Le Monde en parlait déjà en avril 2017. Cambridge Analytica, une entreprise d’outre-Manche qui aurait influencé les électeurs britanniques lors du referendum du Brexit, a fait parler d’elle une nouvelle fois ce week-end. Un de ses anciens consultants, Christopher Wylie, est le lanceur d’alerte d’un nouveau scandale. Selon lui, son ancien employeur aurait utilisé les données privées de 50 millions d’utilisateurs de Facebook lors d’une mission en 2016.

L’employeur n’était autre que Donal Trump, qui était alors en pleine campagne présidentielle. Toujours selon le lanceur d’alerte, ces informations auraient été utilisées pour influencer les élections présidentielles américaines. Comble de l’ironie, le compte Facebook de Christopher Wylie a été suspendu dans la nuit… Retour sur un énième épisode qui entache le réseau social.

La guerre des datas

L’information explosive est arrivée samedi sur la page d’accueil du New York Times aux Etats-Unis et sur le site de l’Observer, l’édition du week-end du Guardian au Royaume-Uni. Cambridge Analytica aurait utilisé les données privées de plus de 50 millions d’utilisateurs de Facebook aux Etats-Unis pour influencer leur vote aux présidentielles. “Tout ce qu’ils voulaient c’était une guerre, la guerre d’une culture américaine contre une autre”, soutient Christopher Wylie dans son interview. “Cambridge Analytica était supposé devenir l’arsenal de ces armes pour cette guerre précisément”, poursuit-il.

Facebook n’a pas attendu pour réagir. Alex Stamos, le CSO de l’entreprise américaine, a justifié l’acte sur Twitter en expliquant qu’“il est incorrect d’appeler ça une violation, puisque les utilisateurs de Facebook signent les droits d’utilisateurs et sont consentants pour donner tant d’informations”. Ces tweets ont depuis, été supprimés et relayés par April Glaser, une journaliste de chez Slate. Vendredi, un jour avant la parution de l’article, Paul Grewal, un des vice-présidents et député général du conseil de Facebook, aurait déclaré aux journalistes du Times que “C’est une arnaque – c’est une fraude”. Depuis, les représentants de Facebook ne répondent pas à la presse.

Quand la vie privée devient publique

Dans la presse française, Le Monde donne des conseils à ses utilisateurs pour mieux protéger leurs données personnelles. Alors que très peu de réglementations existent sur les droits de l’individu à protéger ses données sur Internet, le cas Cambridge Analytica pose une nouvelle question pour l’industrie des réseaux sociaux : qu’est-ce qui est public ? Qu’est-ce qui ne doit pas être utilisé, même si l’utilisateur a rentré certaines informations confidentielles ?

Alors que certains boutons permettent aux utilisateurs de cacher certaines données- comme la date de naissance ou son numéro de téléphone, par exemple, la nouvelle pourrait bien bouleverser les réglementations. Pressés par la couverture médiatique de l’affaire, les députés du Parlement européen se penchent aujourd’hui sur le cas Cambridge Analytica, lors d’une réunion extraordinaire.

Selon les Echos, le Président du Parlement Européen Antonio Tajani aurait défini le cas comme une “violation inacceptable du droit à la vie privée de nos citoyens.”  L’institution officielle devrait débattre aujourd’hui des conséquences de cette affaire dans la loi européenne. La Commission Européenne, a elle, aussi qualifié l’acte d’inacceptable.

Facebook perd de sa valeur en bourse

Cette affaire pourrait avoir des répercussions financières pour le réseau social. A la mi-journée, le titre de l’action perdait 4% soit à $185, alors que Twitter, relais d’informations et “attaché de presse” de l’affaire, montait à presque 1%, soit à $35.

Reste à savoir ce que Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, compte déclarer, alors que de nombreux cadres supérieurs de l’entreprise ont décliné toute interview aux médias internationaux depuis le week-end dernier.

 

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo