis”. REUTERS/Jason Lee

Dans une lettre que s’est procurée l’Agence France-Presse, Bruxelles a affirmé que l’économie américaine “serait la première touchée” si la taxation avait lieu. Ces représailles pourraient toucher 19% des importations américaines, soit $294 milliards d’échanges commerciaux.

Angela Merkel tente de calmer le jeu

Pays fortement exportateur de voitures, l’Allemagne est le membre de l’UE qui a le plus a craindre d’une guerre commerciale avec les États-Unis.

Les constructeurs allemands BMW, Volkswagen et Daimler sont particulièrement visés. Sans surprise, l’indice des valeurs automobiles européennes s’est replié après l’annonce de Trump : il a perdu 7,7%, pour ensuite terminer en baisse de 0,64%. Angela Merkel a affirmé que les européens “feraient tout pour éviter une guerre commerciale”.

D’ici la fin du mois de juin, le Président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker se rendra à Washington pour “de présenter le point de vue des Européens” à Trump. Selon lui, il est nécessaire de “dédramatiser les relations, qui sont essentielles à la fois pour l’Union Européenne et les États-Unis”.

Aux USA, la Chambre de Commerce panique

Le site d’information Reuters a révélé que la Chambre de Commerce américaine avait lancé une campagne contre la politique commerciale du Président Trump. L’institution regroupant 3 millions de membres a réalisé une étude selon laquelle le montant des exportations américaines touchées par les mesures de rétorsion commerciales coûtera $75 milliards aux États-Unis.

Le plus surprenant, c’est que les six états les plus affectés se sont prononcés en faveur de Trump lors des élections présidentielles de 2016. Afin de déjouer les taxes douanières, les responsables d’entreprises envisagent un transfert de production.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo