Facebook traverse actuellement la plus grave crise de son histoire. Le réseau social aurait permis l’achat des données de 50 millions de ses utilisateurs par la société d’études Cambridge Analytica, tout cela dans le but d’influencer le vote des élections présidentielles américaines de 2016.

Aujourd’hui, les internautes ont un avis sur la question, comme en témoigne le hashtag #deletefacebook qui se propage sur la toile. Du côté de la direction de Facebook, c’est seulement 5 jours après l’éclatement de l’affaire que Mark Zuckerberg est sorti de son silence pour reconnaître des “erreurs”.

Christopher Wylie, celui qui a lancé l’alerte

C’est avec lui que tout a commencé. Ce canadien de 28 ans aux cheveux roses a dénoncé les pratiques de son ex-employeur, Cambridge Analytica. Cet analyste féru de politique a lui même été licencié du Parti libéral du Canada en 2009 pour ses “méthodes de récoltes de données peu orthodoxes et trop intrusives”. Il a ensuite travaillé pour Cambridge Analytica qu’il a quitté en 2014.

Cambridge Analytica, le cabinet d’études en cause

La société créée en 2014 par Steve Bannon s’est développée dans les études d’opinion grâce à un chercheur de l’université de Cambridge, l’informaticien russe Aleksandr Kogan. Basée à Londres, la société de « psychographie » a collaboré avec Donald Trump durant sa campagne présidentielle.

La question aujourd’hui est de savoir quel a été l’impact de son rôle dans l’élection. D’après le New York Times et le Guardian, Cambridge Analytica aurait été au coeur de la stratégie digitale du candidat. Mais la société reste très floue sur son rôle et se contente de comparer son fonctionnement à une “recette secrète”.

Aleksandr Kogan a créé l’application Thisisyourdigitallife dont le principe est simple : contre une rétribution modeste, les utilisateurs Facebook inscrits sur les listes électorales américaines remplissaient un questionnaire via une application Facebook.

Mais loin de se contenter des données des 270 000 personnes qui auraient téléchargé l’application, Cambridge Analytica aspirait les informations de leurs amis Facbook. En tout, 50 millions de personnes auraient été abusées, la plupart en Amérique du Nord.

Grâce à la base de données ainsi dressée, Cambridge Analytica aurait été capable de dresser des profils psychologiques précis afin de détecter de potentiels électeurs républicains susceptibles de voter pour Donald Trump. Après l’éclatement de l’affaire la société a annoncé la suspension de son directeur Alexander Nix.

Facebook, la plateforme complice malgré elle

L’affaire met en lumière le modèle économique de Facebook, basé sur une fausse gratuité : en l’échange de l’accès à une plateforme d’échange, on accepte la monétisation de ses données personnelles. L’adage “si le service est gratuit, vous êtes le produit” prend ici tout son sens.

Facebook aurait joué un rôle crucial dans la campagne de Donald Trump grâce au câblage électoral : le projet “Alamo” mis en place par Cambridge Analytica permettait de diffuser des centaines de publicités par jour, déclinées en fonction du groupe d’électeurs visés.

Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que Facebook était au courant du vol des données depuis 2015, et n’a rien fait. Dans un communiqué, le vice-président et directeur juridique adjoint de Facebook, Paul Grewal a admis que la société avait été dupée par Aleksandr Kogan.

Mais malgré la violation évidente des règles d’utilisation de la plateforme, Facebook n’a pas donné suite, se contentant de supprimer la plateforme en 2015. Mais les données n’auraient jamais été supprimées. Selon le New York Times, des copies des données existent toujours.

Depuis l’éclatement de l’affaire lundi, Facebook a perdu presque $30 milliards de capitalisation. Alors que le grand public prend ses distances avec la plateforme, le titre a perdu 8% en bourse.

Mark Zuckerberg, le PDG maladroit

Mercredi, le patron du réseau social s’est exprimé sur cette affaire pour la première fois. Sur sa page Facebook, il a reconnu “des erreurs” et annoncé un audit de sécurité de toutes les applications qui présentent une activité suspicieuse.

Les applications pour lesquelles on se connecte via le compte Facebook sont particulièrement visées. Il ajoute être “scandalisé d’avoir été trompé” et “comprendre complètement la gravité du problème”. Mais le CEO peine à rassurer ses utilisateurs.

Ce scandale pourrait coûter très cher à Zuckerberg : plusieurs cabinets d’avocats américains ont déjà déposé des plaintes en recours collectif à l’encontre de Facebook, tandis que des campagnes d’appel au désabonnement circulent avec le hashtag #deletefacebook.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo