Tous les quatre ans, c’est la même problématique. Véritable gouffre financier pour les pays organisateur, la Coupe du Monde de football est généralement vue comme un moyen de relancer l’économie à long terme. C’est en tout cas le pari de la Russie, qui aurait déboursé plus de $10 milliards en frais d’organisation. Mais qu’en est-il réellement ?

L’exemple du Brésil

Aubaine ou malédiction ? Les retombées économiques de la Coupe du Monde de football pour les pays hôtes posent toujours question. Pour le Brésil, l’organisation de cet événement planétaire a pu être vu comme une forme de coup de grâce. Pourtant, en 2007, lorsque le pays apprend qu’il accueillera cette compétition, tous les signaux économiques sont au vert : la croissance est stable et soutenue, et tout porte à croire que l’organisation du Mondial (ainsi que des Jeux Olympiques) pourront venir répondre aux importants besoins en infrastructure du pays.

Et pourtant… quatre ans après le coup de sifflet final de la compétition, le bilan est morose : le pays a été frappé par une récession historique en 2015-2016. Gangréné par des problèmes de corruption, il est en proie à des grèves sans précédent réprimées férocement par le pouvoir en place. Une débâcle comparable à la performance de l’équipe nationale du Brésil durant cette Coupe du monde, sortie par l’Allemagne en demi-finale par 7 buts à 1.

Vladimir Poutine : star de la compétition ?

Le contexte est évidemment très différent pour la Russie. Le pays était vu il y a peu de temps comme fragilisé. Le scandale de l’empoisonnement d’un ancien espion russe dans la ville britannique de Salisbury avait isolé Moscou du reste de la communauté internationale, et les sanctions commerciales qui avaient été infligées au pays fragilisaient sa situation économique.

La Coupe du Monde arrive donc à point nommé pour le président russe Vladimir Poutine, qui tient là une occasion de revenir sur le devant de la scène et de réaliser une démonstration de force à l’attention de ses homologues occidentaux.

Le Mondial le plus cher de l’histoire

14 milliards de dollars. Voilà le montant colossal que la Russie aurait investi dans les préparatifs de cette Coupe du Monde – ce qui en fait la plus onéreuse de l’histoire. Le grand gagnant est, comme tous les quatre ans, la FIFA : celle-ci devrait empocher plusieurs centaines de millions de dollars. Et pour les Russes ?

A court terme, les organisateurs attendent 570 000 fans étrangers ainsi que 700 000 Russes dans les onze villes où se déroulera la compétition. De quoi donner un coup de pouce au secteur du tourisme au niveau local. “Les aéroports de Moscou devraient aussi figurer parmi les principaux bénéficiaires de l’événement”, ajoute Moody’s Investor Service dans une note d’analyse. Bars, restaurants et hôtels peuvent compter sur l’afflux de fans de foot pour effectuer une (très) bonne saison.

Mais si les gains à court terme ne font pas de doute, les experts sont plus mitigés sur les retombées économiques à l’issue du mois de juillet.

“Les bénéfices économiques résultant de l’organisation de la Coupe du Monde 2018 seront de courte durée pour la Russie”, estime Moody’s, étudiant les dépenses et les gains potentiels du tournoi. Explication : l’événement sportif ne durera qu’un mois, et devrait passer relativement inaperçu à l’échelle de l’économie de la Russie, estimée à $1 300 milliards.

Bien sûr, les 11 villes organisatrices ont connu une hausse des dépenses en matière d’infrastructure qui devraient générer des revenus et réduire les coûts dans les années à venir. Mais dans d’autres régions du pays, la compétition a eu un effet négatif, souligne Moody’s. C’est le cas notamment dans la ville de St Petesbourg, ou encore dans la région de Samara Oblast.

“Marchés aux puces”

Que se passera-t-il après le 15 juillet, date du match de clôture ? Au Brésil, des images de stades laissés à l’abandon et d’infrastructures en ruines avaient circulé après la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques. Pour Vladimir Poutine, pas question que la Russie suive ce chemin. Le président russe a affiché sa volonté que les stades construits pour l’occasion soient exploités correctement dans les années à venir.

Les jeunes jouent avec un ballon alors que le président russe Vladimir Poutine est vu sur un écran en train de prononcer un discours avant le match d'ouverture.
Image: Les jeunes jouent avec un ballon alors que le président russe Vladimir Poutine est vu sur un écran en train de prononcer un discours avant le match d’ouverture. REUTERS/Alexander Ermochenko

“Bien sûr, nous avons dépensé beaucoup d’argent dans ces 11 stades, et il est impératif que ces infrastructures servent le développement sportif à grande échelle”, a déclaré le chef d’Etat. “Je voudrais m’adresser aux décisionnaires en régions pour leur demander de ne laisser sous aucun prétexte apparaître des marchés aux puces dans ces stades, comme on a pu le voir dans des centres sportifs moscovites au milieu des années 1990”, a-t-il averti.

Soft power

Pour conclure, Moody’s estime que l’impact du Mondial sera encore plus limité que celui des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi en 2014. Ceux-ci avaient permis de “développer une station balnéaire sous-exploitée qui est pourtant beaucoup plus accessible que plusieurs régions accueillant la Coupe du Monde.”

Qu’importe, pour Vladimir Poutine, l’enjeu principal est politique. Alors que l’image du pays est encore marquée par les conflits en Syrie et en Ukraine, ou encore par l’annexion de la Crimée, le Mondial est avant tout un élément de soft power. En affichant la Russie comme un pays moderne et ouvert sur le monde, le président russe vise un avantage diplomatique qui pourrait compenser largement le coût financier de cette Coupe du Monde.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo

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